CHAPITRE 16 LA PROIE VOLEE
Le tir vibrait encore quelque part dans la rue.
Pas un son.
Un impact qui continuait de trembler dans les corps.
Elyna abaissa le bras.
Elle ne sentit rien.
Juste un vide, immense, propre, tranchant.
Le genre de vide qui ne laisse place à absolument rien... sauf à ce qui vit en dessous.
Le corps de Mark était à terre, disloqué, inerte.
La lame avait glissé hors de sa main et reposait à quelques centimètres, ridicule maintenant, presque propre.
Elle observa.
Constata.
Rien d'autre.
Et ça, ça glaça Lavigne plus que le sang.
— ARME AU SOL ! cria Roche
La voix s’était abattue comme une vague.
Des bottes.
Une silhouette.
Trop rapide.
Trop nerveuse.
Avant même que Lavigne puisse parler, Roche la projeta au sol.
Un genou dans le dos.
Un poids inutilement violent.
— À TERRE ! NE BOUGE PAS !
Lavigne sentit la colère lui exploser dans la poitrine.
— STOP !
Sa voix fendit l’air.
Personne n’obéit.
Roche était là.
Mâchoire serrée.
Regard dur.
Trop dur.
— Reculez ! hurla Lavigne en s’élançant.
Une main se resserra encore sur Elyna.
Un cri étouffé lui échappa de douleur.
Quelque chose cassa en elle.
Lavigne attrapa Roche par l’épaule et le repoussa violemment.
— ÇA SUFFIT !
Il se retourna, fulgurant.
— Elle a exécuté un suspect !
— Elle a neutralisé une menace immédiate, corrigea Lavigne. Et tu es en train de déraper.
Roche haletait.
Pas de fatigue.
De rage contenue.
— Elle n’a même pas tremblé, cracha-t-il.
— Tu lâches. Ou c’est moi qui te sors de la scène.
Sa voix claqua, tranchante, non négociable.
Un silence brutal tomba.
Lavigne se baissa enfin près d’Elyna.
Elle ne résistait pas.
Son visage touchait presque le goudron glacé.
Vide.
— Elyna... respire doucement.
Un battement.
Puis un souffle.
— Il allait continuer, dit-elle.
Rien d’autre.
Lavigne ferma les yeux une fraction de seconde.
Une douleur sourde lui traversa les côtes.
À quelques mètres, Alex était adossé à une voiture.
Du sang coulait le long de son arcade.
Il tremblait.
Pas beaucoup.
Mais assez pour qu’on le voie.
Il regardait le sol.
Pas le corps.
Pas Elyna.
— Alex, dit-elle.
Il releva les yeux, trop lentement.
— J… je l’ai lâché, balbutia-t-il.
Il s’interrompit.
Avalant sa salive.
Blême.
Humain.
Beaucoup trop humain pour cette rue.
— Ce n’est pas toi, dit Lavigne fermement.
Elle se releva et fit face à Roche.
— Recule.
— Capitaine…
— MAINTENANT.
Quelque chose passa dans le regard de Roche.
Une hésitation.
Puis il obéit.
Mais Lavigne savait.
Il n’avait pas digéré.
Pas accepté.
Les menottes claquèrent.
— Procédure, murmura Lavigne près de son oreille.
Je suis là.
Elle la releva doucement, main glissée dans son dos comme un bouclier.
— On rentre.
Elyna hocha à peine la tête.
Lavigne balaya la rue du regard.
Trop calme.
Une certitude froide lui mordit la nuque.
— On n’est pas seuls, dit-elle à voix basse.
Elle ne savait pas comment.
Mais elle le savait.
Roche fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Il regarde.
Personne ne demanda qui.
Parce que tous le savaient.
Une pression. Et la certitude qu’un équilibre venait d’être brisé.
Là-haut, quelque part hors de portée,
Leary était immobile.
La frustration distordait l'air, fine, métallique.
On venait de lui voler un geste.
Une trajectoire qu'il avait déjà écrite dans sa tête.
La pulsion coupée vibrait dans sa cage thoracique comme un écho mal étouffé.
Et ce genre de perte ne restait jamais sans réponse.
Pas avec lui.
Quelqu'un finirait par en porter la trace.

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