Chapitre 14/1

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Vendredi 19 janvier 16h


Avant d’appeler le juge d’instruction, Paul Morvan réunit à nouveau son équipe pour faire le point.

— Du nouveau concernant la balistique ? fit-il s’adressant aux TCIP.

— Non, pas de retour pour le moment, répondit Merlot.

— Je n’avais pas trop d’illusion, mais on ne sait jamais.

— Ça a donné quoi les auditions de la veuve Guillou et du couple Tanguy aujourd’hui ? se renseigna l’adjudant-chef.

Morvan nota avec plaisir que son second paraissait s’être réveillé depuis la veille et qu’il était plus impliqué que jamais.

— Tu résumes ou je le fais, Angélique ?

— Vas-y, Paul, si besoin, je complèterai.

Elle savait qu’il ne se vexerait pas si elle rajoutait des éléments lors de son speech. Il se lança :

— On a commencé par la veuve Guillou, veuve éplorée s’il en est, qui n’a aucun alibi sur la période du meurtre, qui chasse et, dans son garage, a des munitions semblant correspondre à celles trouvées dans le corps de son époux et qui, de plus, est la seule bénéficiaire de ses deux assurances-vie. Elle a une mémoire assez sélective, mais d’après Angélique, il est possible qu’avec le choc de la mort de son mari, celle-ci lui joue réellement des tours. C’est bien ça ?

— Oui, oui, parfois, quand une chose, une vision ou un acte est trop dur à accepter, l’esprit, dans un souci de sauvegarde de l’intégrité, occulte complètement un certain nombre d’heures ou de jours de la vie des personnes concernées et enfouit ce souvenir très profondément. Certains de ceux-ci peuvent ne jamais remonter à la surface.

Tout le monde écoutait ses précisions avec attention. Ils savaient tous qu’elle n’était pas du genre à affirmer à la légère, elle bossait ses dossiers, Angélique.

— Cela dit, ça me semble un peu gros. J’ai trouvé qu’elle en faisait un peu trop, tempéra Morvan.

— On n’est pas forcément d’accord tous les deux sur ce point, spécifia l’adjudante en souriant.

— Non, en effet, fit-il en lui rendant son sourire.

Leur complicité était visible. Merlot en avait été un peu jaloux, lors de l’arrivée de celle-ci, puis il avait compris qu’il avait tout à gagner : il serait plus tranquille. Parfois, il parvenait même à se faire totalement oublier au sein de cette brigade de recherches. Ce n’était pas le cas à l’heure actuelle, comme s’il avait retrouvé un intérêt au métier d’enquêteur.

— On a poursuivi avec Josiane Tanguy, coiffeuse de son état et femme de Jean-Michel Tanguy, celui qui devait aller couper du bois et qui s’était ravisé au dernier moment le 17. Elle était curieusement détachée de la situation, comme si elle racontait quelque chose qui était arrivé à quelqu’un d’autre. Elle tremblait même de temps en temps. Il s’avère qu’elle a repris un traitement d’antidépresseurs et c’est sans doute ce qui expliquait son état.

— Heureusement qu’elle a un métier qui lui permet de sortir de chez elle, parce qu’à la maison, elle semble être la bonne à tout faire. Elle avait l’air très liée avec la veuve, mais ne nous en a pas parlé. C’est quand même elle que Maryse Guillou a appelée spontanément quand elle a appris le décès de son mari, compléta Angélique. Par ailleurs, elle semble se rappeler qu’il y avait trois fusils dans le rack du garage de son mari, alors que nous n’en avons trouvé que deux. La question du nombre des armes a semblé la mettre mal à l’aise.

— J’ai vérifié son alibi pour le matin du meurtre, conclut Morvan, et il s’avère qu’elle était bien à son salon de coiffure à neuf heures trente, mais pas avant. Matériellement, elle aurait pu aller tuer Alain Guillou sur le trajet. Reste à trouver un mobile…

Angélique ouvrit grand les yeux de surprise. Morvan l’avait tenue informée du résultat des coups de fil du midi, mais elle n’avait pas compris que Josiane Tanguy n’avait pas d’alibi avant neuf heures trente. Le capitaine poursuivit :

— On a terminé par Jean-Michel Tanguy. Je sais qu’on ne doit pas se laisser distraire par nos propres sentiments, mais ce type était vraiment déplaisant. Il parlait à tort et à travers. S’il avait voulu noyer le poisson, il ne s’y serait pas pris différemment. Il n’est pas d’accord avec sa femme sur le nombre d’armes qu’il avait chez lui. Il y a quelques vérifications à faire, en particulier sur le bornage de son téléphone avec les heures durant la matinée du 17. Le Cléac’h, vous vous en occupez avec Rennes ?

— Pas de souci, Capitaine, c’est comme si c’était fait.

— Des compléments, Angélique ?

— Non, pas vraiment. C’est un type trop sûr de lui. Sans doute, du genre à considérer son épouse comme en charge exclusive de l’entretien du ménage. J’ai du mal avec ce genre de comportement.

Jaouen, se dit qu’avec des mecs comme ça, ce n’était pas étonnant que l’adjudante préfère les femmes. Toutefois, il se garda bien d’exprimer ses pensées à haute voix, la dernière fois qu’il s’y était risqué en présence d’Angélique, celle-ci l’avait proprement rembarré parlant d’analyse de « beauf moyen ».

— Donc, en résumé, personne n’est vraiment dans le collimateur sur ces trois personnes, mais aucun n’est non plus définitivement lavé de tout soupçon, conclut Morvan.

Angélique approuva d’un hochement de tête. Cette conclusion la satisfaisant globalement même si, dans le détail, elle n’avait pas exactement un avis identique à celui de son capitaine sur chacun de ces membres du trio.

— Merlot, vous avez pu terminer la tournée du voisinage aujourd’hui et voir les maisons qui étaient inoccupées hier ?

— Oui, on a réussi à toutes les visiter.

— Et ?

— Alors rien de vraiment nouveau. Tout au plus quelques recoupements sur les détonations entendues le matin du 17. Les gens hésitent entre deux et trois assez rapprochées vers neuf heures, mais toujours sans pouvoir en donner la direction.

— Bref, rien de bien concluant ? vérifia Morvan.

— Non, malheureusement… concéda l’adjudant-chef.

Les fusils semi-automatiques s’étaient bien démocratisés et les chasseurs n’étaient désormais plus limités à deux coups d’affilée comme avec les classiques fusils à canons juxtaposés.

— Bon, merci à tous pour le boulot réalisé en si peu de temps. Merlot, Benslimane, vous venez avec moi, on va appeler le juge d’instruction pour le tenir au courant.

Les deux sous-officiers suivirent leur chef. Ils s’assirent dans les fauteuils face au bureau après avoir fermé la porte.

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