Ce qu'il ne fallait pas ressentir
Sophie avait trouvé refuge dans une serre abandonnée, à l’arrière de la tour d’astronomie. Les plantes y étaient étranges, aux feuilles chatoyantes et silencieuses. C’était devenu son endroit à elle. Là où personne ne l’observait.
Ou presque.
Une voix la tira de sa rêverie.
— Tu as un talent pour disparaître.
Elle sursauta. Draco Malefoy venait d’apparaître entre deux rangées de plantes.
— Tu m’as suivie ? demanda-t-elle, le cœur soudain accéléré.
Il eut un sourire lent.
— Je t’ai vue passer. J’étais curieux.
Il s’approcha lentement. Sophie ne bougeait pas. Elle aurait dû reculer. Elle le savait.
Mais elle resta là.
— Tu n’as pas l’air surprise, murmura-t-il.
— Je ne le suis pas, répondit-elle, d’une voix plus basse qu’elle ne l’aurait voulu.
Il fit un pas de plus, les yeux accrochés aux siens.
— Tu sais… tu déranges tout le monde ici. Même moi.
Sophie sentit sa gorge se serrer.
— Je n’essaie pas.
— C’est bien ça, le pire. Tu n’essaies pas… et tu fascines. Tu marches ici comme si tu appartenais à ce monde. Et pourtant tu n’en viens pas. Ça les rend fous. Tous autant qu’ils sont.
— Tu ne me connais pas, Draco.
— Je n’ai pas besoin de te connaître pour sentir ce que tu dégages. Ton calme, ton pouvoir… et cette façon de me regarder comme si tu ne savais pas si tu devais me fuir ou me suivre.
Elle baissa les yeux, déstabilisée.
— Ce n’est pas... c’est compliqué.
— Oui, ça l’est, souffla-t-il.
Il était tout près maintenant. À un souffle. Et ce fut à ce moment-là que Sophie sentit ce frisson étrange dans sa poitrine. Un élan confus, un tiraillement. Comme si quelque chose, en elle, voulait tendre la main vers Draco… et quelque chose d’autre la retenait.
Elle ferma brièvement les yeux.
— Tu joues à quoi, Malefoy ?
Il répondit sans reculer :
— À rien du tout. J’essaie juste de voir… si tu ressens la même chose que moi.
Sophie releva les yeux vers lui, le souffle court, quand…
— Sophie ?!
Elle se retourna brusquement. La voix venait de l’entrée de la serre.
Fitz.
Et avec lui, Keefe, Dex, et Harry, tous les quatre figés, chacun avec une expression différente sur le visage.
Fitz, les yeux brûlants de jalousie, fit un pas en avant.
— Qu’est-ce que tu fais là avec lui ?
Draco leva les yeux au ciel, dos à Sophie, l’air amusé.
— Oh, c’est le fan-club ? Je m’attendais à plus de discrétion.
Fitz serra les poings.
— Dégage.
— T’as pas ton mot à dire, Vacker, répondit Draco avec un sourire provocateur. Ce n’est pas ta propriété, que je sache.
Keefe, lui, observa la scène avec une étrange intensité. Son habituel humour avait disparu de ses yeux.
— Il lui a dit quoi, avant qu’on arrive ? demanda-t-il à voix basse.
Dex murmura :
— Elle a l’air... perdue.
Harry, lui, ne dit rien. Mais son regard croisa celui de Sophie, et elle vit une douleur muette dans ses yeux. Pas de colère. Pas d’accusation. Juste ce vide qu’on laisse quand on est trop fatigué pour se battre encore.
Sophie recula d’un pas.
— Ce n’est rien. Il allait partir.
— Ce n’était pas rien, grogna Fitz, avançant de nouveau.
Mais à cet instant précis, tout le monde s’arrêta.
Quelque chose venait de glisser contre la verrière de la serre. Un son léger, pourtant glacé. Comme une griffure lente contre la vitre. Puis… un souffle, un courant d’air inexplicable. Un frisson collectif.
Draco, soudain tendu, regarda derrière lui.
— C’était quoi, ça ?
Le silence s’étira.
Sophie, elle, leva les yeux vers le plafond de verre. Et, un instant… elle crut voir une silhouette floue, suspendue au-dessus d’eux. Comme un reflet.
Mais quand elle cligna des yeux : plus rien.
— On doit partir d’ici, murmura Harry.
Le malaise était là. Une présence sourde, lourde.
Quelque chose venait de les observer.
Et ce n’était pas humain.
Annotations
Versions