Chapitre 49 - Quand la peur traverse le miroir

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Chapitre 49

Monde 1 et 2 : Terre et Terra

Quand la peur traverse le miroir

Émelie s’appuie sur le lavabo pour se redresser. Les yeux noyés de larmes, elle fixe avec espoir Sarah, occupée à manipuler son matériel.

— Attendez ! s’écrie Justin.

Sarah et Émelie se retournent vers lui et le voient, le doigt tendu vers le miroir, le bras tremblant sous l’émotion.

— Regardez… j’ai l’impression qu'il se reconnecte !

À ces mots, le cœur d’Émelie rate un battement. Elle pivote brusquement la tête et aperçoit Amélia. Elle est seule, adossée au mur, pâle.

Mais l’espoir d’Émelie se brise aussitôt.

Un homme surgit dans le champ de vision. Vêtu entièrement de sombre, le visage découvert, il avance lentement vers son alter ego.

— Oh non… Amélia… murmure Émelie.

Ses yeux s’agrandissent d’effroi tandis que l’agresseur réduit la distance, pas après pas.

— Éthan, non… s’il te plaît, arrête ! Tu me fais peur…

Il la domine de toute sa taille, son ombre avalant presque celle d’Amélia.

— Tu es à moi, Amélia… Je peux tant t’apporter… pour toi, pour nous, pour notre avenir… ajoute Éthan d’un ton glacial, d'un regard capable de figer un paysage entier.

Le cœur d’Émelie oscille entre l’espoir lorsqu’Amélia parvient à le repousser de toutes ses forces et la terreur quand Éthan saisit une poignée de ses cheveux et la ramène brutalement vers lui.

Émelie, impuissante face à la scène qui se joue sous ses yeux, sent au même instant une douleur fulgurante lui traverser l’arrière du crâne, exactement à l’endroit où Éthan tire sur les cheveux d’Amélia.

Cette dernière ne se laisse pas faire. Malgré la brûlure qui lui arrache le cuir chevelu, elle attrape l’avant-bras de son ex et le mord avec rage. Éthan lâche un cri rauque et recule brusquement, surpris.

Il recule d’un pas, la main sur sa blessure, observe les traces de dents qui s’impriment déjà sur sa peau, et la fureur enflamme ses iris gris.

Dans un accès de colère, il la pousse avec une telle violence qu’elle est projetée en arrière et s’écrase près de la porte de la salle de bain. Au même moment, sur le corps d’Émelie, des marques apparaissent aux épaules, dans le dos, jusque derrière la tête, comme si les coups traversaient le miroir.

Pourtant, aimantée par la scène, elle ne réagit presque pas à la douleur qui irradie sous sa peau : seule l’envie de rejoindre Amélia prend le dessus sur tout le reste.

— Em… Émelie !! parvient à articuler Amélia en apercevant son reflet.

— La ferme ! Et viens avec moi ! hurle-t-il, sans même réaliser qu’elle parle à quelqu’un d’autre.

Éthan l’agrippe par la taille et la soulève pour l’emporter. Mais c’est sans compter la hargne de la jeune femme, qui se débat encore et toujours, griffant, frappant, refusant de céder.

Émelie, le corps tacheté d’ecchymoses naissantes, avance malgré la douleur, guidée par une seule obsession : la rejoindre et la sauver. Alors qu’elle s’apprête à lever la jambe pour grimper sur la vasque, une main ferme lui saisit le bras et la tire en arrière.

— Émelie !

Justin a juste le temps d’interrompre son geste. Il la prend par les épaules et la secoue légèrement, tentant de la ramener à elle.

— Émelie ! Non ! Ne fais pas ça ! Rappelle-toi… la batte !!

Elle se dégage de lui, mais déjà, elle n’écoute plus. Elle escalade le meuble de la salle de bain, pose un pied sur le large rebord, l’autre dans le lavabo, puis se place face au miroir. La porte de la pièce est grande ouverte, donnant vue sur le couloir. Elle vérifie que l’agresseur ne regarde pas dans sa direction et, d’un seul bond, traverse la paroi transparente.

Justin laisse échapper un souffle tremblant en voyant le miroir rester intact. La dernière fois, une simple batte l’avait traversé… avant d’être sectionnée net quand la connexion s’était rompue.

Cependant cela n’atténue en rien l’angoisse qui lui serre la poitrine.

— Fais attention, Émelie !

Elle atterrit lourdement sur le côté du bassin, une douleur sourde s’ajoutant aux autres. Elle rattrape de justesse un objet qui glisse du rebord, évitant un bruit qui aurait pu alerter Éthan. Cachée derrière la porte, Émelie porte un doigt à ses lèvres pour intimer à Justin de se taire.

Son cœur cogne si fort qu’elle a du mal à reprendre son souffle.

Depuis sa position, elle distingue mal la scène. Elle se redresse dans un silence absolu et jette un coup d’œil dans le couloir. À l’angle, près du salon, elle aperçoit l’homme de dos, maintenant fermement Amélia contre le mur, une main écrasant son bras contre la surface.

Au même instant, une douleur fulgurante traverse l’avant-bras d’Émelie. Sous ses yeux, des marques rouges apparaissent, comme si des doigts invisibles s’enfonçaient dans sa chair. La souffrance devient plus vive, plus réelle chaque seconde.

Elle doit intervenir.

Son regard balaie la pièce et accroche la batte de baseball gisant non loin derrière eux. À pas de velours, elle sort de sa cachette et, le souffle court, saisit l’arme de fortune.

— Ma douce…

La voix d’Éthan fige Émelie à quelques centimètres d’eux.

— S’il te plaît, reviens… je te promets que je me calmerai… je serai un homme comme tu le désires… Allez, ma belle… supplie-t-il, le visage bien trop près de celui d’Amélia. Je t’en prie… ne me force pas à agir de cette manière…

Il baisse la tête, desserre légèrement sa poigne, les yeux embués d’un simulacre de larmes. Pendant une fraction de seconde, son expression vacille… mais Amélia ne s’y laisse pas avoir.

— Mais que dois-je faire pour revenir dans ton cœur ? souffle-t-il.

— Ce n’est pas avec tout ça, explose-t-elle en montrant les dégâts autour d’eux, que tu y arriveras un jour. Puis elle fait un pas en avant et murmure, glaciale : enregistre bien ce que je vais te dire… JAMAIS, plus jamais, je ne retournerai dans ton lit.

Quelque chose se brisa dans le regard d’Ethan. Pas de tristesse. Pas de regret. Juste cette lueur froide de quelqu’un qui refuse de perdre. Ses yeux se plissent, ses lèvres se pincent, et le muscle de sa mâchoire tressaute.

D’une vitesse qu’Amélia n’anticipe pas, il lui plaque sa paume sur la bouche. Elle se débat, émettant des cris étouffés.

— Ne… dis… pas… ça… grince-t-il entre ses dents.

Derrière lui, Émelie s’approche à pas de loup. Les deux mains crispées sur son arme, elle la lève. Une seconde suspendue. Son souffle brûle sa gorge. Puis, sans hésiter, elle l’abat sur la tête d’Éthan dans un bruit sourd.

Surpris, il se retourne vers elle, les yeux écarquillés. Elle recule d’un pas. Puis il vacille et s’écroule au sol, inconscient, le visage déjà rougi.

Amélia, épuisée, les jambes tremblantes, se laisse glisser contre le mur. Malgré tout, elle pose deux doigts sur la jugulaire d’Éthan et vérifie son pouls.

— C’est bon… il n’est pas mort… il est juste sonné… affirme-t-elle d’une voix à peine audible.

Émelie, encore secouée, tient toujours l’arme entre ses mains, incapable de détacher son regard du corps étendu.

Puis, d’un même mouvement, elles se rapprochent et se prennent dans les bras. Leurs épaules se heurtent, leurs souffles se mêlent, et les larmes coulent sans retenue. Se retrouver ainsi, s’enlacer, se toucher apaise instantanément les tourments et la peur qui les dévoraient.

Leurs cœurs battent à l’unisson.

Dans cet instant hors du temps qui leur appartient, elles ne remarquent pas que le vent s’est levé, que les nuages s’assombrissent et qu’une tension étrange, presque électrique, charge l’air autour d’elles.

— Émelie !! Bon sang, Émelie ! hurle Justin derrière le miroir. Sarah me dit que Greg est à la porte, il faut la lui ouvrir ! Il pourra vous aider !

La voix de Justin transperce la bulle fragile qu’elles avaient créée.

— OK… j’y vais, répond Émelie avec le regret de se séparer d'Amélia.

Elle s'exécute, mais au moment d’enjamber Éthan gisant au sol, une main se referme brusquement sur sa cheville et la déséquilibre. Prise au dépourvu, elle s’étale de tout son long. Elle tente de se libérer avec sa jambe libre, mais l’assaillant est bien plus puissant qu’elle.

Amélia, voyant la scène, se redresse et se jette sur le dos d’Éthan avec ses dernières forces. Celui-ci, désormais debout, parvient à la projeter violemment contre la table basse. Le fracas du bois brisé résonne dans la pièce. Amélia retombe entre les débris et le canapé, immobile.

— Nooooon !

Les joues noyées de larmes, Émelie cherche désespérément la batte dans le chaos du salon, mais ne la trouve plus. Éthan, les yeux rouges et exorbités, s’approche d’elle et se dresse face à elle de toute sa hauteur.

— T’es qui, toi ? grogne-t-il.

Un filet de sang coule de son arcade sourcilière éclatée jusque dans son œil. La rage déforme ses traits ; il ne contrôle plus rien. Des mots comme « trahison », « humiliation », « elle doit payer » roulent entre ses dents.

Il l’attrape brusquement, la saisit par le cou, la soulève et la plaque contre le mur. Sa seconde main vient renforcer l’étau. Il serre encore, toujours plus fort.

Sur la pointe des pieds, Émelie se débat de toutes ses forces. Mais la pression sur sa gorge augmente, et le manque d’air réduit peu à peu ses mouvements.

L’odeur d’alcool de son haleine lui brûle les narines.

— Mais t’es qui, toi ?… Tu lui ressembles comme deux gouttes d’eau, mais je vois bien que tu n’es pas elle… Ton regard… il n’est pas le même… siffle-t-il.

Ses iris gris et glacials la transpercent.

La vision d’Émelie se trouble. Des points noirs dansent devant ses yeux. Sa bouche reste ouverte, incapable d’aspirer la moindre bouffée. Seul son regard peut bouger.

Derrière Éthan, elle voit une silhouette surgir.

Éthan le remarque au dernier moment.

Sa prise se desserre brusquement. Émelie s’effondre au sol comme une poupée de chiffon.

Éthan se retourne et, dans un réflexe de rage, fend l’air de son poing.

Mais son geste est stoppé net.

Une main ferme vient de saisir son poignet en plein élan.

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