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Vincent s’immobilise devant la porte de la chambre de Léo. Un an s’est écoulé depuis sa disparition et jamais depuis il n’a eu la force d’y pénétrer. Son désordre, son odeur, sa présence.
Pourtant, son thérapeute insiste :
« Il n’est pas question de tout jeter d’un seul coup. Prenez votre temps pour trier ce que vous souhaitez garder et ce qui doit partir. Mais vous devez le faire. »
Des mois que Vincent repousse l’échéance, se cherche des excuses.
Il souffle, puis sa main se pose d’elle-même sur la poignée et l’enclenche. Le mécanisme tinte tandis qu’une odeur de renfermé monte à ses narines.
Vincent avance de quelques pas avant de s’immobiliser au centre de la pièce. De fins filets de lumières percent les interstices des volets clos, découpant la pièce comme les chapitres d’un livre impossible à refermer.
Les larmes montent, incontrôlables, mais Vincent reste immobile, comme si bouger allait faire disparaître à tout jamais la présence de Léo.
Les photos scotchées au mur rappellent son rire.
Une pile de linge porte encore son odeur.
Le lit défait semble avoir conservé la forme de son corps.
Il s’y glisse délicatement, roule l’oreiller dans ses mains, renifle, cherchant une forme de réconfort.
Mais il n’y a ni fantôme ni rédemption.
Seul le lourd silence est là pour lui rappeler que rien ne sera plus jamais comme avant.
—
Plusieurs minutes s’écoulent avant que Vincent retrouve un semblant de contenance. Son regard embué se rive sur le plafond où il observe les étoiles phosphorescentes qui ne brillent plus depuis longtemps.
Il se redresse et s’assoit sur le lit avant de chasser les dernières larmes sur ses joues, puis balaye la pièce à la recherche d’un objectif.
Les vêtements ? Les photos ? Les cahiers et devoirs ? Vincent hésite, se lève, tourne plusieurs fois sur lui-même.
Il soupire.
Sur le bureau, un rai de lumière frôle l’ordinateur portable de Léo. Une épaisse couche de poussière recouvre le capot en aluminium brossé, tandis qu’une diode verte clignote sur l’avant.
Vincent se souvient.
T’es le meilleur père du monde !
Son visage s’illumine un instant. Un fragile sourire lui fend le visage.
Il débranche l’ordinateur et sort de la chambre.

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