Chapitre 10/1

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Jeudi 18 janvier 10h


Morvan se trouvait à nouveau devant la maison des Tanguy, comme la veille après-midi, cette fois-ci avec Clélia Le Cleac’h. D’autorité, il sonna.

La porte s’ouvrit, dévoilant Josiane Tanguy, visage ébahi, qui semblait surprise de voir la gendarmerie débarquer chez elle.

— Oh, bonjour, leur dit-elle. Mon mari travaille aujourd’hui. Il ne sera pas de retour avant 18 heures.

— Ne vous en faites pas, ce n’est pas important, madame. Vous n’êtes pas à votre salon ? s’étonna-t-il.

— Non, cette histoire avec Alain m’a complètement chamboulée, je vais fermer pour quelques jours. J’ai prévenu mes clientes. Du coup, ce n’est pas pour Jean-Michel que vous êtes là ? demanda-t-elle.

— Non, nous venons faire une perquisition, répondit Morvan en lui tendant son mandat. Nous sommes à la recherche de fusils de chasse.

Josiane Tanguy avait dû échanger avec son mari parce qu’elle réagit tout de suite :

— Vous espérez trouver l’arme du crime ? paraissant pâlir un peu.

— Nous sommes à la recherche de fusils, éluda le capitaine.

Il n’était pas question d’affirmer ou d’infirmer des soupçons. Il préférait laisser les différents témoins dans l’incertitude. Il en ressortait parfois des bonnes surprises, au moins pour les enquêteurs.

La femme réfléchit quelques longues secondes. Morvan aurait donné cher pour savoir à quoi elle pensait, puis, semblant se raviser, elle lui dit :

— Normalement, vous trouverez ceux de mon mari dans une armoire verrouillée dans le garage, fit la maitresse de maison, en tendant un jeu de clé à Morvan.

— Tu vas voir ça, Le Cleac’h ? demanda-t-il.

— J’y vais, capitaine, répondit celle-ci en s’éclipsant. C’est par là ? interrogea-t-elle.

— Oui, au fond du couloir à droite, indiqua Josiane Tanguy.

— Ok.

Morvan savait que Clélia Le Cleac’h dénicherirait tout ce qui serait intéressant, même si l’utilité n’apparaissait pas dans l’instant. C’était une des meilleures dans son domaine. Il profita de ce temps-là pour échanger avec la maitresse de maison, une sorte de conversation banale, avant l’audition officielle dans les locaux de la gendarmerie.

— Je peux vous poser quelques questions, madame ? s’enquit le capitaine.

Elle pâlit à nouveau.

— C’est un interrogatoire ? fit-elle, fronçant les sourcils, méfiante. Je dois appeler mon avocat ?

— En aucune façon. Vous serez convoquée pour un témoignage là, c’est juste informel, tenta de la rassurer Morvan. Auriez-vous quelque chose à me dire sur la journée d’hier ?

Elle prit quelques instants de réflexion, puis, le regardant dans les yeux, elle lui demanda :

— Que voulez-vous savoir ?

Question embarrassante, pour ne pas faire doublon avec un interrogatoire officiel à venir… se dit le capitaine, un peu pris à son propre piège.

— Disons… quel est votre avis sur ce qu’il s’est passé hier ?

— Je n’arrive pas à imaginer qu’Alain ait pu être tué… Qui aurait bien pu lui en vouloir à ce point-là ? Tout le monde l’aimait beaucoup.

Son intonation paraissait indiquer une relation particulière entre eux deux.

Elle poursuivit, semblant réfléchir à voix haute :

— En même temps, j’ai l’impression qu’il y a pas mal de femmes qui tournent autour de lui, enfin qui tournaient, fit-elle en se reprenant avec une sorte de sanglot dans la voix.

— Ah bon ? relança Morvan.

Quelle pouvait être la cohérence entre cette information nouvelle et ce qu’il avait vu quand elle avait dit que « tout le monde l’aimait beaucoup », elle en particulier ?

— Peut-être aussi est-ce dû à ses fonctions syndicales dans son boulot ? Il devait s’intéresser à beaucoup de cas individuels, poursuivit Josiane Tanguy.

Si une inimitié était apparue dans le cadre de son mandat, cela risquait de compliquer les choses, se dit Morvan. Décidément, cette affaire qui, initialement, ressemblait à un banal accident se complexifiait de plus en plus. En même temps, il se demanda si elle n’avait pas essayé de se dédouaner en balançant cette histoire de syndicat ?

— Vous avez une idée un peu plus précise de ses fameuses « fonctions syndicales », Madame Tanguy ?

— Écoutez, je crois qu’il pilotait une commission au sein de Naval Group, qui travaillait sur l’égalité hommes-femmes, les discriminations, etc.

Pas de quoi vouloir la mort de quelqu’un, quand même. La direction de Naval Group ne règle pas ses problèmes de cette façon.

Comme si elle avait suivi les pensées du capitaine, Josiane Tanguy poursuivit sa réflexion :

— Mais je ne vois pas, dans ce cadre-là, ce qui aurait pu motiver quelqu’un à le tuer… Sauf s’il avait découvert un agresseur sexuel dans l’entreprise ? Mais les membres de sa commission sont sans doute au courant.

— Vous n’avez pas leurs noms, par hasard ?

— Ah non, je crois qu’il y a deux femmes et un homme avec lui, il nous en a parlé un soir, mais je ne sais pas exactement qui y participe.

Il n’était pas sûr que la DGSI verrait d’un bon œil que la gendarmerie fouille du côté de Naval Group. Malgré son estomac qui se rappela à lui en déversant une certaine quantité d’acide qui le fit grimacer, Morvan se dit qu’il allait quand même solliciter Gomez en rentrant. Cela ne coûtait rien d’essayer même s’il sentait bien qu’il allait au-devant de potentiels ennuis.

Alors qu’il était plongé dans ses réflexions, Clélia Le Cleac’h réapparut, les mains chargées de sacs d’échantillons, dont deux faisant plus d’un mètre.

— Oh, vous avez trouvé les fusils ? s’enquit Josiane Tanguy.

— Oui, sans difficulté. L’armoire était bien verrouillée, précisa la technicienne.

— Oh oui, mon mari y veille, pour que les enfants n’y aient pas accès.

— C’est plus prudent en effet, un accident est si vite arrivé, valida Le Cléac’h, se disant après coup qu’elle aurait mieux fait de se taire, vu les circonstances.

Le visage de la maîtresse de maison exprima clairement sa désapprobation quant aux propos de la TCIP.

— Désolé, madame, je n’aurais pas dû dire ça.

D’un geste de la main, Josiane Tanguy, semblant faire un effort sur elle-même et essuyant brièvement ses yeux remplis de larmes, lui fit comprendre que ça allait et qu’il fallait passer à autre chose.

— Allez déposer tout cela dans la voiture, fit le capitaine à la TCIP.

— J’y vais, répondit-elle, consciente de la gêne provoquée par ses propos et préférant quitter les lieux.

À son tour, Morvan s’apprêta à repartir :

— Merci de votre coopération, madame Tanguy.

— Trouvez vite le coupable ! Alain était un homme bien, il n’a pas mérité ça ! lui dit la femme avec force mais quelques sanglots dans la voix.

Peut-être trop d’insistance pour une simple amitié ?Et ces larmes étaient-elles juste le signe d’une émotion légitime ou « un peu plus que cela » ?

— Nous allons y consacrer toute notre énergie, madame, tenta de la rassurer Morvan, soupirant intérieurement.

Puis, au moment de quitter la maison, il fouilla dans sa poche, y prit une feuille qu’il déplia et consulta avant de lui demander :

— Pourriez-vous venir à la gendarmerie demain matin vers 9 heures ?

— Mais, pourquoi ?

— Pour faire une audition officielle.

— Ah oui, vous me l’aviez dit. Désolée, je suis un peu tourneboulée avec tout ça… mais pourquoi moi aussi ?

— C’est la règle en cas de meurtre. On reçoit toutes les personnes impliquées…

Le mot sembla lui faire comme un électrochoc.

— Mais, je ne suis pas impliquée dans la mort d’Alain, fit-elle, révoltée.

— Impliquée ne veut pas dire coupable, tenta de la rassurer le capitaine. Vous faites partie de ses proches : votre mari lui a envoyé un SMS devant vous et il aurait dû être avec lui, à couper du bois. Vous avez ensuite été celle qui est venue aider la veuve.

Il faudrait marcher sur des œufs avec cette femme, se dit Morvan. Le degré d’intimité entre elle et Guillou devrait être exploré, avec doigté, mais aucune zone d’ombre ne devrait subsister.

— Mouais, réagit-elle, pas convaincue. Faut-il que je sois accompagnée d’un avocat ?

— Vous n’êtes pas en garde à vue…

Elle avait visiblement regardé trop de films américains.

— Bon, je viendrai. Vous allez recevoir beaucoup d’autres personnes ? s’inquiéta-t-elle.

— Je n’ai normalement pas à vous répondre sur ce sujet, madame, mais, dans un premier temps, toutes celles et tous ceux qui étaient proches de la victime.

— Donc Maryse et mon mari, a minima ?

— Voilà, a minima, comme vous dites. Je vous attends donc demain à 9 heures ? fit-il en la quittant.

— Oui, je serai là, sembla-t-elle se résigner à admettre.

Clélia Le Cleac’h patientait dans la voiture, commençant à trouver le temps long. Cependant, elle se garda bien d’interroger son chef sur l’entretien qui venait de se dérouler. Ce fut lui qui rompit le silence alors qu’ils partaient vers le point de rendez-vous pour l’enquête de proximité.

— Vous avez bien déniché deux fusils, comme elle l’avait annoncé ?

— Oui deux armes de calibre 12, un Winchester SX4 semi-automatique et un Verney-Caron, modèle Sagittaire, je crois. Ils étaient bien entreposés et semblent bien entretenus. Le labo pourra nous dire s’ils ont servi récemment, mais s’ils ont été nettoyés, ça ne va pas être facile.

L’expertise des fusils de chasse était nettement plus complexe du fait des cartouches. On ne pouvait pas identifier les traces de rayures du canon sur les billes de plombs.

— Une fois que vous m’avez déposé auprès de Merlot, vous rentrez directement pour commencer vos analyses, OK ?

— Bien, capitaine.

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