Chapitre 14 : Le bord du vide

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Je crois que je viens d’embrasser Belle.

Non. Je suis sûr que je viens d’embrasser Belle.

Et c’était pas un rêve.
Pas une blague.
Pas un pari.

Juste un moment. Suspendu. Hors du temps.
Elle et moi.
Deux secondes d’éternité.

Et pourtant… à peine nos lèvres se séparent, un vertige me prend.

Qu’est-ce que j’ai fait ?

Je l’ai embrassée.
Alors que j’ai accepté ce putain de défi débile.
Faire tomber Belle amoureuse de moi pour prouver à mes potes que je m’en fous d’elle.
Sauf que je m’en fous pas du tout.
Et que là, je crois que je suis en train de tomber vraiment amoureux.

Je baisse les yeux.
Elle est juste à côté de moi.
Elle sourit un peu.
Et j’ai envie de lui dire la vérité. Maintenant. Tout de suite.

Mais avant que j’ouvre la bouche, un cri strident fend l’air.

— AAAAAAAAH !!

La porte s’ouvre à la volée.

Marin.

Il est essoufflé, en panique, les cheveux en bataille. Puis quand il me voit, son visage s’illumine.

— ANTHONY !!
(Il court vers moi, saute dans mes bras comme si on était meilleurs potes depuis dix ans.)

— Salut, p’tit gars, je dis en riant.

— Belle ! J’ai tout essayé mais Laura pleure encore ! Et maintenant Louis s’est réveillé aussi ! J’ai pas fait exprès !

Belle se lève d’un coup. Elle n’a pas l’air énervée.
Fatiguée, oui. Mais maîtresse de la situation.

Elle monte à l’étage.
En deux minutes, plus un bruit.
Un silence paisible redescend sur la maison.

Je reste là, bouche bée.

Comment elle fait ça ?

Une ado, épuisée, à bout, qui vient de craquer dans mes bras… et pourtant, elle gère deux bébés mieux que n’importe qui.

Je crois que je suis foutu.

Je tombe amoureux. Pour de vrai.

Belle redescend, doucement.
Elle s’assoit.
Je lui souris. Elle me sourit en retour, vite, furtivement.
Puis elle se lève pour préparer quelque chose.

Je me tourne vers Marin, qui est en train de fouiller dans ses Lego.

— Hé Marin ?
— Ouais ? (Il continue sans lever les yeux.)

— Ta sœur… elle aime quoi ? Genre, ce qui lui fait plaisir ? Ce qui lui ferait du bien ?

Il se fige. Puis il me regarde, les sourcils froncés.

— Pourquoi tu veux savoir ça ?
— Pour… pour l’aider. La soutenir.

Marin me fixe. Longtemps.
Puis il hausse les épaules.

— Déjà, elle aime les trucs simples. Pas les cadeaux débiles. Genre un chocolat chaud fait maison, elle trouve que c’est mieux qu’un bijou. Elle aime qu’on l’écoute aussi. Mais vraiment. Pas juste pour faire genre.

Je cligne des yeux.
Il continue :

— Et surtout, elle aime quand quelqu’un fait quelque chose sans qu’elle ait à demander. Elle a toujours l’impression qu’elle dérange. Même moi, parfois, elle me demande si je veux bien faire mes devoirs. Alors que je suis censé les faire.

Je reste bouche bée.

— Mais… t’as sept ans ?
— Presque huit, ouais.

— Et tu parles comme un psy ?

Il hausse les épaules en souriant.

— Quand tu vis avec Belle, tu deviens vite grand.

Je sais pas quoi dire.
Je suis juste… impressionné.

On continue à discuter tous les deux.
Il me raconte qu’il adore les animaux. Qu’il veut être vétérinaire.
Et que parfois, il fait exprès de faire semblant de dormir juste pour entendre Belle chanter à Simon la nuit.

— Elle chante faux, dit-il. Mais c’est la plus jolie voix du monde.

Et là, j’ai envie de pleurer.

Pas parce que je suis triste.
Parce que j’ai envie de faire partie de ce monde-là.

Le monde de Belle. De Marin. De Simon. De Laura. De Louis.

Et je me rends compte d’une chose :

Je veux plus que l’aimer.
Je veux rester.
Pour de vrai.

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