Pression et points de rupture
La soirée était tombée sur Poudlard, mais l’air restait chargé d’électricité.
Harry avait quitté la Grande Salle plus tôt que les autres. Il en avait assez.
Assez de Fitz qui le fixait comme s’il allait le poignarder avec sa baguette.
Assez de Draco qui tournait autour de Sophie comme un prédateur élégant.
Assez des regards envieux, des murmures dans les couloirs.
Et surtout… assez de ce trouble dans sa poitrine dès que Sophie souriait à quelqu’un d’autre.
Il voulait juste un moment seul, dans l’aile ouest, près des escaliers mouvants. Il s’y rendit à grands pas…
Et tomba sur Keefe.
Dos au mur, les bras croisés, Keefe l’attendait déjà.
— T’as cinq secondes pour m’expliquer pourquoi elle te regarde comme si t’étais son ancre dans ce monde.
Harry ferma les yeux. Il en avait marre.
— Pas toi aussi…
— Oh si, moi aussi, confirma Keefe, en avançant. Parce que depuis qu’on est là, tu fais ton petit numéro de sorcier ténébreux et protecteur, et elle t’ouvre des portes qu’on passe notre vie à essayer de forcer.
Harry le regarda en silence, puis répondit :
— Tu veux savoir pourquoi elle me parle, Keefe ? Parce que je l’écoute. Je ne joue pas un rôle. Je ne la réduis pas à ce qu’elle peut faire ou à ce qu’elle représente pour moi.
Keefe tiqua. Ce coup-là, il l’avait senti passer.
— Je ne joue pas, Potter.
— Vraiment ? Tu fais des blagues tout le temps pour cacher ce que tu ressens. T’es drôle, ouais, mais t’es aussi lâche. Tu veux qu’elle t’aime sans jamais lui dire ce que tu veux.
Keefe se figea.
— Et toi, tu crois quoi ? Que t’es un héros tragique et mystérieux ? Elle te connaît à peine. T’es juste une distraction.
Harry serra les dents.
— Peut-être. Mais je ne mens pas sur qui je suis.
Un silence. Tendax. Puis Keefe sourit… un peu plus froidement.
— C’est pour ça que Fitz veut te tuer. Draco veut te doubler. Et moi… j’hésite encore.
Harry soupira.
— Génial. Manquait plus que toi.
Mais Dex arriva à ce moment-là, trottinant dans le couloir.
— Ha ! Je vous trouve enfin !
Harry leva les yeux au ciel.
— Par Merlin…
Dex posa ses poings sur ses hanches, visiblement remonté.
— T’es censé être l’Élu, non ? Tu pourrais au moins agir comme quelqu’un de correct ! Depuis qu’on est là, tout le monde parle de toi. "Harry par-ci, Harry par-là", "Sophie est assise à côté de lui", "Oh, il lui a souri !" Sérieux ! On n’est pas venus ici pour être des figurants dans ta petite tragédie magique !
Harry recula d’un pas, éberlué.
— Tu veux que je m’excuse ? Pour quoi, exactement ? D’être gentil avec elle ? D’exister dans ce château ? Vous me tombez tous dessus comme si j’étais une menace alors que je suis littéralement le seul ici à ne pas l’avoir traitée comme une chose à protéger, à revendiquer ou à posséder !
Dex ouvrit la bouche pour répondre. Mais Harry explosa :
— J’en peux plus de vos confrontations à la chaîne ! Fitz, Draco, toi, Keefe, bientôt ce sera Biana ou le portrait de Dumbledore ? Je suis pas responsable de vos insécurités, OK ? Elle est pas un trophée, pas un combat à gagner. Si vous voulez son respect, commencez par respecter elle. Et moi, tant qu’on y est !
Silence.
Même Keefe avait reculé d’un pas.
Harry, haletant, les regarda tour à tour.
— C’est bon ? Ou vous voulez faire un planning pour les confrontations suivantes ? Je suis dispo mardi soir et vendredi matin.
Keefe baissa les yeux, sans un mot.
Dex, lui, marmonna :
— Je voulais juste qu’on arrête de faire comme si elle t’appartenait…
— Elle n’appartient à personne, souffla Harry. Et c’est là que vous avez tous raté quelque chose.
Et il s’éloigna dans le couloir, laissant Keefe et Dex figés derrière lui.
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