6.

2 minutes de lecture

La journée s’écoule avec lenteur. Vincent fait son possible pour patienter : jeux vidéo, séries sans intérêt et même mots croisés.

Le moindre bruit le fait sursauter.

Son cœur refuse de ralentir.

Les interrogations tournent.

Et s’il ne veut pas ?


Midi.

Malgré l’insoutenable attente, son ventre se rebelle. Dans la cuisine, il se fait distraitement un sandwich. Il mastique sans goût, juste pour combler un besoin.

Une notification sonne dans le salon. Ses mâchoires se crispent sur une bouchée. Il l’avale avec difficulté, la gorge sèche.

Il pose les restes sur le comptoir et se dirige vers le canapé. Son cœur tambourine à ses tempes.

Ses mains tremblent sur le clavier.

L’icône clignote.

Il souffle.

Son doigt hésite, puis glisse.

Je savais que ce jour arriverait.

RDV à 16h30, le banc près de la fontaine, derrière la mairie.

Naïm

Vincent déglutit.

La douce chaleur de l’eau coule dans ses cheveux, son cou, inonde son corps. Vincent reste fixé sur le carrelage, immobile de longues minutes avant de parvenir à se laver.

En sortant de la douche, son reflet dans le miroir l’interpelle avec une intensité à laquelle il ne s’attendait pas.

Ses doigts frôlent les rides aux coins de ses yeux, s’attardent sur les cernes qui bleuissent son regard. Sa paume caresse la barbe qu’il n’a pas tondue depuis plusieurs mois, les poils blancs qui s’en détachent.

Ses mâchoires se contractent.

Il souffle, ouvre le miroir et en tire le nécessaire pour se raser.

En se dirigeant vers sa chambre pour s’habiller, la porte entrouverte de celle de Léo l’immobilise nu dans le couloir. Il y entre avec précaution, déambule, s’arrête face à son placard.

Lorsqu’il l’ouvre, un sweat-shirt bleu ciel tombe à ses pieds. Il l’observe plusieurs secondes avant de le ramasser.

Un timide sourire se dessine.

L’odeur gagne ses narines et il ne peut s’empêcher d’enfouir son visage dans le tissu.

Une larme roule sur sa joue.

Il déplie le vêtement et l’enfile.

La porte du garage s’ouvre. Dans la lumière grise de l’après-midi, Vincent frémit en apercevant un objet imposant caché sous une vieille couverture.

Il le frôle et s’engouffre rapidement dans la voiture.

Les mains sur le volant, le regard droit devant, Vincent cherche son souffle. Le tableau de bord affiche seize heures.

Il secoue la tête et démarre, enclenche la marche arrière. Dans le rétroviseur central, il aperçoit le ciel qui s’alourdit.

La radio grésille.

Ses yeux piquent.

Il inspire avec force.


Sur la route, son cerveau bouillonne. Les questions s’emmêlent. Le paysage défile sans qu’il le remarque.

Déjà, il arrête la voiture le long de la route.

Vincent tourne la tête.

À quelques mètres, sur le banc à côté de la fontaine, un sweat-shirt bordeaux à la capuche relevée.

Ses doigts se crispent sur la poignée.

Son cœur cogne.

Il sort de la voiture.

Le tonnerre gronde au loin.

Annotations

Vous aimez lire Raphaël HARY ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0