Non, bien sûr que non ! Quelle idée ? Je me souviens de mes rêves de petite fille. Pas un instant je ne pensais au prince sur son cheval blanc. Le cheval, oui. Mais le prince… Il pouvait aller se rhabiller.
Moi, je rêvais d’Egypte ancienne. Combien de documentaires ai-je dévoré sur Arte ? Combien de bouquins ? Des dizaines, pour ne pas exagérer. Quand mes copines se déguisaient en princesses pour le carnaval, je devenais Nefertiti, reine du Nil. Rien que ça, oui…
Je voulais être archéologue et gratter le sable avec mon pinceau, les cheveux poussiéreux et des étoiles plein les yeux. La nouvelle Howard Carter. Et pourquoi pas ?
Point de princesse, je rêvais d’Afrique. Comme Jane Goodall, étudier les chimpanzés. Vivre dans la forêt avec les animaux pour seule compagnie. Me fondre dans leur colonie, devenir une des leurs.
Gérer une réserve, aussi. Quelle aventure ! Soigner les lions, sauver les rhinocéros, lutter contre les braconniers… Je crois qu’ils ont été la première cause de mon désamour pour l'humanité. Être capable de massacrer à tour de bras pour de l’argent, mon innocence trouvait ça inhumain. J’ai appris ensuite...
Je rêvais de m’endormir bercée par la symphonie des forêts primaires, rencontrer les tribus autochtones, tout apprendre d’eux, faire corps avec la nature.
Je crois que j’aurais voulu naître animal. Le vrai, pas ce simulacre qu’est l’homme. Posséder l’assurance tranquille du gorille, la puissance du tigre, la liberté de l’orque ou la noblesse de l’éléphant. Mais ça, même petite, je savais bien que c’était impossible.
C’est marrant comme on oublie, une fois adulte. Un jour, on se pose des barrières qu’on n’avait pas enfant. À l’adolescence, peut-être. Quand vient le temps des choix et des désillusions. Pour devenir archéologue, il faut être féru d’histoire. Ce n’était pas vraiment mon cas. Pour être éthologue, il faut assurer en bio. Encore raté.
Alors, je me consacre à cet autre rêve, que je n’ai pas encore mentionné : écrire.