CHAPITRE 2
LAYLA AÏDARA DIAGNE.
J'ouvre lentement les yeux, encore un peu étourdie. Pendant quelques secondes, je ne comprends pas vraiment où je suis. Puis les secousses régulières du bus et le bruit sourd du moteur me ramènent à la réalité. Je me rends compte que je me suis endormie presque tout le trajet.
La route défile derrière la vitre poussiéreuse. Le paysage a changé sans même que je m'en rende compte.
Je soupire doucement.
Les adieux d'hier soir me reviennent brusquement en mémoire. Ils ont été beaucoup plus difficiles que je ne l'avais imaginé. Quitter mes parents et ma sœur m'a serré le cœur bien plus que je ne voulais l'admettre. Leur absence se fait déjà sentir.
Je me demande si je pourrai revenir leur rendre visite régulièrement. Peut-être tous les deux mois... si mon emploi du temps me le permet. Mais au fond de moi je sais que ce ne sera pas si simple. Les études de médecine sont réputées pour être exigeantes, presque impitoyables. Tout le monde le répète : ce n'est pas du gâteau.
La veille, toute la famille nous avait accompagnés jusqu'à la gare routière. L'ambiance était à la fois joyeuse et triste, comme si chacun essayait de cacher son émotion derrière des sourires.
Ma mère, comme toujours, avait pris un air sérieux en s'adressant à mon frère.
— Karim, prends bien soin de ma fille cadette, hein. Protège-la bien. Elle est sous ta responsabilité maintenant. Et surtout, qu'elle ne maigrisse pas... sinon tu verras de quel bois je me chauffe.
Mon frère avait éclaté de rire.
— Bien sûr, maman. Compte sur moi. C'est la prunelle de mes yeux.
Ma sœur aînée, Samira, n'avait pas tardé à intervenir avec une petite moue boudeuse.
— Et moi alors ? Demande t-elle sur un ton faussement agacée.
Je n'avais pas pu m'empêcher de rire.
— Toi ? Rien du tout. Tu es l'aînée. T'as pas de chance. Dis-je sur un ton taquin.
Samira m'avait lancé un regard faussement vexé.
— Hum... très bien. Dans ce cas, moi je vais redevenir le bébé de la maison maintenant que tu ne seras plus là.
— N'empêche que c'est moi la préférée. Profite bien pendant mon absence, parce que je vais vite reprendre ma place, Incha Allah.
Tout le monde avait éclaté de rire.
Ces petits moments de complicité avaient rendu l'atmosphère plus légère, mais au fond nous savions tous que la séparation serait difficile.
Après de longues embrassades et des au revoir qui semblaient ne jamais vouloir finir, mes parents avaient levé les mains vers le ciel pour faire des prières pour moi. Les duas et les bénédictions se succédaient, pleines d'amour et d'espoir pour cette nouvelle étape de ma vie.
Finalement, mon frère et moi étions montés dans le bus.
Je me souviens encore des derniers gestes de ma mère qui agitait la main, de mon père qui nous regardait avec ce mélange de fierté et d'inquiétude, et de Samira qui continuait à faire des grimaces pour me faire rire.
Nous avions continué à nous dire au revoir à travers la vitre jusqu'à ce que leur silhouette disparaisse peu à peu de mon champ de vision.
À ce moment-là, une étrange sensation m'avait envahie. Un mélange de tristesse, de nostalgie... mais aussi d'excitation.
Je m'étais appuyée contre l'épaule de mon frère.
Il avait passé une main rassurante sur ma tête.
— Karim : Ne t'inquiète pas, tout ira bien.
Ses paroles et sa présence m'avaient apaisée. Les caresses réconfortantes de sa main avaient fini par m'endormir presque instantanément.
Et me voilà maintenant, réveillée au milieu du trajet, à quelques kilomètres seulement de ma nouvelle vie.
— Karim : Nous arrivons bientôt, habiba. Incha Allah.
Sa voix me tire de mes pensées.
Je me redresse légèrement et regarde autour de moi.
— Moi : Super... Alhamdoulilah. J'ai très hâte.
Une trentaine de minutes plus tard, le bus ralentit enfin avant de s'arrêter complètement.
Nous sommes arrivés à la gare des Beaux Maraîchers.
Les passagers commencent à descendre avec leurs bagages. L'endroit est bruyant, animé, presque chaotique. Des chauffeurs de taxi interpellent les voyageurs, des vendeurs ambulants circulent entre les bus, et l'air est rempli d'un mélange de poussière, de klaxons et de voix qui se croisent.
Bienvenue à Dakar.
Mon frère attrape nos bagages et nous descendons du bus. Après quelques minutes, il arrête un taxi.
— Karim : SCAT Urbam.
Le chauffeur hoche la tête.
Je m'installe à l'arrière et regarde la ville défiler à travers la vitre.
C'est donc ici que commence ma nouvelle vie.
Durant le trajet, mes yeux ne cessent de vagabonder d'un coin à l'autre. Je suis émerveillée par la densité de cette ville qui semble ne jamais dormir. Dakar se déploie devant moi comme un tourbillon de vie : les voitures s'entassent dans un trafic infernal, les klaxons résonnent en chœur, et les embouteillages semblent faire partie du décor. Chaque avenue est ponctuée de chantiers, de poussière et de bruits métalliques, comme si la capitale était en perpétuelle transformation.
Pourtant, au milieu de ce chaos, il y a une beauté indéniable. Les bâtiments modernes se dressent fièrement aux côtés de maisons plus anciennes, comme un dialogue entre tradition et modernité. Les vendeurs ambulants traversent habilement entre les voitures, proposant fruits, journaux ou bouteilles d'eau glacée, ajoutant des touches de couleurs à cette fresque vivante. L'air est lourd, parfois saturé de fumée et de poussière, mais il porte aussi des effluves d'océan qui rappellent que Dakar est enlacée par la mer.
Je me sens à la fois perdue et fascinée, minuscule dans cette fourmilière humaine où chacun semble pressé, occupé, entraîné par le rythme effréné de la capitale. Le bruit, la foule, la pollution, tout cela pourrait étouffer... mais moi, je sens au contraire mon cœur s'élargir. C'est comme si Dakar, avec ses contradictions, venait m'accueillir à bras ouverts. Une ville rude, bruyante, vibrante... et terriblement belle.
J'ai très hâte de découvrir tout ça avec mon frère. Nous sommes arrivée devant un immeuble assez modeste et très joli à cinq étages.
Il paye le taximan qui a eu la gentillesse de l'aider à monter mes affaires au troisième étages. Je fais le tour de l'appartement il est très beau mais trop sobre et manque de touches féminines .
Il y a deux chambres avec chacune une salle de bain, un petit salon peu meublé juste deux canapés une table basse et une télévision.
Il y a aussi un balcon qui donne une vue sur un terrain de baskets.
Une petite cuisine bien équipée quand-même, normal mon frère adore manger et il cuisine très bien, donc il s'est donné les moyens de faire plaisir à son estomac. Pour finir une pièce qui lui sert de bureau.
—Vient ! Celle-ci sera ta chambre. Tu peux la décorer comme tu veux. Dit-il tout aimable.
— Oh super ! Merci beaucoup frérot Incha Allah je la mettrai à mon image. Et sache que ce n'est pas la seule pièce que je vais décorer.
Il me regarde avec un demi-sourire déjà résigné.
—D'accord rénove tout ce que tu veux à l'exception de ma chambre, tu n'y touche pas. Fait-il complètement catégorique.
Sa chambre de geek là !
—Okay t'inquiète pas pour ça. Finis-je par dire...
—Bien alors, je te laisse te mettre à ton aise à toute.
Il me fait un bisou sur le front avant de sortir en fermant la porte de la chambre.
Je m'en gouffre dans la salle de bain et prends une bonne douche, je me lave les cheveux et tout, j'en avais bien besoin.
Je fais mes ablutions et sors, je porte une jolie robe djellaba et je met mon voile avant de rattraper ma prière du Fajr. Ensuite, je commence à défaire mes valises afin de ranger mes vêtements dans l'armoire.
Puis vers onze heures, je me couche et m'endors rapidement pour récupérer des forces.
...
Toc... toc... toc...
Je sursaute légèrement au bruit qui résonne contre la porte.
— Moi : Entrez... dis-je d'une petite voix en me levant du lit.
La porte s'ouvre et laisse apparaître mon frère. Il est habillé d'un magnifique qamis blanc qui lui va à merveille. Le tissu immaculé contraste avec son teint et lui donne une allure à la fois élégante et apaisante.
Je le regarde quelques secondes avec un petit sourire.
Mon frère est vraiment beau.
Et oui... je l'avoue sans honte : je suis totalement fan de lui.
Depuis toute petite, je l'ai toujours admiré. Pour moi, Karim a toujours été un mélange parfait entre le grand frère protecteur et l'ami sur qui je peux compter.
— Prépare-toi et viens m'accompagner faire les courses. Comme ça, tu pourras acheter tout ce dont tu as besoin pour ta chambre.
Sa voix est calme mais énergique, comme s'il avait déjà planifié toute la journée.
— D'accord, super ! J'arrive. Laisse-moi juste me retoucher vite fait.
Il esquisse un sourire amusé.
— Okay, fais vite... même si tu es déjà parfaite.
Il me lance un clin d'œil avant de refermer la porte derrière lui.
Je reste quelques secondes immobile, un sourire accroché aux lèvres.
Il est vraiment trop gentil.
Je me dirige vers le petit miroir et me débarbouille rapidement le visage pour me rafraîchir. L'eau fraîche me réveille complètement. Ensuite, j'enfile mes chaussures : de jolies sandales décorées de petites perles brillantes qui scintillent légèrement à chaque mouvement.
Je passe ensuite à ma petite routine beauté.
Un peu de poudre pour unifier mon teint.
Un fin trait d'eye-liner pour souligner mes yeux.
Et enfin une légère touche de gloss sur mes lèvres.
Rien d'extravagant, juste de quoi me sentir présentable.
Quelques minutes plus tard, je suis prête.
Je sors de la chambre et trouve Karim debout près de la porte d'entrée. Il semble m'attendre depuis un moment, les clés déjà en main.
— Enfin ! On peut y aller ?
— Oui chef !
Nous éclatons de rire. Nous quittons l'appartement et referme la porte derrière nous.
Nous descendons les escaliers de l'immeuble rapidement, presque en courant. Une fois dehors, l'air chaud de Dakar nous enveloppe immédiatement. La rue est animée : des voitures passent, des vendeurs discutent sur le trottoir et des enfants jouent un peu plus loin.
Karim lève la main pour arrêter un taxi.
Après une courte négociation avec le chauffeur sur le prix de la course — chose apparemment normale ici — nous montons enfin à l'intérieur.
Le taxi démarre et se faufile dans la circulation dense de la ville.
Quelques minutes plus tard, nous arrivons devant le célèbre marché. Dès que je descends de la voiture, je reste quelques secondes immobile à observer les alentours.
Le marché du Centenaire est gigantesque.
Partout autour de moi, il y a du mouvement, du bruit, de la vie. Les étals débordent de marchandises : vêtements colorés, chaussures, sacs, bijoux, tissus... Des vendeurs interpellent les passants, les clients négocient les prix, et l'air est rempli d'un mélange d'odeurs de nourriture, de poussière et de parfums.
Il y a vraiment énormément de monde.
Je me sens à la fois fascinée... et légèrement dépassée.
Karim remarque mon regard curieux et esquisse un sourire amusé.
— "Bouffi reer deh"...Ne te perds pas hein.
Son ton est taquin.
Je roule légèrement des yeux.
— Moi : T'inquiète... tu sais bien que j'ai un excellent sens de l'orientation.
Même si, au fond de moi, je sais que dans cet immense marché rempli de ruelles et de stands... se perdre est probablement très facile.
Mais je ne vais quand même pas l'avouer.
On pénétre dans une boutique de décoration. Il me dit de prendre tout ce que je veux.
Je me sers, je prends des jeux de lumière, des ensembles de draps et oreillers, des pots de fleurs, des motifs de décoration murale en forme de fleurs, de papillons, de coeurs et des lettres de l'alphabet en plusieurs couleurs et du papier peint.
Ensuite c'est une boutique de cosmétique où je prends des effets de toilettes pour mon frère et moi ainsi que des parfums de chambre.
Et enfin dans une boutique d'ustensiles de cuisine où je prends des assiettes, des verres, des plateaux, des tasses ect...
Je sors du magasin les bras chargés de plusieurs sacs remplis d'achats. Les poignées me scient presque les doigts, mais je suis plutôt fière de mes trouvailles. Entre les draps pour la chambre, quelques accessoires et deux ou trois petites choses que j'ai prises sur un coup de cœur, mes mains sont presque pleines.
Le marché du Centenaire est toujours aussi animé. Les voix des vendeurs se mélangent aux discussions des clients, aux klaxons qui résonnent au loin et aux appels des rabatteurs qui tentent d'attirer les passants vers leurs boutiques.
Je fais quelques pas pour rejoindre l'endroit où Karim m'a dit de l'attendre.
C'est alors que je sens soudain quelqu'un me heurter violemment par derrière.
Tout se passe en une fraction de seconde.
Mon corps bascule légèrement vers l'avant, les sacs manquent de m'échapper des mains et je perds presque l'équilibre.
— Soubhanallah ! Je me retourne brusquement, le cœur battant encore sous l'effet de la surprise.
Devant moi se tient un jeune homme. À ses côtés, une jeune femme me fixe avec un regard chargé d'agacement.
Le jeune homme a l'air un peu essoufflé, comme s'il venait de marcher très vite. Quant à la jeune femme, ses bras sont croisés sur sa poitrine et son expression laisse clairement entendre qu'elle n'est pas de bonne humeur.
Avant même que je puisse dire quoi que ce soit, elle prend la parole d'un ton sec.
— Non mais tu peux pas faire attention ? "Khana daga gumbé" ? Tu es aveugle ou quoi ?
Je cligne des yeux, surprise.
Pardon ?
Elle parle bien... de moi là ?
Mon regard passe du jeune homme à elle.
J'espère vraiment qu'elle ne s'adresse pas à moi.
Le jeune homme, lui, semble comprendre immédiatement ce qui vient de se passer. Il lève les mains dans un geste d'excuse et se tourne vers moi.
— Excusez-moi mademoiselle, je ne vous avais pas vue. On est vraiment pressés... je suis désolé.
Son ton est sincère, presque embarrassé.
Mais la jeune femme ne semble pas du tout partager cet avis.
Elle pousse un petit soupir agacé et se tourne vers lui.
— Mais pourquoi tu t'excuses, bébé ? C'est elle qui doit regarder où elle marche.
Son regard glisse de haut en bas sur moi avec une pointe de mépris.
Je sens une chaleur désagréable monter en moi.
Non mais sérieusement...
Je serre un peu plus fort les poignées de mes sacs pour garder mon calme.
Le jeune homme se tourne vers elle, visiblement contrarié.
— Adja, qu'est-ce que tu racontes ? Tais-toi un peu là, ça va pas ou quoi ?
La jeune femme — Adja — fronce les sourcils et détourne la tête avec une mine boudeuse, comme une enfant contrariée.
Il se tourne de nouveau vers moi, visiblement gêné par la scène.
— Excusez-la s'il vous plaît... elle est un peu sur les nerfs. On sort d'un examen assez compliqué.
Il jette un regard vers les sacs que je porte.
— Laissez-moi vous aider avec vos affaires, au moins pour me faire pardonner.
Je prends une petite seconde avant de répondre.
L'altercation m'a surprise, mais je n'ai aucune envie de transformer cette scène en dispute au milieu du marché.
Alors je prends une grosse inspiration et souris légèrement.
—Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas grave.
Je soulève légèrement les sacs pour lui montrer.
—Et merci pour la proposition, mais je gère.
À ce moment précis, la porte du magasin derrière moi s'ouvre.
Karim en sort, lui aussi les bras chargés de plusieurs paquets.
Il s'arrête net en nous voyant.
Son regard passe de moi au jeune homme... puis à la jeune femme.
Je reconnais immédiatement cette expression sur son visage.
Le mode grand frère protecteur vient de s'activer.
Il s'approche rapidement.
— Karim : Il y a un problème, Layla ?
Sa voix est calme, mais son ton est clairement inquiet.
Je secoue la tête immédiatement.
—Mais non, pas du tout.
Je désigne le jeune homme.
— Il proposait juste de m'aider avec les sacs.
Karim observe le jeune homme quelques secondes, comme s'il analysait la situation.
Puis il acquiesce.
— Ah... je vois.
Il lui adresse un petit signe de tête poli.
— Merci monsieur mais ce ne sera pas nécessaire. Nous allons y aller.
Le jeune homme semble comprendre le message.
— D'accord. Au revoir... et encore désolé.
L'autre là, elle, ne dit absolument rien. Elle se contente de lever les yeux au ciel avant de suivre le jeune homme qui s'éloigne déjà.
Karim les regarde partir quelques secondes avant de se tourner vers moi.
Sans rien dire, il attrape plusieurs sacs dans mes mains pour me soulager.
Nous avançons jusqu'à la route principale.
Il lève la main pour arrêter un taxi.
Après quelques secondes, une voiture jaune et noire ralentit devant nous.
Nous chargeons toutes nos affaires dans le coffre avant de monter à l'arrière.
Le taxi démarre et se fond dans la circulation.
Quelques instants passent.
Puis Karim tourne légèrement la tête vers moi.
— De quoi parlait-il ?
Je sais déjà où il veut en venir.
— Pourquoi il s'excusait comme ça, le jeune homme ?
Je hausse les épaules.
— Oh... rien de grave. "Daf ma mbeuk". Il m'a juste bousculée en passant... j'ai failli tomber.
À peine ai-je terminé ma phrase que Karim se redresse brusquement.
— Quoi ?
Son regard se pose immédiatement sur moi.
— Comment ça il t'a bousculée ?
Il me scrute comme s'il cherchait la moindre blessure.
— Ma puce, ça va ? Tu n'as rien ?
Je ne peux pas m'empêcher d'éclater de rire.
— Mais non ! C'est quoi cette attitude de mère poule ?
Je lui donne un petit coup d'épaule amusé.
— Je vais très bien voyons.
Il secoue la tête, faussement contrarié.
Puis il croise les bras et prend un ton sérieux.
— Écoute-moi bien. Commence t-il en me regardant droit dans les yeux. Ici, je ne suis pas seulement ton frère, habiba.
Il marque une pause avant d'ajouter :
Je suis aussi ta mère et ton père.
Je souris malgré moi.
— Je veille sur toi, tu as compris ? Il soupire légèrement. Ta mère m'a confié ta garde... je risque ma peau si quelque chose t'arrive, tu l'as bien entendue.
Cette fois, je ris encore plus fort.
Il est trop drôle...
Sur la route, nous nous arrêtons à peu près quinze minutes devant une supérette dans une station de service du quartier et on prends des provisions.
Lorsque le taxi s'arrête enfin devant l'immeuble, Karim règle la course pendant que je descends pour récupérer quelques sacs. Nous sortons toutes les affaires du coffre et les transportons jusqu'à l'entrée de l'immeuble. Les escaliers semblent un peu plus longs que tout à l'heure, surtout avec les bras chargés, mais l'excitation de tout installer me donne de l'énergie.
Une fois dans l'appartement, nous déposons les sacs un peu partout dans le salon.
À peine la porte refermée, je n'ai qu'une seule idée en tête : commencer à tout ranger et à donner vie à cet endroit.
Sans perdre une seconde, je retrousse légèrement mes manches et me mets au travail.
Je commence par le salon. La pièce est simple mais assez spacieuse, et dans ma tête je visualise déjà comment je veux l'organiser. Je déballe les pots de fleurs que nous avons achetés au marché et je les dispose soigneusement sur la table basse. Les petites touches de verdure apportent immédiatement de la fraîcheur à la pièce.
Je place également quelques pots sur la table près de la télévision. Les feuilles vertes contrastent joliment avec les meubles et donnent au salon une ambiance plus chaleureuse, plus vivante.
Ensuite, je sors les décorations murales.
Avec beaucoup d'attention, je commence à les coller autour de la télévision. Les petits papillons décoratifs prennent place un à un sur le mur. Certains semblent s'envoler vers le haut, d'autres sont disposés un peu plus bas, comme s'ils tournaient autour de l'écran.
Je prends quelques pas de recul pour admirer le résultat.
Un sourire satisfait apparaît sur mon visage.
Ce n'est peut-être pas grand-chose, mais le salon commence déjà à avoir du charme.
Une fois cette première mission accomplie, je me dirige vers la cuisine.
Je fais la vaisselle et range rapidement les nouveaux ustensiles que nous avons achetés : les casseroles trouvent leur place dans les placards, les assiettes et les verres s'alignent soigneusement sur les étagères.
Pendant que je suis dans la cuisine, je décide d'en profiter pour préparer quelque chose à manger.
Je prends du poisson que je nettoie rapidement avant de le mariner avec quelques épices. L'odeur commence déjà à embaumer la pièce. Une fois prêt, je le dépose dans le four.
Ensuite, je mets des pommes de terre surgelées à cuire dans une casserole sur le gaz.
Le repas est simple, mais il fera parfaitement l'affaire.
Après avoir vérifié que tout est bien en place dans la cuisine, je me dirige presque en courant vers ma chambre.
C'est la pièce qui me tient le plus à cœur.
Dès que j'entre, je pose les sacs au milieu de la pièce et je commence immédiatement à tout déballer. J'ouvre le rouleau de papier peint rose doré que nous avons choisi au marché et je commence à le coller soigneusement sur les murs.
Petit à petit, les quatre murs se couvrent de cette couleur douce et lumineuse. La lumière de la pièce se reflète légèrement sur les touches dorées, ce qui donne à la chambre une atmosphère élégante et chaleureuse.
Une fois le papier peint posé, je passe à la partie la plus importante.
Au-dessus de mon lit, je colle les lettres décoratives de l'alphabet qui forment mon nom complet. Je prends mon temps pour bien les aligner, afin que le rendu soit parfait.
Lorsque je termine, je me recule de quelques pas pour observer le résultat.
Mon nom trône fièrement au-dessus du lit.
Et c'est... vraiment magnifique.
Je souris, fière de moi.
Ensuite, j'installe les petits jeux de lumière au-dessus des lettres. Les fines guirlandes lumineuses entourent mon nom et apportent une touche encore plus chaleureuse à la pièce.
Mais je ne m'arrête pas là.
Je sors les autocollants décoratifs en forme de fleurs et de cœurs et je commence à les coller un peu partout : dans les coins de la chambre, près de la tête de lit, et sur les murs proches des deux chevets.
Les derniers pots de fleurs trouvent leur place sur les tables de nuit.
Je fais quelques pas en arrière et regarde la pièce dans son ensemble.
Tout est à sa place.
La chambre est douce, lumineuse, pleine de petites touches qui me ressemblent.
Enfin...
Ma chambre est prête.
Et pour la première fois depuis mon arrivée à Dakar, je ressens réellement quelque chose d'apaisant.
Comme si, au milieu de cette grande ville encore inconnue...
Je venais de créer mon petit refuge.
Je retourne a la cuisine, le dîner est prêt, je dresse la table et sert on s'assoie et on mange dans une bonne ambiance.
_ Moi: J'ai reçu un mail de l'université tout à l'heure, je dois m'y rendre jeudi pour une visite médicale et le Lundi prochain pour mon inscription pédagogique.
_Karim: Je peux t'accompagner si tu veux ?
_ Moi: Mais non pas besoin, je sais que tu as beaucoup de travail, déja tu as pris ta journée pour m'aider à m'installer. Tu ne peux pas t'absenter davantage donc laisse je vais me débrouiller "legui makk la" je suis grande maintenant.
_ Karim: Hum "yalla" d'accord ma grande. Bon je m'en vais me préparer à aller au lit, j'ai trop sommeil. Merci le dîner était délicieux.
_Moi: De rien passe une bonne nuit bisou.
Il s'en va, je débarrasse la table et fais la vaisselle puis me laisse tomber sur le canapé. Je mets la chaîne Disney Channel et je discute un peu avec mes copines Bintou et Fatima jusqu'à ce que le sommeil me gagne.
Je vais dans la chambre prendre une douche et je me mettre au lit après avoir prier. Je m'endors aussitôt.

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