Chapitre 17- Disparaître

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La rue s'éteignit derrière eux.

Les gyrophares restaient loin, mais leurs reflets glissaient encore sur les façades, étirant les ombres comme des silhouettes mal fixées.

Elyna avançait entre eux.

Les menottes froides sur ses poignets.
Le pas mécanique.

Personne ne parlait.
Même les radios restaient muettes.

Ils savaient tous pourquoi.

Alex marchait à sa gauche.
Son arcade avait cessé de saigner, mais son équilibre restait fragile.
Il tenait.
Par orgueil plus que par force.

Roche fermait la marche.
Les épaules dures.
Les nerfs à vif.
Il obéissait, mais chaque muscle criait le contraire.

Lavigne sentait tout.
Chaque respiration trop courte.
Chaque regard lancé vers les toits, les fenêtres, les angles morts.

Il était là.
Quelque part.

Le commissariat surgit au bout de la rue comme une masse sombre et rassurante à la fois.

Le bitume laissa place au carrelage froid.
Les portes automatiques s'ouvrirent, se refermèrent.
Le bruit de la ville mourut derrière eux.

L'air changea aussitôt.
Plus sec.
Plus administratif.

Lavigne n'attendit pas.

— Alex, hôpital. Maintenant.

Il ouvrit la bouche, voulut protester.
Elle ne lui en laissa pas le temps.

— C'est suffisant pour ce soir.

Un regard.
Reconnaissant.
Fragile.
Puis il tourna les talons, escorté sans discuter.

Roche observa la scène, mâchoire crispée, elle se tourna vers lui.

— Toi, tu restes dehors.

— Pardon ? lâcha-t-il.

— Tu es suspendu de l'intervention.

— Vous me mettez à l'écart pour elle ? cracha-t-il.

Lavigne s'approcha d'un pas.

— Je te mets à l'écart pour toi.

Ils se faisaient face maintenant.

— Tu veux reprendre le contrôle parce que tu l'as perdu, continua-t-elle.
Mais ici, ce n'est pas toi qui décides.

Un éclair passa dans les yeux de Roche.
Une frustration brute.
Il n'aimait pas Elyna.
Il n'aimait pas qu'elle existe hors des règles.

— Occupe-toi du corps, ordonna-t-elle.

Il se figea.

— Faites comme vous voulez, CAPITAINE.
Il partit sans se retourner.

La porte se referma derrière lui.

Lavigne se retrouva seule avec Elyna dans la petite salle d'interrogatoire.
Une table.
Deux chaises.
Une vitre sans tain.

Elyna s'assit sans qu'on le lui demande.

Les menottes furent retirées.

Lavigne resta debout un instant.
Elle l'observa.

Rien qui ne trahisse le moindre remords visible.
Soit elle le cachait parfaitement... soit il n'y en avait jamais eu.

— Tu as tué un homme, dit-elle enfin.

Un fait brut.

Elyna releva les yeux.

— Oui.

Un mot.
Seulement un mot...

C'est là que quelque chose dérangea profondément Lavigne.

— Elyna... continua-t-elle plus doucement.
Je suis de ton côté. Tu le sais.
Mais si je veux t'aider, j'ai besoin de comprendre.

Elle s'assit en face d'elle.

— Tu n'as rien ressenti... après ?

Elyna réfléchit.
Vraiment.

— Si.

— Quoi ?

— Que ça s'arrêtait.

Rien d'autre.

Lavigne inspira lentement.
Elle pensa au parquet.
Aux mots à peser.
À la décision qui ne lui appartiendrait plus.

— Il va y avoir des conséquences, dit-elle enfin.

Et elles ne dépendent plus de moi.

Elyna hocha la tête.
Elle s'y attendait.

— Le parquet va statuer.
En attendant... tu ne rentres pas chez toi.

Un battement.

— Où ?

— Une maison sécurisée.
Isolement complet.
Pas de visites.
Pas d'extérieur.

Elle soutint son regard.

— Ce n'est pas une punition.

Lavigne marqua une pause.

— Comment tu te sens ? demanda Lavigne doucement.

Elyna mit une seconde à répondre.

— Vide.

C'est là que Lavigne comprit.

Elyna n'était ni en choc, ni perdue.
Elle était ailleurs.

Un territoire intérieur dangereux, silencieux, aiguisé.
Réelle.
Debout après un poids qui aurait écrasé n'importe qui.

Et ça...
Lavigne ne l'oublierait pas.

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