12. Hard
Lieu : la cafétéria, vidée et verrouillée. Une chaise en métal est placée au centre de la pièce, face à un tableau blanc où sont écrits, en gros, les mots : « PROCÉDURE. RÈGLES. SANCTIONS. » Il est assis sur la chaise, les mains dans le dos, les poignets et les chevilles solidement entravés par des attaches de câbles, celles qu’on utilise pour organiser les fils derrière les bureaux. Il porte son costume trois-pièces, mais sa cravate est légèrement desserrée.
« Alors, Jean-Philippe. (Je tourne autour de lui, comme une DRH sadique.) On va jouer à un petit jeu. "Vérité ou conséquences". (J’écris les mots sur le tableau à l’aide d’un marqueur.) Règle numéro un : tu réponds à mes questions. Règle numéro deux : si tu mens, je déchire un bout de tes vêtements. (Je souris et lui montre un cutter.) Règle numéro trois : si tu mens à nouveau, il t’en cuira.
(Je m’approche, passe un doigt sur sa cravate.)
— Première question. (Voix douce, presque un murmure.) Pourquoi tu m’as accordé deux heures et demie de ton temps, hein ? (Je tire un peu sur la cravate, juste assez pour qu’il sente la pression.) C’est normal, d’après toi ?
— Mais oui, je te l’ai déjà dit.
— Tu fais partie de la direction d’un grand groupe de plus de 5 000 employés, et passer autant de temps avec moi pour un petit retour RH, ce serait juste une civilité ?
— Mais oui. Ton dossier était important.
(Je fais briller la lame du cutter et le premier bouton de sa chemise saute.)
— Mauvaise réponse. (J’écris "1" sur le tableau, sous "CONSÉQUENCES".) Réessaie. (Je me place derrière lui, souffle dans son cou.) Est-ce que c’est mon dossier qui t’intéressait… (ma main glisse sur son torse, effleure ses pectoraux sous la chemise) ou est-ce que c’était moi ?
(Un silence. J’attends. Je sais qu’il va parler. Les hommes comme lui aiment les femmes qui savent attendre… et qui savent punir.)
— Écoute, te donner tout le temps de parole nécessaire, c’était tout à fait naturel.
(Je lui mordille l’oreille droite, juste assez pour le faire gémir.)
— Arrête avec ça. C’est tout sauf naturel. Un mec dans ta position ne rouvre pas le dossier d’une subalterne comme moi, ne libère pas deux heures et demie de son temps, ne s’implique pas dans l’écoute comme tu l’as fait, sauf s’il a une raison. (Je me place devant lui, penchée, les mains sur ses genoux, le regard intense. Ses yeux se fixent sur mon décolleté.) Alors, c’est quoi, ta vraie raison, Jean-Philippe ?
(Je défais la ceinture qui me serre la taille, la fais claquer contre ma paume.)
— Tu vois, depuis que je suis ici, j’ai perdu du poids. Le stress, l’anxiété, les pauses-déjeuner réduites au maximum… (Je me redresse, fais glisser la ceinture le long de sa joue.) Alors j’ai dû investir dans ceci. Et tu vas vite le constater… (Je laisse traîner la ceinture sur son torse.) Ce n’est pas que pour les vêtements. On peut s’en servir pour autre chose.
(Je lui donne un coup sur le dos. Il tressaille, mais continue de se taire.)
— Bon, comme tu joues les mauvaises têtes, on va passer à la deuxième question. Pourquoi tu as ri à mes blagues ? C’est parce que je suis drôle… ou parce que tu aimes bien quand je te provoque ?
— Les deux.
— Hum… (Je fais claquer la ceinture contre ma cuisse.) Tu t’en sors bien cette fois-ci. Troisième question. (Je plante mon regard dans le sien.) Est-ce que tu m’as donné tout ce temps… (Ma main gauche glisse vers son entrejambe, sans toucher.) parce que tu avais peur de me dire non ? (Je serre légèrement sa cuisse.) Ou est-ce que tu avais envie de me voir parler… comme ça, sans filtre ?
— Les deux.
— Ah non, pas deux fois la même réponse ! (Un autre bouton de sa chemise saute, exposant sa peau.)
— Tu me… tu me fais peur. Et tu m’excites.
— Ah. Comme ça, je t’excite ? (Ma voix est plus basse, plus profonde.)
— Regarde-toi un peu. Cette tenue. Je savais que tu avais des formes, mais habillée comme ça, ouh…
— Arrête de reluquer mes seins.
— Difficile de les rater…
(Il reçoit plusieurs coups de ceinture.)
— Alors comme ça, je t’excite, vraiment ? (Je ris, puis je tâte son entrejambe à travers le tissu. Un grognement lui échappe.) Waouh ! (Je recule, ébahie, et ris à nouveau.) La vache !
— La vache, c’est toi… Tu portes un nom de ruminant, Marguerite…
— C’est Maîtresse que tu dois m’appeler, dorénavant ! (Je fais claquer la ceinture contre sa cuisse, une fois, deux fois. Il gémit. Je ricane, sadique et joyeuse.) On dirait que tu aimes le cuir !
— Oui, Maîtresse…
— Eh bien, tu vas en avoir ! (Je lui donne encore trois coups de ceinture sur le torse, pas assez fort pour blesser, juste assez pour marquer.)
— Mais arrête ! Qu’est-ce que je vais dire ce soir en rentrant chez moi ?
— Tu raconteras que le dernier conseil d’administration de l’année a viré à la réunion de crise et que… vous vous êtes salement écharpés sur le budget prévisionnel 2026.
— Oui, mais ma chemise ?
— Eh ben, c’est pas toi qui en planques des propres, fraîches et repassées dans ton armoire Dossiers Sensibles ? Ou je confonds avec quelqu’un d’autre ?… Oh mais dis-moi…
(Je le palpe sans gêne à présent. Il est dur comme le granit de la statue postée dans le hall d’entrée du département Recherche et développement, une allégorie de l’exploitation du lumpenprolétariat par le Grand capital dans le plus pur style constructiviste – vieux souvenir de l’accord commercial franco-soviétique d’octobre 64 qui avait permis la construction d’une usine là-bas. Je défais sa braguette d’un geste vif. Sa verge saute, gonflée, presque douloureuse. Je m’agenouille devant lui, soutenant son regard.)
— Alors, Jean-Philippe… (Je saisis son sexe à pleine main, le serre juste assez pour le faire gémir.) On va voir si tu sais obéir à ta Maîtresse… (Je lèche le bout de son gland, lentement, avant de relever les yeux vers lui.) ou si je vais devoir te punir encore. Tu n’as pas compris qu’en me laissant dans l’incertitude, tu me fais du mal ? Et tu te fais probablement du mal aussi ? (Un autre coup de langue. Ses hanches se soulèvent malgré lui.)
— Je ne sais pas quoi dire… Je ne peux pas tout te dire…
— Merde, Jean-Phi. Merde. MERDE !
(Je me remets debout, relevant ma jupe sous laquelle je ne porte bien entendu pas de culotte.)
— Tu vois ça, c’est la chose que tu n’auras jamais, si tu continues comme ça. On va pas se mentir, je sais que je t’intéresse. Mais après ?
— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? (Il semble sincère, pour une fois.) Ce n’est pas juste la façon dont tu m’as attaché. (Un silence.) Mes entraves sont tout à fait réelles. Notre situation peut être vue comme un abus de pouvoir hiérarchique.
— Tu me dis ça alors que c’est moi qui mène le jeu ? (Je fais claquer la ceinture contre ma paume, une fois.) J’ai envie de te mettre le Code du travail là où je pense ! D’ailleurs, tu sais ce qu’il dit, le fichu texte ? (Je m’approche, glisse à son oreille :) Il n’interdit même pas de faire l’amour sur le lieu de travail. (Je recule, le regarde. Quelque chose se déchire.) Mais il interdit bel et bien les abus de pouvoir. (Un temps.) Et toi, tu es le pouvoir, Jean-Philippe.
— Il n’y a pas que ça, tu le sais bien…
(Il ferme les yeux. M’approchant très près, je caresse sa queue du bout des doigts, sans la prendre. Juste assez pour le faire frémir. Que sa peau est douce… Je me penche pour l’effleurer des lèvres.)
— Putain, je t’ai jamais vue ainsi…
— Qu’est-ce que tu croyais ? Cette boîte se fout des compétences spécifiques, alors que j’ai un sacré potentiel. Sans parler de ma volonté de bien faire les choses. (Un dernier coup de langue, et je me redresse. Mon ton se fait plus autoritaire.) Monsieur le DRH, sachez que je suis à fond pour une culture d’entreprise qui repose sur la curiosité et la stimulation. Prenez note, mon petit Jean-Philippe : plutôt que de cantonner les individus dans des rôles rigides et définis, il vaut mieux les laisser évoluer en fonction de leur savoir-faire et de leurs passions.
— On va tâcher d’intégrer ça… dans notre nouvelle politique… Mais pour le moment… Bon Dieu, t’es bandante à en crever… (Sa voix devient rauque.) Je vais… (Il s’interrompt, cherche ses mots.) Il y a… comme un… oh… débordement de stock.
— Oui. (Je souris, triste et excitée à la fois. Où donc ai-je planqué la boîte de mouchoirs en papier ?) Un débordement, je vois ça. Mais les stocks, ça se gère. Ça se contient. Et toi, tu es un homme contenu. (Je recule d’un pas.) Un homme qui doit contenir ses désirs. Ses envies. Ses fuites. (Je ris, sans joie.) Alors voilà. Il nous reste à éponger les pertes, mon chou.
(Je le délie et me rhabille lentement, sous son regard. La jupe retombe. Les règles reprennent leurs droits. La cafétéria redevient une cafétéria. Lui, un DRH. Moi, une subalterne. Ou presque.)
— Marguerite…
— C’est Maîtresse que tu dois m’appeler. (Je souris, une dernière fois.) Mais seulement en rêve, Jean-Philippe. (Je me dirige vers la porte, m’arrête, me retourne.) Et dans les rêves, on peut tout faire. »
(Je sors. La porte claque. Quelque part, une photocopieuse grince. La vie reprend. Ou presque.)

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