Chapitre 11 : Le cri

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Il est 1 h du matin.
J’ai les yeux collés à mes devoirs. Le crayon dans la main tremble un peu, mes paupières sont lourdes.
Simon dort. Marin aussi.
Je suis la seule lumière encore allumée dans la maison.

Et soudain, un bruit me glace le sang.

Un hurlement. Long. Strident.
Inhumain.

Je me redresse d’un coup, mon cœur cogne fort.
Je tends l’oreille. Encore un cri.
C’est ma mère.

Je sors de ma chambre en courant, pieds nus, mon vieux sweat sur le dos.
Je descends les escaliers. Et là, dans le salon, je la trouve : étalée sur le canapé, les jambes tremblantes, le visage crispé, en train d’hurler à la mort.

Mon cerveau comprend plus vite que mon cœur :
Elle accouche.

— Maman ! Maman regarde-moi, respire !
— AAAAAAAH ! IL SORT, IL SORT, IL VEUT SORTIIIIIIIR !!!

Elle est en panique totale.
Je prends mon téléphone. Je compose le 18 avec les mains qui tremblent.

— Pompiers bonsoir, quelle est l’urgence ?
— Ma… ma mère est enceinte… elle est en train d’accoucher !
— Ok, calmez-vous. L’ambulance arrive. Adresse ?
[adresse].
— D’accord. Écoutez-moi bien. Il faut la calmer. Allongez-la, faites-lui faire des exercices de respiration, tenez-la éveillée.

Je raccroche.

Je m’approche d’elle.
Je la prends par la main.

— Maman, regarde-moi. Inspire. Expire. Inspire, encore. C’est moi, c’est Belle. T’es pas seule, ok ?

Petit à petit, elle se calme.
Mais 10 minutes passent.
Puis 15.
Rien.

Les pompiers ne viennent pas.

Je regarde la porte du bureau. Fermée.
Pas un bruit.
Mon père n’a même pas réagi aux hurlements.

Alors je comprends.
C’est moi.
C’est à moi de le faire.

Je prends une grande inspiration.
Je relève les manches de mon sweat.
Je cherche des serviettes propres, de l’eau tiède.
Je m’agenouille entre ses jambes.

Et je l’aide à accoucher.

Un cri. Un effort. Un miracle.
Le premier bébé sort. Je l’attrape délicatement. Il pleure. Je pleure aussi.
C’est une petite fille.

Mais ma mère continue de hurler.
Et je comprends trop tard.

Il y en a un autre.

Et il n’est pas dans le bon sens.

Je panique. Mes mains tremblent. Ma mère est en transe.
Je cours dans ma chambre. J’attrape ma vieille tablette. Je tape frénétiquement :

"Deuxième bébé en siège accouchement maison que faire"

Je lis.
Je lis vite. Je relis.
Je n’ai pas le droit de me tromper.

Je reviens, je m’agenouille à nouveau.
Je masse son ventre comme expliqué. Je presse doucement aux bons endroits.
Je répète ce que j’ai lu à haute voix, comme un mantra.
Et puis…

Le deuxième bébé sort.

Un garçon.

Il pleure aussi.
Et moi je m’effondre.
De fatigue. De soulagement. De terreur.

Il est 9 h passées quand les pompiers arrivent enfin.

— On a eu un enchaînement d’urgences, je suis désolé ! dit l’un d’eux en courant vers ma mère.

Les infirmiers prennent les deux bébés dans des couvertures. Ils sont vivants. Roses. En bonne santé.

Un pompier se tourne vers moi.

— Tu… tu les as fait naître toi-même ?
— Oui. J’avais pas le choix.
— C’est incroyable.
Il me regarde avec un mélange de respect et de choc.
— Franchement, t’as sauvé trois vies cette nuit. T’es une héroïne.

Ils embarquent ma mère, les bébés, tout le monde.
Je reste là, seule dans le silence de la maison.

Je regarde l’horloge. 12 h 04.

Trop tard pour aller en cours.

Je monte réveiller Marin et Simon.

— Aujourd’hui, y’a pas école. D’accord ?
— Hein ? Pourquoi ?
— Ta maman a eu les bébés cette nuit. Ils sont partis à l’hôpital. Tout va bien.
— T’as été toute seule ?!
— Oui, mais... tout va bien maintenant.

Je leur fais à manger.
Je leur parle doucement.

Et puis, une fois qu’ils sont occupés devant la télé, je m’assois.

Mes mains tremblent.
Mes jambes aussi.

Je suis plus fatiguée que jamais.
Et je n’en peux plus.

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