Chapitre 12/1

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Vendredi 19 janvier 8h

Angélique eut un peu de mal à s’extraire de son lit ce matin. Elle avait oublié comme les jeudis soir pouvaient être animés à l’Happy Café. Peut-être parce qu’un certain nombre de personnes étaient en « télétravail » le lendemain ? Sa soirée avait été gaie, assez folle, et sans doute un poil trop alcoolisée pour elle, ce qui était un comble pour un sous-officier de gendarmerie. En tout cas, elle s’était bien amusée et avait zappé quelques heures cette enquête faisant suite au meurtre de Dirinon.

Elle mit dans sa bouche deux pastilles Fisherman’s Friends, les plus fortes, afin d’avoir une haleine acceptable. En effet, exceptionnellement, elle avait fumé, trois cigarettes avec une charmante petite brune qui l’avait un peu allumée en chantant « Born this way » de Lady Gaga et avait l’impression d’empester le tabac.

La douche, , rapide et énergique, lui permit de redevenir promptement Angélique Benslimane, adjudante de gendarmerie à la brigade de Recherches de Landerneau, avec les idées claires, l’esprit vif et affuté.

Elle retrouva, dans la salle de réunion, Morvan, Merlot et les deux TICP, Le Cléac’h et Jaouen.

— Bien, tu es là, Angélique, l’accueillit le capitaine.

— Oui, à l’heure, comme promis, ne put-elle s’empêcher de faire remarquer.

— Vous pouvez y aller tous les deux. Qui se lance ? demanda-t-il aux deux spécialistes de scènes de crime.

— Je vais commencer, fit Jaouen, pourtant peu habitué à se mettre en avant.

Il sortit une feuille de sa poche et débuta l’exposé de ce qu’il avait vu dans le garage des Guillou, de sa voix trainante et nonchalante familière :

— Dans le local, il y avait un rack fermé à clé dans lequel étaient entreposés 2 armes de chasse de calibre 12, un fusil semi-automatique, type fusil à pompe et un fusil à canons superposés. Tous les emplacements, deux donc, étaient occupés. Le tiroir du bas du casier contenait des boites de cartouches du 6, du 7 et du 8. Seule celle de 6 était entamée.

Il se racla la gorge puis poursuivit.

— Par acquit de conscience, j’ai fouillé la poubelle de la pièce, mais il n’y avait rien dedans, le sac était visiblement neuf. Les éboueurs étant passés la veille du meurtre, on pourrait supposer que rien de lié à ce crime n’a pu être jeté dans la corbeille du garage. Discrètement, j’ai farfouillé dans tous les autres réceptacles de déchets et n’ai rien trouvé en lien avec notre affaire, même si j’ai fait plein de prélèvements un peu partout que j’ai envoyé à analyser.

Angélique enregistrait tous les éléments, les recoupant dans sa tête avec les impressions ressenties lors de ses échanges avec la veuve.

— J’ai noté l’emplacement de rangement de la tronçonneuse ainsi que ceux des bidons d’huile (moteur et coupe). Je suppose que la victime les avait emmenés avec lui dans son fourgon, il faudra qu’on le vérifie. Voilà, j’ai fait le tour complet de la pièce et n’ai rien trouvé d’autre, conclut Jaouen.

— Merci, pas de question ? demanda Morvan en interrogeant du regard le reste de l’assistance.

Devant le silence général, il se tourna vers Clélia Le Cléac’h.

— À vous alors, chez les Tanguy ?

— Comme Arnaud, j’ai été dans le garage. Il comportait également un présentoir fermé à clé, mais il manquait un fusil. Enfin, c’était un casier trois places et il n’y en avait que deux armes dedans, calibre 12 aussi, toutes les deux.

Angélique comme Morvan enregistrèrent cette potentielle arme absente. Le Cléac’h continua le compte-rendu de sa visite :

— Les cartouches n’étaient pas rangées dans le rack clos mais posées dessus, en hauteur. J’y ai trouvé une boîte de 7 et une boite de 8, toutes les deux entamées.

— Pour rappel intervint Angélique, le médecin légiste a découvert des plombs de 6 dans le corps de la victime.

Morvan hocha la tête puis indiqua silencieusement à la technicienne de poursuivre.

— Ceux de 6 sont les plus gros, ils font 2,5 millimètres de diamètre et il y en a environ 300 dans une cartouche. Pour le 7, c’est 2,3 millimètres et la cartouche en contient environ 350-380 et on descend à 2 millimètres pour le 8 avec 500 plombs par étui.

— Il n’y a pas aussi différentes charges, Clélia ? demanda Angélique, selon le nombre de plombs dedans pour un même type. Du coup, qu’as-tu trouvé comme type de charges ?

Comme chaque fois qu’elle abordait un nouveau domaine pour ses enquêtes, elle avait été fouiller sur le Net et, elle qui n’avait jamais chassé de sa vie, était devenue quasiment incollable sur les armes de cynégétique et leurs munitions.

— Effectivement, selon la masse de plomb, on a des cartouches qui vont de légères à lourdes en passant par moyennes. C’est ce dernier cas pour toutes les boîtes qu’on a trouvées. Les marques de cartouches ne sont pas toutes les mêmes pour le 7 et le 8, mais, vu que comme le disait Angélique, on a détecté du 6 dans le corps, ça n’a sans doute pas grande importance.

Merlot était resté silencieux depuis le début, comme s’il n’était pas concerné par l’instruction et par les perquisitions effectuées la veille.

— Merlot, une remarque ? fit Morvan.

— Euh non, c’est très clair.

— Hum.

Le chef de la brigade se posait de plus en plus la question du rôle de cet adjudant-chef dans son effectif. Certes, il avait été efficace dans la coordination de l’enquête de proximité, mais après cela, à quoi allait-il pouvoir l’employer ?

— Autre chose à nous signaler dans le garage des Tanguy ? interrogea Morvan.

— Oui, capitaine, j’y ai trouvé une tronçonneuse, dans un état proche du neuf et des bidons d’huile également. J’ai tout embarqué et fait aussi plein de prélèvements, comme Arnaud.

— Vous avez bien fait. Rien d’autre ? s’enquit Morvan.

— Si, un détail, mais sans doute sans grande importance : la trace grasse sous l’un des contenants semblait ne pas correspondre à la forme de celui qui était posé à cet endroit.

— Et ?

— Rien, c’était juste une remarque en passant. Le sac poubelle était neuf, là aussi, avec seulement deux morceaux de papier de verre de grain 200 que j’ai embarqués. Rien dans tous les autres réceptacles de déchets que j’ai explorés.

Décidément, rien ne lui échappait à Clélia Le Cléac’h, se dit Angélique, même si, dans le cas présent, elle ne voyait pas bien ce que cela pouvait apporter à l’enquête. Morvan, lui non plus n’avait pas noté l’intérêt de ces informations.

Les 2 TCIP confirmèrent également qu’aucun étui de cartouche utilisé n’avait été découvert, ni sur les lieux du crime ni dans les deux maisons ayant fait l’objet d’une perquisition. Ils avaient aussi fouillé les conteneurs extérieurs.

Le capitaine présenta lui-même un bilan succinct de l’enquête de voisinage : en gros, rien, même s’il restait quelques habitations dans le périmètre à visiter. Par la suite, il demanda à Angélique de recommencer le résumé de la veille, afin que toute l’équipe soit à un niveau d’information équivalent. Il compléta l’exposé en précisant qu’ils pouvaient s’attendre à une pression médiatique forte, mais que celle-ci, à son grand soulagement, serait prise en charge par le nouveau commandant de compagnie. Il n’évoqua pas la DGSI, sans doute à dessein.

Il les renvoya ensuite à leurs occupations, tous sauf Angélique avec qui il avait bien l’intention d’entendre la veuve Guillou. Il était près de neuf heures, elle n’allait pas tarder à arriver.

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