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Aujourd’hui, c’est le grand jour ! Soledad emménage chez moi avant de partir en France. Hier, je lui ai installé un matelas gonflable à côté de la fenêtre. J’ai essayé de mettre tous les cartons à côté de la penderie.

Avant d’aller préparer des pâtes carbonara, je finis par mettre mes affiches de Friends dans des sacs spéciaux afin de les protéger. Je fais en sorte de tout bien préparer pour qu’elle se sente à l’aise malgré la situation.

— Holà, Chica ! Oh wow, tu as bien avancé, dit donc !

— Ah, tu es enfin là, ma Soly. J’ai terminé trois pièces, je t’attendais pour commencer la cuisine et le salon. Vivement que ce soit fini !

— Oh, que tu es gentille, toi. On commence par quoi ?

— Bon, du coup, il faut s’organiser. Toi, tu vides les placards de la cuisine, et moi, j’emballe les objets du salon.

Chacune part dans sa pièce pour remplir son objectif du jour.

Je vais commencer par le meuble télé, j’ai bien peur de ce que j’ai pu entasser ces quatre dernières années. J’ouvre le placard de gauche. Oui, j’aime bien stocker dans des placards, des tiroirs, des souvenirs partis à l’oubliette. Dans ce carré, j’aperçois les cartes postales que j’échangeais avec ma sœur il y a quelques années avant qu’elle ne coupe les ponts pour vivre sans personne en Australie…

Loin de tout le monde, elle rentre en Espagne rarement. Demain, ça fera six ans que je ne l'ai pas vue. Ma sœur, Esma, a très mal vécu le départ de ma mère. Je ne m'en souviens plus trop, j’étais petite. C’est avec ses souvenirs et ceux de mon père que j’ai créé une sorte de mère. À ses 16 ans, Esma est partie pour toujours. Mon père était très compréhensif, il l’a toujours soutenue. Depuis son départ, moi et mon père ne formons plus qu’un. C’est pour cela que quand je parle de ma famille, je n’évoque presque jamais Esma.

Même si je l’aime du plus profond de mon être, elle est partie, il y a trop longtemps… Je comprends sa décision de partir, mais bon. Un matin, elle s'est levée et s’est dit : « Je pars, comme ma mère, j’abandonne mon père et ma sœur. » Peut-être, c’est égoïste, mais je n'avais que neuf ans et ma sœur me manque.

À trois ans, ma mère part, six ans plus tard, c’est autour de ma sœur. À qui le tour ?

Après, on me dit de faire confiance aux femmes… Hein

Mais heureusement, j’ai rencontré Soledad à mes 16 ans. Je l’ai vue comme un signe de ma sœur, elle qui était partie à cet âge. Soly m’a permis de retrouver un peu d’espoir dans la gent féminine. Depuis ce jour, je passe toutes mes journées avec elle. Du moins, on essaye. Elle m’a offert une relation de sœur, qui pour ma part s'est arrêtée quand j’avais neuf ans…

En même temps que je me remémore ma sœur, des souvenirs de notre enfance. Je continue d’emballer dans les cartons mes objets. Parmi eux, tous mes DVD Friends. Oui, cette série est ma vie, je donnerai tout pour elle. Tu ne l’aimes pas ? Tu pars instantanément de ma vie, bien sûr, je ne rigole pas trop en fait. Cette sitcom m’a aidé à aller mieux, j’ai grandi dans leur univers. Mon rêve serait d’avoir la même relation que Monica et Chandler, l’empathie de Ross, bref… Ce serait incroyable ! Il faudrait que je me plonge plus souvent dans ses placards, j’aime tellement redécouvrir des objets que je pensais perdus ou oubliés.

— Lina ? Lina ?

— Ouais, je suis toujours dans le salon.

Je ne sais pas ce qui m’est arrivé, en cinq minutes, je me suis retrouvée en larmes. Je crois que je suis en train de perdre les pieds. Je ne sais pas comment gérer tout ce qui m’arrive ou qui refait surface.

— Eh ma belle, viens dans les bras de Soly. Ne t’inquiète pas, je suis là maintenant, encore plus proche qu’avant. Si tu as envie de te confier, je t’écoute. Les cartons peuvent attendre, on ne part que dans une semaine.

— Et 3 jours ! Il ne faut pas les oublier, ceux-là. Merci Soly, allez, ça va mieux. On continue. Ça te dit qu’on échange de pièces ?

— Es-tu sûre, Lina ? On peut faire une pause si tu le souhaites.

La pauvre, je ne lui ai même pas répondu que je suis déjà partie en courant dans la cuisine. Note à moi-même : si j’ai un autre déménagement, appeler Soledad. Elle va sacrément vite !

Pendant deux heures, on fignole les cartons en dansant sur du Michael Jackson ! Soledad et moi, nous adorons danser. Des vraies folles, surtout en soirée. À partir de minuit, nous sommes des autres personnes ! Moi, Catalina ? Connais pas.

***

On s’allonge sur mon lit comme deux patapoufs. On est exténuée, des cartons, des cartons, on n’en peut plus. On commence à refaire le monde. Puis, nous nous endormons…

***

J-7

Dans une semaine, on part. Et je n'ai toujours pas réservé mon billet d’avion… Ni vendu mon appartement… Comment dire que c’est le désordre dans ma tête. Ce matin, je me suis levée tôt, à sept heures, pour aller voir mon agent immobilier. Après ça, j’ai organisé un vide-appartement. J'espère récolter de l’argent pour me payer mon billet.

– Je suis rentrée ! Avec une bonne nouvelle !!

— Dis-moi tout, en fait, je me suis permise de faire le carton de l'entrée. Comme c’est un petit, mais au moins c’est fait !

— Oh merci, nous méritons tous d’avoir une Soly dans notre vie ! Viens dans mes bras, petite tête.

— Tu m’étouffes ! La nouvelle alors ?

— J’ai vendu mon appartement !! C’est un couple qui s’installe dans la ville, ils viennent de Toulouse, je crois. La coïncidence !

Nous sautons dans nos bras. Je suis tellement heureuse, enfin une tâche accomplie. Plus que le vide-grenier et les billets d’avion… et mon père.

***

Il y a des personnes insupportables dans ce monde. Un monsieur voulait que je vends ma table 5 € au lieu de 30 €. Non, mais autant la donner à ce stade, je vous jure ! La fin de la journée se termine avec un total de 150 €. C’est déjà ça pour mon billet…

Sinon, dans mon appartement, il ne me reste que les matelas et des valises. J’ai réussi à tout vendre aujourd’hui, assez fière de moi ! Les cartons sont stockés dans l’appartement de Soledad, ils partiront en camion dans quelques jours, juste avant nous.

Ce soir, on décide de se faire livrer une pizza accompagnée du film Top Gun. Toutes personnes doivent avoir vu ce film, enfin les personnes qui rentrent dans cet appartement. À ce sujet, il faut que je demande aux futurs propriétaires s’ils connaissent ce film et surtout FRIENDS. Si la réponse est négative, je pourrais même envisager de ne plus leur vendre l’appartement. Imaginez, un instant, s’ils découvrent ma porte violette dans ma chambre sans avoir la référence de l’appartement de la grand-mère de Monica et Ross ! Rien que de penser ça, je ne les apprécie pas, ma pauvre porte qui deviendra bientôt blanche…

J’entends Soly m’interrompre dans mes scénarios, vivement que je sois toute la journée entourée de livres dans mon passage.

— Lina ? Tu m’écoutes, je te parle là, si jamais.

— Oups, désolé, j’étais dans mes pensées !

— Du coup, je disais, il n’y a plus de billet Reus-Paris. Enfin, si, mais tu verrais les prix !

— Hein ?! Non, ce n’est pas possible. Je vais faire comment ?? Monsieur Doe va me détester avant même qu’on se rencontre.

— Tu n’as qu’à le prévenir par e-mail. Si attentionné qu’il l’est, il te trouvera une solution.

Je coupe le film, pardon, Maverick, mais là, le devoir m’appelle. Occupe-toi bien de Charlie pendant mon absence ! Je prends mon ordinateur pour rédiger un e-mail à Monsieur Doe. J’aurais dû m’y prendre avant, mais bon, ce serait connu si j’étais organisée !

***

— J’en peux plus de ce réveil ! Mission d’aujourd’hui : changer cette sonnerie monotone !

Je me lève, vais dans ma salle de bain pour réveiller ma peau. Cette salle de bain donne un sentiment d’inconfort sans mes affiches. Vivement que j’emménage dans mon nouvel appartement. Bref, aujourd'hui, je dois l’annoncer à mon père. Je n'ai pas réussi à lui dire depuis que je suis allée en coup de vent chez lui.

Je crois que je vais kidnapper plus longtemps Soledad. La meuf à peine levée, directement dans les cartons. Elle devient dingue avec eux, à la limite, si elle les aime plus que moi, pour vous dire. Je m’avance vers elle pour…

— Oh la conne ! Tu m’as fait peur !

Je pars immédiatement en fou rire. Nouvelle passion débloquée : rendre folle Soly.

Bon, oui, j’ai peut-être trop rêvé. Je pensais avoir terminé avec eux, mais non ! J’avais oublié la cave, sinon ce n'est pas drôle, hein. Heureusement, on est deux, en une heure, c’est réglé.

— Enfin, plus d’objets à emballer. La prochaine fois qu’on les revoit, c’est à Paris !!!

— Yes, ma girl ! Ce n'est pas le tout, mais je dois me préparer pour voir mon père.

Je file à la douche, oui, ce matin, je n’étais pas trop réveillée. J’ai fait ma skincare avant de me laver, passons. Je décide d’enfiler la chemise qu’il m’a offerte pour mes 20 ans, accompagnée d’un pantalon noir simple. M’habiller en classe me donne l’impression que je vais mieux assurer ma tâche.

Il est midi, j’ai rendez-vous au restaurant du coin dans trente minutes. Je suis donc en retard !

— Bonne chance, LINA !! Ne t’inquiète pas, Antonio va bien le prendre. Et ne pose aucune question sur la lettre avant qu’il l’évoque.

— Merci Soly ! Je n’ai pas le choix, dans tous les cas, on part dans moins de six jours. Et oui, promis, je n’entame pas le sujet qui fâche. Bon’app !

Je prends mon vélo, direction l’inévitable. L’annonce à mon père, je ne veux pas qu’il pense que je l’abandonne comme Esma. Même si pour lui, elle partait à cause de ma mère. C’est vrai, je suis bête ! Elle a vécu seule le départ de maman. On pense à moi ou ? Calme-toi, Catalina. Je ne suis pas égoïste, non. J’ai accepté son départ, mais pas en Australie. Ce n'est pas comme s'il y a 27 pays en Europe. Allez, on se ressaisit, il ne faut surtout pas que mon père s’inquiète ou imagine le pire des scénarios dès qu’il m’aperçoit.

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