55. Câlin Liamesque

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Liam

J’ai l’impression d’avoir réussi mon pari quand je vois le sourire qui commence à se dessiner sur le visage de Sarah qui s’est installée sur mon torse. Bon, ça m’a coûté une demande que je devrai accepter de sa part, mais il faut bien prendre des risques, parfois. J’écoute le bruit des vagues et vois la tête de la jolie femme qui est avec moi monter et descendre au rythme de ma respiration. L’instant est calme et tranquille, un peu comme si on était loin de tout. Ce petit temps de repos me permet de réfléchir un peu à ce que j’ai ressenti en la voyant aussi désespérée. J’ai agi comme je ne l’avais jamais fait avec aucune autre femme avant elle. Si ça n’avait pas été Sarah, j’aurais juste rigolé, fait une blague pour essayer de la dérider, sans insister, mais là, je me suis senti investi d’une mission qui me dépassait. Lui redonner le sourire, c’était la seule chose qui m’importait… C’est fou… Mais bon, on va faire passer ça sur l’intérêt d’un frère pour sa sœur, hein ?

Lorsque les premières gouttes d’eau commencent à tomber, Sarah bondit comme si ce simple contact allait la faire fondre. Je me relève plus doucement en souriant alors qu’elle se précipite vers la moto pour remettre son casque.

— Eh bien ! Pressée de rentrer ? C’est juste une petite averse ! dis-je en la rejoignant.

— Une petite averse ? C’est suffisant pour finir trempés jusqu’aux os !

— Enlève ton casque et allons nous abriter cinq minutes sous l’abri pique-nique, là-bas, indiqué-je en l’entraînant avec moi.

Elle s’exécute et me suit, un peu gênée de sa sur-réaction, et nous nous asseyons côte à côte sur un des bancs.

— J’aime bien regarder la pluie tomber sur le lac. C’est différent, mais c’est aussi apaisant, je trouve.

— Tant qu’on est à peu près au sec, ça me va. Tu ne sais pas ce que c’est d’être une fille. Tu t’en fous des cheveux qui frisent, toi, de toute façon t’es frisé de nature, rit-elle.

— Ça t’irait bien, les frisettes, Sweetie. Mais bon, avec le casque, tu verras, ça sera bien plat quand on rentrera. Tu vois, ça s’arrête déjà de pleuvoir.

— Raté pour le concours de tee-shirt mouillé, Capitaine !

— Ce n’est que partie remise, non ? Allez, en route, Mademoiselle Frisette, votre chauffeur est prêt !

J’adore constater qu’elle a retrouvé le sourire, que la détresse qui exhalait de tout son corps semble s’être envolée. Même dans sa façon de marcher, j’ai l’impression qu’elle a retrouvé de l’allant, comme si la mort de son père avait repris la place qu’elle devrait toujours avoir, présente, mais au second, voire au troisième ou quatrième plan. J’enfourche ma moto après avoir séché le siège et elle vient se poser derrière moi alors que le soir commence à tomber. Malheureusement, avec tous les nuages, pas de coucher de soleil pour nous ce soir, il fait trop gris pour ça.

En arrivant à la maison, elle descend la première et enlève son casque en secouant la tête pour remettre ses cheveux en place. J’adore vraiment leur couleur, les quelques reflets roux irisent sa chevelure, et je dois me retenir pour ne pas venir les caresser. Elle me sourit en me tendant le casque pour que je puisse le ranger.

— Madame Frisette a apprécié la petite sortie ? Un peu humide, j’en conviens, mais ça fait du bien, non ?

— Oui, ça ne fait pas de mal. Mais pas la peine de te la péter non plus, hein ? dit-elle en me faisant un clin d'œil, taquine.

— Maintenant, tu pourras te souvenir de ce jour comme étant le premier où je t’ai appelée Frisette ! rigolé-je en mettant ma bécane à l’abri sous le porche. Un jour à marquer d’une pierre blanche !

— Ça peut être la seule et unique fois, s’il te plaît ? Pas le surnom que je préfère, j’avoue.

— Bien, Sweetie ! Comme tu préfères !

Elle me sourit franchement et, une fois encore, j’adore la voir ainsi retrouver sa joie de vivre, renforcée par l’arrivée de Jude qui lui saute dans les bras à peine la porte d’entrée franchie.

— Vous étiez où ? Daddy a dit que je devais aller au lit, mais je vous attendais !

— On est allé voir les sirènes et les dauphins, mais chut, c’est un secret. Personne d’autre ne doit savoir. File au lit, Petite chipie ! lui lancé-je alors qu’elle me tire la langue.

— Mais je veux mon câlin du soir ! énonce-t-elle fièrement en tirant Sarah par la main. Tu viens, Sarah ? Lui, il dit des bêtises, il peut rester en bas.

— Il dit toujours des bêtises, d’habitude il a le droit de monter quand même, sourit la jeune femme en entrant. Mais on peut rester entre filles, si tu veux.

— Ah non, je viens ! J’ai besoin d’un câlin pour me réchauffer. A cause de Sarah, on a été trempés car elle voulait rester sous la pluie, tu imagines ? dis-je en me joignant à elles.

— Ton frère raconte n’importe quoi, ne l’écoute pas, soupire théâtralement Sarah en entrant dans la chambre de Judith. Allez, au lit, Princesse !

— Oui, mais il est marrant, je trouve. Bonne nuit, Sarah ! Bonne nuit Le Fou !

— Marrant, marrant, faut le dire vite, hein ! Bonne nuit Jude, lui dit-elle en la bordant avant de lui faire des bisous.

— Si, si, Le Fou, c’est moi ! Bonne nuit, mon Petit Cœur. A demain !

Je lui dépose un gros bisou sur sa petite joue toute douce avant d’éteindre les lumières et de sortir. Sarah est déjà retournée dans sa chambre et j’espère qu’elle n’y est pas allée pour recommencer à pleurer. Mais si c’est le cas, je vais la laisser tranquille, je ne veux pas non plus toujours m’imposer à elle. Je vais saluer mon père et Vic qui regardent la télé dans le salon. Vic me fait un grand sourire reconnaissant auquel je réponds par un simple hochement de tête avant de monter dans ma chambre.

Je me mets à l’aise et ne garde que mon boxer avant de m’allonger sur mon lit. Je regarde sur le fil de discussion de l’équipe et constate qu’Abdul avait un rencard ce soir avec Becca. Je lui envoie tout de suite un petit message.

— Et alors, Becca ? Aussi ouverte que tu le pensais ? Tu t’es amusé ?

— On a bien discuté, oui, mais on prend notre temps. Vivement le prochain rencard !

Je souris et me dis que lui aussi change. C’est bien la première fois que je le vois prendre son temps avec une fille. Je me dis que c’est peut-être ce que j’aurais dû faire avec Sarah. Mais si j’avais fait ça, on en aurait encore moins profité avant l’annonce de notre nouvelle situation. Je me demande ce qu’elle est en train de faire, toute seule dans sa chambre. Et je m’interroge surtout sur ce que l’on va devenir, tous les deux. J’ai passé un super moment avec elle, près du lac, mais je n’apprécie pas vraiment cet entre-deux où nous sommes actuellement, plus que de simples frères et sœurs, moins que des amants. Ça fait quoi de nous, ça ? Je préfère arrêter d’y penser et échange avec mes camarades. C’est bien aussi, ces petits moments, ça aide à souder l’équipe. Même si je vois encore beaucoup de commentaires sur l’altercation entre Ryan et moi. Je n’ai rien dit, mais lui s’est plaint. Et là, tout le monde est en train de lui tomber dessus par rapport à son comportement. Je crois que ça va être compliqué de le garder dans l’équipe…

Quand quelqu’un frappe à ma porte, je suis surpris. Qui vient me déranger à cette heure-ci ?

— Jude ? C’est toi ? demandé-je. Entre, si tu veux.

— Liam ? Je… Ma mère m’a dit que tu n’avais pas dîné, je t’ai ramené une assiette, si tu as faim, me dit Sarah en entrant, vêtue de son peignoir.

— Ah oui, merci, j’allais descendre grignoter un truc après que tout le monde se couche, mais tu m’évites un aller-retour à la cuisine. C’est gentil, merci.

— Tu veux éviter les parents qui fricotent sur le canapé ? Bonne idée… Ils n’ont aucune pudeur une fois tous les deux, rit-elle en déposant l’assiette sur mon lit.

— Peut-être que ce sont eux qui ont raison ? Ils auraient tort de ne pas en profiter, tu sais. Oh, tu as pensé à rajouter ma carotte habituelle ! C’est cool. Merci, Sweetie !

Je souris car souvent, quoi qu’il y ait au menu, je me rajoute une carotte crue dans laquelle je croque tel Bugs Bunny. Cela me touche qu’elle y ait pensé et je suis heureux aussi de la voir s’installer à côté de moi sur le lit alors que je commence à manger.

— Difficile d’oublier qu’on a un lapin à table quotidiennement, en même temps, non ? Je… Je voulais encore te remercier pour aujourd’hui, et m’excuser pour ce matin…

— T’inquiète, Sarah, tout roule. J’ai déjà oublié toutes les méchancetés que tu m’as dites ce matin et j’ai kiffé aller au bord du lac avec toi. Ça me fait tellement plaisir de te voir sourire. Tu ne devrais faire que ça, tu sais ?

— Y a des jours plus difficiles que d’autres… Et je recommençais à déprimer dans ma chambre… Peut-être que t’apporter à manger était purement égoïste, en fait.

Je la dévisage un petit moment en mangeant avant de lui répondre. Je ne veux pas faire d’impair ou risquer de l’énerver alors qu’elle est clairement venue pour me demander de l’aide, ou en tous cas, un peu de soutien.

— Mince, je croyais que le traitement allait faire effet plus longtemps. Il va falloir renouveler encore et encore, si c’est aussi peu efficace ! Tu as besoin de ta petite dose de bêtises liamesques ?

— Des bêtises liamesques ? rit-elle. Pas forcément, juste… Je ne sais pas… Je peux rester un peu ? Enfin, je veux pas te déranger, j’abuse clairement.

— Tu sais bien que tu ne me déranges jamais, Sweetie. Sauf quand tu me traites comme un moins que rien, là, j’avoue que… Bref, tu es la bienvenue, et tu as même le droit à un câlin, parce que tu le vaux bien.

Je dépose l’assiette près du lit et tends le bras vers elle. Immédiatement, elle vient se coller à moi et je peux passer ma main autour de ses épaules. J’ai une trique d’enfer de la sentir vêtue de son seul peignoir tout contre ma peau nue, mais je fais comme si de rien n’était. Je me contente de lui caresser le bras et d’essayer de lui apporter un peu de réconfort.

— On a chacun nos mécanismes de défense, et le mien est de devenir une vraie peste, soupire-t-elle en passant son bras autour de moi.

— Ouais, j’ai vu, et je suis content que tu aies fini par dire oui à ma proposition de sortie. Même si je ne sais pas ce que tu vas exiger pour ce oui que je t’ai arraché !

— Je me le garde sous le coude, ce coup-là… Pour un truc que tu ne voudras absolument pas faire.

— Oui, j’ai peur. Tu ne vas pas me faire manger des haricots, rassure-moi, Sweetie ? Tu vas rester un peu humaine, j’espère.

— Je ne suis pas cruelle, non plus, Capitaine, j’ai un cœur, même si ça ne se voit pas quand je suis une sale gamine capricieuse à tes yeux.

Elle bouge un peu pour se rapprocher de moi, et son peignoir s’entrouvre plus largement. Mon regard est irrémédiablement attiré par la pointe de ses seins que je devine poindre sous le tissu de son vêtement. Quelle torture elle m’impose !

— Même quand tu es une sale gamine, je n’arrive pas à t’en vouloir, Sweetie. Et puis, aujourd’hui encore plus que les autres jours, ça se comprend que tu sois dans cet état. Tu veux parler un peu de ton père ?

— Non, je… J’ai pas envie d’en parler. Y a rien à dire. Bref, je vais te laisser, soupire-t-elle en se redressant. J’ai suffisamment abusé pour la journée, je ne vais pas en plus t’enquiquiner pour la nuit.

— Je pense que tu peux voir que tu ne m’embêtes pas, indiqué-je en lui montrant mon entrejambe et en essayant de la maintenir serrée contre moi avec ma main sur son épaule.

— Il va falloir maîtriser tes ardeurs, petit frère, me dit-elle avant de grimacer. Je crois que je ne m’y ferai jamais.

— A quoi ? A mon excitation ou à mon côté petit frère ? demandé-je, déçu de la voir résister à la tentation.

— Au côté petit frère. J’ai l’impression de voir tout sauf un petit frère devant moi. et je n’ai aucune envie que tu en sois un. Bref… Bonne nuit, Liam, soupire-t-elle en m’embrassant sur la joue.

— Bonne nuit, Sweetie. Il ne tient qu’à toi d’accepter ma proposition. Le Deal tient toujours, tu sais.

— J’y réfléchis, même si, entre nous, je ne pense pas que ce soit très judicieux… A demain, Liam, murmure-t-elle avant de sortir.

Je la regarde partir et me demande si elle a fait exprès de laisser son épaule dénudée alors que son peignoir a un peu glissé. La vision est si érotique, la tension est si forte que je décide de calmer mes ardeurs en me faisant plaisir par mes propres moyens. Les visions que je fais passer dans ma tête tournent toutes autour de Sarah qui cède à mes avances. Cette fille est vraiment en train de me rendre dingue et même pendant que je nettoie mes méfaits après mon orgasme solitaire, je continue à penser à elle, à l’imaginer à mes côtés, à me faire mille scénarios où nos parents n’existent pas ou ne sont pas en couple. Il va vraiment falloir que je pense à tourner la page avec elle, ce n’est pas possible de continuer longtemps comme ça.

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