73. Le cœur n'y est pas

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Liam

J’ai réussi à sortir du lit sans réveiller Sarah qui dort toujours, son corps nu dissimulé sous l’épaisse couette qui nous a empêchés de geler, hier, à notre retour de notre petite escapade sur le lac. Franchement, je ne sais pas ce qu’il s’est passé sur ce lac, mais c’est un petit tour en bâteau qui a tout changé dans notre relation. Enfin, on va essayer de rester sur ce qu’on vivait avant, mais quand je vois avec quelle force nous nous sommes unis avant de retourner au port, j’ai du mal à croire que tout est toujours pareil. Quelle idée j’ai eue aussi de lancer cette bombe en plein milieu du lac, sans aucune possibilité d’échappatoire, ni pour elle, ni pour moi.

Je sors sans bruit de la chambre après l’avoir observée quelques instants puis me rends dans la salle de bain où je me déshabille. Je souris en voyant dans le miroir les petites traces de griffures sur mon dos qui témoignent de toute la fougue de nos dernières étreintes. Sarah était déchaînée, comme si le fait de savoir que j’avais des sentiments pour elle l’excitait encore davantage. Je croyais que ce n’était pas possible, mais je m’étais clairement trompé. Si à chaque fois c’est comme ça, désormais, je ne sais pas si je vais pouvoir arrêter brusquement de profiter d’orgasmes aussi jouissifs le jour du mariage de nos parents. Je ne sais d’ailleurs pas si ça va être possible d’arrêter, même si un instant, sur le bâteau, j’ai eu peur que Sarah décide de tout stopper ou qu’elle me jette à l’eau pour se débarrasser de mon corps devenu trop encombrant. Tellement peur que j’ai proposé un deal de continuer comme avant alors que je sais très bien que ce n’est pas possible. Elle a quand même avoué que ça faisait plusieurs semaines qu’elle refoulait ses sentiments. Peut-être que je devrais négocier des moments avec elle où on suspend ce deal, juste pour qu’on puisse profiter à fond de ces instants à deux où nous formons un vrai couple amoureux plutôt qu’une simple paire unie juste pour le sexe.

Je me savonne et décide de ne pas me raser encore ce matin, pour garder cet aspect un peu rustique qui va bien avec l’ambiance “vacances” dans laquelle nous sommes. Par contre, comme toutes les vacances, celles-ci sont déjà bientôt terminées et il va falloir rentrer. Comment on va faire une fois de retour à la maison ? Elle va vraiment réussir à oublier ce qu’on vient de se dire ? Ce qu’on vient un peu de se promettre ? Mais en repassant le fil de nos échanges, on ne s’est pas vraiment promis grand-chose à part de rester sur la relation qu’on avait avant, plan cul amélioré et pas davantage.

Quand je sors de la douche, j’attrape ma serviette et m’essuie. Repenser à nos échanges de la veille m’a aussi ramené à l’étreinte qui a conclu notre soirée, et mon corps, évidemment, a réagi avec force et vigueur, ainsi qu’une vraie urgence à céder à la tentation de recommencer. Sans me rhabiller, je me dis que je vais aller la retrouver dans le lit et la réveiller de la meilleure des façons. Mais, à ma grande surprise, elle n’est plus dans le lit quand je soulève la couette.

— Sarah ? Tu es où ? demandé-je, un peu inquiet.

— Dans la véranda ! La lumière est magnifique, ce matin, viens voir.

Je suis surpris qu’elle se soit levée, ait entendu le bruit de l’eau et ne m’ait pas rejoint. Serait-elle rassasiée après nos ébats nocturnes ? Non, ça ne doit pas être ça, le paysage doit juste vraiment être superbe et c’est normal qu’elle souhaite en profiter car on repart ce soir et qu’elle aura toujours accès à mon corps une fois rentrés sur le campus. Toujours nu, je pénètre dans la véranda et la retrouve, vêtue de mon pull, les fesses à l’air, le front appuyé sur la fenêtre. Je viens me coller derrière elle, mon sexe au garde à vous qui vient lui frotter le bas de son dos, et pose ma tête sur son épaule en l’enlaçant pour voir ce qui la fascine tant.

— Ah oui, c’est magique, tout ça, Sweetie. Tu as vu le reflet du soleil sur l’eau ? Quelle belle couleur !

— Oui, c’est ce que je te disais, rit-elle. Je ne mentais pas, hein ? J’adorerais voir ça tous les matins en me levant.

J’avoue que je ne regarde plus trop le paysage maintenant que mes mains ont un peu remonté le pull. Ma hampe est désormais posée sur sa peau nue et mes mains remontent vers sa magnifique poitrine que j’empaume. Ma bouche ne reste pas inactive et je dépose de petits bisous dans son cou.

— Depuis hier, j’ai vraiment l’impression que tout est plus beau, que tout a plus de couleurs, tu vois ce que je veux dire ?

— On a du soleil après une semaine de pluie, forcément que tout est plus coloré. Il faudrait qu’on emmène Jude ici, je suis sûre qu’elle adorerait faire un tour en bateau et se promener au bord du lac.

— Oui, mais bon, si on emmène Jude, on ne pourra pas en profiter comme on le fait là, exprimé-je en glissant une main entre ses jambes. Ce serait dommage, non ?

— Pas maintenant, Liam, s’il te plaît, me dit-elle doucement en repoussant ma main. J’ai faim et besoin d’une douche.

— Tu aurais dû venir avec moi sous la douche, alors, indiqué-je en remontant mes mains sur son ventre mais en mordillant le lobe de son oreille. Et le petit déjeuner peut attendre un peu, non ? Vu comment c’était chaud hier soir, ça ne te dit pas de recommencer ? Je suis prêt, comme tu peux le sentir…

Je m’amuse à bouger les hanches afin que mon sexe la caresse dans le dos et sur ses fesses.

— Aussi agréable que ça ait pu être, j’ai dit pas maintenant, Liam, soupire Sarah en se dégageant de mon étreinte pour aller dans la cuisine.

Je reste un instant interdit devant la baie vitrée de la véranda. Là où j’avais une femme magnifique sous les yeux, il ne reste qu’une fenêtre froide et un peu d’air. J’avoue que je ne comprends pas l’attitude de Sarah alors que nous avions là une occasion idéale de compléter nos expériences mutuelles en faisant l’amour devant un paysage de rêve.

— Tu es incommodée ? Tu ne te sens pas bien ? demandé-je en la rejoignant dans la cuisine, constatant qu’elle a fait un crochet par la chambre pour récupérer ses leggings qu’elle est en train d’enfiler.

— Non, j’ai juste... Pas envie, Liam. Ça arrive, tu sais ? Je me doute que vu toutes les meufs que tu t’es tapées et qui n’attendaient que ça, ça ne doit pas t’arriver fréquemment, mais là je n’ai pas envie de sexe, c’est tout.

— Arrête de parler des autres meufs, Sarah. Après ce que je t’ai dit hier soir, tu sais bien qu’elles n’ont aucune espèce d’importance ! m’énervé-je un peu. Mais je comprends, aujourd’hui, on va se contenter de câlins et de bisous, ça me va aussi.

Joignant le geste à la parole, je m’approche à nouveau d’elle et l’enlace tendrement en déposant mes lèvres dans son cou que j’adore. Mais elle ne se laisse pas aller comme elle le fait habituellement et reste un peu tendue, ce qui fait que je cesse mon étreinte et m’éloigne un peu pour aller préparer des œufs.

— Tu es sûre que tout va bien ? demandé-je en m’installant en face d’elle. Ça ne te ressemble pas de refuser mes câlins.

— Oui, oui, ça va… Sans doute la fin du weekend qui me mine. Tu veux faire quoi avant de rentrer ?

— Tu m’en veux encore pour mon attitude du début du weekend ? Si c’est ça, il faut me le dire, hein ? Sinon, avant de rentrer, on peut aller marcher un peu au bord du lac pour en profiter au maximum. Si ça te dit, bien sûr.

— Je ne t’en veux plus pour ça, non. Tu sais, ça arrive de ne pas avoir envie de sexe, hein ? Faut pas imaginer le pire pour ça, non plus. Désolée de ne pas satisfaire tes envies du matin.

— Mais je ne te parle pas de sexe, moi ! m’emporté-je avant de redescendre tout de suite. Désolé, je ne devrais pas m’énerver, mais c’est juste que je n’aime pas quand tu me parles froidement comme ça. J’ai l’impression d’avoir fait un truc qui te dérange sans savoir ce que c’est, c’est tout. Bref, un tour sur la plage, ça te dit quand même ?

Je n’arrive pas du tout à comprendre son attitude et je me demande si elle a quelque chose à me reprocher. Je n’ai pas oublié son anniversaire, je n’ai rien dit de méchant… Mais où est passée la Sarah sensuelle et amoureuse d’hier soir ?

— Tu n’as rien fait de mal, hormis peut-être déjà reparler d’hier soir alors qu’on a fait un deal. Et… Ok pour la balade, oui, bien sûr.

Je l’observe un instant sans réagir à ce qu’elle vient de me dire. Ce qui la gêne, c’est ce qu’on s’est dit hier soir ? Mais alors, c’est peut-être qu’elle ne partage pas vraiment les sentiments qu’elle a dit avoir pour moi ? Peut-être qu’elle a juste voulu être polie ? Ou alors, c’était pour voir ce que ça faisait de me faire l’amour comme ça ? Je sens la colère monter en moi mais je parviens à la canaliser en allant m’habiller avant de faire la vaisselle. Une fois le dernier verre essuyé, je la retrouve dans le salon où elle m’attend, déjà habillée pour aller nous balader sur la plage. J’enfile mon manteau et la suis à l’extérieur, en silence. Nous marchons côte à côte et j’ai un peu l’impression qu’elle a érigé un mur invisible entre nous. J’essaie de briser la glace en tendant ma main pour qu’elle la prenne et que nous ayons au moins ce petit contact, mais au lieu de la saisir, elle s’arrête.

— Ecoute, je… Je suis désolée, Liam, mais après hier soir, tout ça, c’est super compliqué pour moi.

— Qu’est-ce qui est compliqué, Sarah ? Je ne comprends pas. Hier soir, j’aurais dû me taire, c’est ça ?

— Mais oui ! Enfin… Non, je n’en sais rien. C’était plus facile quand je pensais être la seule conne à être tombée amoureuse, en fait. Je me bridais, je prenais ce que tu me donnais, et basta. Là… C’est juste horrible d’agir comme un couple, d’avoir la sensation de l’être, quand on sait que dans quelques heures tout ne sera plus possible tant qu’on ne sera pas enfermés dans ta chambre ou la mienne une fois tout le monde au lit.

— Et donc, tu proposes quoi ? Que même quand on n’est qu’à deux, je fasse comme si j’étais ton plan cul, c’est ça ? Je suis perdu, là, Sarah. Je ne redirai pas ce que j’ai dit hier, mais sache que dans cette histoire, on y est à deux. Il faut qu’on trouve à deux un moyen de ne pas être malheureux… Et si tu préfères… hésité-je à poursuivre avant de me lancer, on peut aussi tout arrêter, si c’est comme ça que tu peux aller mieux.

— Tu veux tout arrêter ? s’étonne-t-elle alors que sa voix part dans les aigus. Parce que moi, je… Non, je ne veux pas ça. Je veux juste… J’en sais rien, je cherche un équilibre dans ce truc, enfin, cette relation, qui a une date de fin ou tout du moins pas d’issue heureuse. Je suis perdue aussi, en fait.

— Non, moi, je ne veux pas du tout arrêter, Sweetie. Je veux… Juste vivre sans penser au lendemain, je crois. Faire comme quand je joue au basket, un panier après l’autre, en attendant le coup de sifflet final et ensuite, voir le résultat. Si on se pose trop de questions, on ne pourra pas profiter et on va finir par se détester… Ce serait terrible… Tu crois que tu pourrais toi aussi vivre au jour le jour ? Tu penses que c’est possible pour toi ?

— J’en sais rien, soupire-t-elle en venant se lover contre moi. J’ai l’impression qu’on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Pourquoi tout n’est pas plus simple ?

— Bon, voilà, je vais te protéger de l'épée, dis-je en mettant mes mains sur le dessus de sa tête. Tu te sens mieux comme ça ?

— J’aimerais que ça suffise, rit-elle. Je ne sais pas comment tu fais pour continuer comme si de rien n’était, sans stress, sans appréhension…

— Je ne sais pas non plus comment je fais, mais ce que je sais, c’est que, même si on n’a pas beaucoup de temps, il faut en profiter. Deal, Sweetie ?

— Deal, oui...

Elle n’a pas l’air convaincue par ma proposition mais fait un effort pour me sourire, ce qui est déjà un bon début. Elle me donne aussi la main et nous terminons la promenade en nous comportant comme un couple normal, petite parenthèse qui se termine lorsque nous reprenons la voiture pour retourner chez nous. Cela fait du bien, mais je sais qu’au fond, elle a raison, que cet interlude va bientôt se terminer. Y-a-t-il un moyen d’éviter cette finalité funeste ?

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