Chapitre 16 1/2
Samedi 20 janvier 9h
— Paul, ça y est ! On commence à recevoir les résultats des expertises de la balistique, cria Angélique, alors que Clélia LeCléac’h venait de lui amener plusieurs feuillets.
Morvan accourut dans le bureau de l’adjudante.
— Alors, ça dit quoi ?
Elle parcourut rapidement le rapport, expliquant en long, en large et en travers les techniques analytiques utilisées pour examiner les traces de polluants dans les plombs et la poudre, le pourcentage de coïncidence entre les valeurs, les écarts-types et les précisions des différents tests, cherchant désespérément un constat simple et concret. Elle finit par tomber dessus en fin de document :
— 95 % de correspondance entre les plombs et 93 % concernant la poudre.
— Entre quoi et quoi ? demanda Morvan qui n’avait pas compris de quoi parlait Angélique.
— Entre les cartouches trouvées chez les Guillou et ce qui a été prélevé dans la plaie d’Alain Guillou.
— Yes ! ne put s’empêcher le capitaine.
Enfin une piste sérieuse, se réjouit-elle aussi. Il ne manquait plus qu’un seul élément.
— Est-ce qu’on a l’analyse balistique des fusils saisis chez elle ? interrogea-t-il comme s’il avait suivi le raisonnement dans la tête de son adjudante.
— Non, malheureusement pas encore, répondit Angélique.
Après avoir pesé le pour et le contre durant quelques instants, Morvan prit une décision :
— Tu me la convoques pour une garde à vue, ou plutôt non, tu vas la chercher chez elle, en lui signifiant toi-même sa garde à vue pour le meurtre de son mari, en essayant de l’amener ici sans menottes. Pour le moment, elle n’est que suspecte. Si elle fait des difficultés, tu n’hésites pas à lui mettre les bracelets quand même. Tu la laisses appeler un avocat, ou qui elle veut avant de partir et tu reviens avec elle ensuite. Je ferai venir un médecin pour qu’il l’examine à son arrivée.
— OK, Paul, j’y vais. Kerléo, avec moi ! fit-elle en sortant du bureau.
— Tant qu’à faire, prends aussi son portable, lui rappela-t-il en lui tendant la commission rogatoire. Je vais envoyer Merlot chercher celui de Josiane Tanguy.
Ça y est, un peu d’action dans cette affaire, se dit Angélique en prenant le papier. Elle avait espéré, sans trop y croire, qu’elle pourrait s’éclipser une heure et demie pour son entrainement de jujitsu du samedi matin. Elle avait même préparé son sac la veille au soir. Là, c’était définitivement foutu. Il faudrait qu’elle aille à la salle de sport de la caserne pour se défouler dans le week-end.
— J’appelle le juge d’instruction pendant ce temps-là. Tiens-moi au courant s’il y a la moindre difficulté.
Elle était déjà partie et n’avait sans doute rien entendu. Morvan savait toutefois qu’elle l’informerait du déroulement. Le magistrat était-il dans au boulot un samedi matin ? Il n’y avait qu’un moyen de le vérifier. Auparavant, il envoya Merlot récupérer le second portable.
Une fois seul dans son bureau, il prit son téléphone. Le juge Derien décrocha au bout de la quatrième sonnerie.
— Allô, Kévin ? C’est Morvan.
— Bonjour, capitaine, alors, du nouveau ? Je suppose, pour que vous m’appeliez ce matin…
— Oui, du nouveau : on a commencé à recevoir les résultats concernant les armes et les munitions. Les cartouches saisies chez Guillou correspondent à ce qui a été trouvé dans le corps de la victime.
— Ah, enfin une piste sérieuse ?
Lui non plus ne cachait pas sa joie de voir les choses bouger.
— C’est ce que je me suis dit aussi. J’ai décidé de la mettre en garde à vue sur cette base-là. Mes gendarmes sont partis la chercher.
— Je ne vous apprends rien, mais vous faites bien tout ce qu’il faut pour que l’on ne puisse rien vous reprocher, hein ? Ce serait dommage que tout tombe à l’eau bêtement…
Pour qui le prenait-il, ce jeune juge ? Alors qu’il devait encore avoir les marques des bancs de l’école de magistrature sur les fesses…
— Pas de souci, je connais bien le code de procédure pénale. Elle va appeler un avocat ou quelqu’un de confiance de chez elle et un toubib sera là pour l’examiner à son arrivée.
— Vous savez que ce n’est pas obligatoire, mais à la demande de la personne gardée à vue ?
— Oui, je sais, mais on préfère le proposer systématiquement.
— OK. Tenez-moi au courant de ce qui en sortira.
Aussitôt la conversation terminée, Morvan chercha à joindre l’un des médecins qui exerçait à proximité de la brigade, celui qu’il contactait habituellement dans ces cas-là.
— Allô, cabinet des docteurs Miradoux et Colin, que puis-je pour vous ?
— Bonjour, capitaine Morvan de la gendarmerie de Landerneau, pourriez-vous me passer le docteur Miradoux ? Il me connait bien.
— Je suis désolé, il est en consultation. Vous voulez que je lui demande de vous rappeler ?
— S’il vous plait, oui. Il a mes coordonnées.
— Je le préviens.
— Merci et bonne journée.
Il savait qu’il aurait des nouvelles du médecin dans quinze minutes maxi et que, dès qu’il pourrait, il viendrait à pied de son cabinet qui était à trois-cents mètres à peine.
En attendant ce rappel, il se plongea dans la lecture du rapport d’analyse. Une fois qu’il l’eût terminé, il le reposa sur son bureau, satisfait : il n’y avait aucun doute quant à la comparaison, presque parfaite, entre les cartouches retrouvées chez les Guillou, dans une boîte entamée, et ce qui avait tué Alain Guillou, aucun possible !
Son smartphone vibra, signe qu’il avait reçu un SMS :
On part de Dirinon avec Maryse Guillou.
Pas de menottes. RAS.
Angélique
Cela se passait bien. Bien qu’il n’eût aucun doute sur les compétences d’Angélique, il savait combien cette phase, chez le suspect, pouvait être délicate. Rassuré, il répondit aussitôt :
Merci
Le médecin rappela dix minutes plus tard, promettant de caser sa visite entre deux patients. Rassuré, Morvan alla inspecter les cellules de garde à vue. Il n’était pas question qu’on puisse reprocher quoi que ce soit à la gendarmerie. Dans tous les cas, les droits de tous devaient être préservés. Il y tenait.
Il passa lui-même un coup de balai dans la geôle, puis retourna dans son bureau, attendant l’arrivée d’Angélique avec Maryse Guillou.

Annotations
Versions