Cupidon en délire
Dès le petit-déjeuner, Louise Potter comprit que cette journée n’allait pas ressembler aux autres.
La Grande Salle avait été littéralement transformée. Des guirlandes de cœurs roses flottaient dans les airs, des nappes de velours rouge recouvraient les tables, et des nuées de petits Cupidons ailés virevoltaient entre les élèves, chantant des vers maladroits et envoyant des jets de paillettes parfumées au sucre.
Au centre de cette mascarade, Lockhart, flamboyant dans une robe de sorcier d’un rose scintillant, souriait à s’en décrocher la mâchoire.
— Joyeuse Saint-Valentin ! lança-t-il, en projetant un sort pour qu’un cœur géant en chocolat flotte au-dessus de sa tête.
— Oh non… gémit Harry.
— Je vais vomir, marmonna Ron en se versant du jus de citrouille avec mauvaise humeur.
Louise, elle, ne disait rien. Elle fixait son assiette avec une gêne sourde, déjà mal à l’aise au milieu des décorations. Elle espérait que la journée passerait vite.
Elle se trompait.
— Louise Potter ! s’écria un Cupidon dodu en voletant au-dessus de la table des Serpentard, sa petite harpe à la main.
Louise releva la tête, stupéfaite, alors que les regards se tournaient vers elle.
« Bravoure et éclat, dans tes yeux on se perd,
Quand tu passes, le silence devient lumière.
Tu as changé les cœurs, même les plus de pierre,
Et sans le savoir, tu nous rends tous fiers. »
Elle devint cramoisie. Pansy ricanait, Drago fronçait les sourcils. Blaise la regardait avec un sourire en coin.
Mais ce n’était que le début.
À peine sortie de cours de sortilèges, un deuxième Cupidon surgit d’un placard à balais :
« Tu es rapide comme l’éclair,
Plus forte que cent dragons.
Je tremble à chaque regard,
Sauras-tu deviner mon nom ? »
Louise ne savait plus où se mettre. Les élèves riaient, l’applaudissaient parfois, ou chuchotaient entre eux pour deviner l’auteur.
Elle tenta de s’éclipser discrètement… en vain.
Troisième Cupidon.
« J’admire ton talent et ton feu,
Ton courage dans le noir.
Tu n’as pas peur des cieux,
Et moi, de toi, je désespère de me faire voir. »
Quatrième.
« Un serpent peut aimer en silence,
Même s’il ne sait comment.
Un attrapeur peut perdre l’équilibre,
Quand tu lui souris doucement. »
Cinquième.
« J’ai toujours ri de l’amour,
Jusqu’à ce que tu attrapes ce Vif d’Or.
Maintenant je pense à toi chaque jour,
Même si j’ai peur que tu dises… encore. »
Sixième. Septième. Huitième.
Louise en perdit le compte.
Certains Cupidons trébuchaient, d’autres volaient à l’envers, l’un d’eux se mit à pleurer en récitant un poème bancal.
Il y en eut un avec des rimes fausses mais attendrissantes (probablement Neville), un autre qui parlait de dragons et de feu (peut-être Dean ?), et même un aux accents mystérieux sur « la beauté sombre du serpent qui protège la lumière » — ce qui aurait pu venir de Marcus Flint… ou de Goyle.
Mais le dernier, livré à la fin du déjeuner, fut le plus surprenant.
— Encore pour Louise Potter ! s’égosilla un Cupidon, épuisé.
« J’ai le sens de l’humour, pas celui du silence,
Mais même moi, je deviens timide face à toi.
Une amie des jumeaux, ça vaut bien l’élégance
D’un feu d’artifice dans un balai, et pourquoi pas… toi et moi ? »
Les élèves explosèrent de rire. Fred et George levèrent innocemment leurs verres, comme s’ils n’y étaient pour rien.
Louise s’enfonça dans sa chaise, incapable de répondre.
Elle avait un bouquet de parchemins devant elle, ses joues étaient aussi rouges que les fanions de Gryffondor.
Drago, lui, ne riait pas.
Assis un peu plus loin, il triturait nerveusement sa plume.
Il s’en voulait. Il n’aurait pas dû envoyer son message anonymement.
Mais maintenant… comment le dire, au milieu de cette cacophonie ?
Pire encore : il avait vu Ron sourire stupidement quand Louise avait éclaté de rire après un poème bancal.
Et Blaise.
Et même ce fichu Diggory qui n’avait pas réagi, mais dont les yeux l’avaient trop longuement suivie.
Plus tard, dans un couloir désert, Drago croisa Ron.
Ils se toisèrent, un silence lourd entre eux.
— Alors, marmonna Ron, t’as envoyé un poème toi aussi ? Ou tu t’es contenté de faire la moue ?
Drago ne répondit pas. Il passa son chemin, les mâchoires serrées.
Louise, elle, marchait seule dans le couloir de l’aile ouest, un parchemin roulé entre les doigts.
Elle ne savait pas qui avait écrit quoi. Et elle ne savait pas non plus ce que cela lui faisait.
Elle souriait vaguement, mais l’ombre de la vérité planait toujours au-dessus de ses épaules.
Demain, elle plongerait dans les entrailles du château.
Mais ce soir, pour une fois, elle avait le droit d’être une fille comme les autres.
Presque.
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