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Soledad me rejoint sur le canapé, on se regarde toutes les deux. Si monsieur Doe ne peut pas me faire une avance pour mes billets, adieu Paris, la librairie, …

Je confie mon téléphone à Soly, j’appréhende la réponse. Elle lit l'e-mail, je n’arrive pas à savoir si c’est une bonne réponse ou non. Elle me prend dans ses bras, larmes de joie ? De tristesse ? Je ne sais pas.   

— C’est bon, Lina, on part. Il te paye ton aller, il dit qu’il ne veut rien en échange. Je crois bien que c’est un patron très attentionné envers ses employées, dit Soly avec amusement.

— C'est incroyable ! Gracias, gracias! Je dois lui offrir quelque chose, ce n’est pas possible. Genre là, il me paye mon billet, je n’y crois pas, m’exclamé-je.

Je regarde mon calendrier, il me reste six jours à compter d’aujourd’hui avant de partir. On décide de commander asiatique, avant de s’endormir sur un Disney.

***

J-4

Je me réveille avec du Indochine dans mes oreilles, la journée commence très bien.

Aujourd’hui, je dois finir de clôturer les derniers papiers, mais aussi d’aller dans l’appartement de Soledad pour accueillir l’équipe de déménagement. En effet, nous partirons dans quatre jours. Nos cartons seront stockés dans un hangar en France, je crois, en attendant notre arrivée à la capitale.  J’espère qu’ils arriveront en état, parce que bon au dernier déménagement de Soly, certains cartons ont miraculeusement disparu ! Et aussi, vivement que je découvre l’appartement que M. Doe me prête. Il m’a dit qu’il y avait deux chambres, parfait !Au moins avec Soledad, nous n’aurons pas à partager notre chambre. Car madame est parfois bordélique et moi et le bazar, nous ne sommes pas vraiment amis.

Enfin, je sens que ces derniers jours ne seront pas de tout repos.

– Catalina, tu es prête ? Les déménageurs sont là, crie soly, tout l’immeuble peut l’entendre.

***

Après avoir signé le papier récapitulant tout le blabla administratif, je m’écroule par terre. Ça y est, nous y sommes. Je pars. Loin de cette ville dans laquelle j’ai grandi pendant 23 ans, où je me suis créé des souvenirs avec mon père, Soly, mais aussi tant de personnes qui ont fait partie de ma vie un jour ou l’autre. Je me dirige vers la fenêtre, oh là, que vais-je devenir ? Moi, à Paris, dans une ville inconnue, un nouveau job. Qu’est-ce que je ferais le dimanche ? Normalement, cette journée est consacrée à Antonio.

Je me tourne vers la pièce à vivre et commence à me remémorer toutes nos soirées passées ici chez Soly.

— Eh oh, tu es souvent dans la lune, toi, s’exclame Soledad.

Alors que j’étais dans mes pensées, l’entendre me fit revenir à la réalité. Je cours me réfugier dans ses bras pour y verser quelques larmes de stress. Catalina sans son partenaire de toujours, spoile, c'est le stress, ne serais pas Catalina. 

— Ma belle, ça va aller ! Je suis avec toi, on part ensemble. Nous deux, Soly et Lina, à Paris, comme on l’a toujours rêvé. Sauf que ce n’est pas en Corée, c’est dans la ville de l’amour ! En plus, ton patron a l’air adorable, tout est fait pour que tu te sentes bien, essaie-t-elle de me réconforter.

Heureusement que je l’ai rencontrée, je ne sais pas où j’en serais sans elle. Allez, deux, trois claques et ça repart ! Nous allons directement à mon appartement. 

La journée est très ennuyante, je vous passe les détails… Le reste de notre après-midi se résume à  être entourée de papier : l’administratif “génial” … Le départ est de plus en plus proche. En parlant de ça, monsieur Doe m’a envoyé des photos de l’appartement ! Avec pour légende : il n’attend que vous et votre amie. Je commence à bien l’apprécier, le logement, hein ?! Pas lui, non, quand même, c’est mon patron. L’appart a l’air très classe avec un style très parisien. Ça donne l’impression d’être dans un rêve, je n’aime pas trop ça …  Il va y avoir une merdouille. 

Ma sœur, enfin, si l’on peut l’appeler comme ceci, m'a répondu. Pour mon plus grand bonheur. Je ne me souviens plus trop du contenu, mais bien des reproches. Ah si ! Une félicitation de sa part pour mon travail, à noter dans les annales. Je n'ai pas fait part de cela à mon père, il a d'autres choses à s'occuper que d'une fille, soi-disant mature, qui reproche l'inaliénable à sa sœur. 

***

Pendant ces trois jours, nous avons essayé au maximum de tout clôturer pour partir sereinement. Nous partirons demain soir ! Avec Soledad, on a décidé d’organiser une fête de départ, avec famille et amis. Nos parents y sont conviés, ainsi que nos amis ; Rosa, Louna, Margot, Valentin et Diego. Chacun ramènera sa chaise, petit inconvénient quand on décide d’organiser une fête quand l'on déménage le lendemain. Les invités arrivent dans moins de deux heures, ce qui nous laisse le temps de faire de petites courses. Puis de rassembler nos couettes et nos coussins pour créer une sorte de salon. On fait avec les moyens du bord, on a dit.

Les deux heures passent très vite, on a à peine le temps de terminer de se préparer qu’ils arrivent. Je profite de cet instant pour rassembler tout le monde dans le « salon ». Comme l’appartement est vide, ce qui ne signifie aucune activité possible. J’ai décidé d’organiser un jeu dans lequel les invités parlent d'un souvenir soit avec Soly ou moi et les autres convives devront déterminer avec qui l’anecdote a été partagée. 

— Valentin commencera, suivi de Diego, des filles et puis papa et enfin tes parents, Soly diront leur anecdote.

Valentin se lève, réajuste son col, prend un air si sérieux que l’on penserait qu’il va nous faire une annonce très importante. 

— C’était un soir d’été, j’étais avec, mince, c'est vrai, je ne dois pas dire, Val met directement sa main devant sa bouche.

Tout le monde s’esclaffe. Valentin est réputé pour son côté maladroit. Il reprend son air sérieux avant de continuer l’anecdote. Je sens qu’il va raconter l’anecdote où nous étions dans un bar.

— Dans un bar, je disais, il me lance un regard complice. Cette personne a viré tout le monde d’une grande table pour juste danser avec moi. Tout le bar nous regardait, c’était incroyable. Cette personne va me manquer pour son audace et sa bonne humeur pour danser n’importe où. Maintenant, à chaque fois que je mets les pieds là-bas, je dois faire une danse pour pouvoir payer mon verre ! Imaginez, la honte.

Valentin partit en fou rire avec moi. Je crois bien qu’on s’est fait démasquer, tous les regards sont posés sur moi. Je ferais mieux d’être plus discrète.

Les anecdotes défilent, personne n'a su que j’étais la fille dont parlaient Margot et Louna dans leur souvenir. J’ai réussi à me faire oublier lorsqu’elles ont commencé à parler surtout pendant l’histoire de Margotte. Tous étaient étonnés, enfin, sauf mon père, que je sois parti sur un coup de tête en Andalousie. En effet, je les comprends. Cela ressemble plus à Soledad de voyager comme ça. On l’a bien vu pendant ces deux semaines de préparation que je n’étais pas très bien alors que tout était organisé. S'ensuivent les anecdotes de mon père et des parents de Soly, ils sont si mignons à la raconter. Oui, je suis totalement fan d’eux, surtout la maman de Soledad. Elle a aidé mon père à combattre le manque que j’avais à cause du départ de ma génitrice. Après, je ne l'ai jamais considérée tel quel, il m’a toujours manqué cette figure maternelle. Mais ce couple est tellement bienveillant.

La soirée se termine, tout le monde commence à partir, les larmes aux yeux à l’idée que nous déménageons. Avec Soly, une fois tout le monde parti, on nettoie de fond en comble l’appartement. Pour que demain, tout soit propre. 

J’ai adoré cette soirée. Voir toutes les personnes avec qui je partage mes journées, les voir rigoler, parler entre eux m’a rechargé de toutes bonnes humeurs pour les jours prochains. 

On s’installe dans mon lit avec Soly, on a décidé de passer notre dernière soirée ensemble. Au moins, il ne restera qu’à nettoyer ma pièce. Toutes les deux, on regarde les photos de la soirée afin d’imprimer les meilleures. Parmi elles, j’aperçois une photo de mon père seul. Il va tellement me manquer, surtout son sourire, que je crois que c’est le meilleur héritage qu’il ait pu me transmettre. 

— Ce n'est pas le tout, mais demain, on doit rendre ton appartement à midi. Je vais aller dormir, essaie de dire Soly en bâillant. 

— Bonne nuit, ma Soledad ! 

Nous nous endormons dans les bras de Morphée.

J-J

C’est le jour-j, à midi ce ne sera plus mon logement. On finit le dernier ménage, ferme les valises. Puis, nous déposons les clés au concierge.

Je me retourne face à la bâtisse, c’est fini. C’est allé vite quand même, quatre mois. On se prend dans les bras avec Soledad, oui, on est très émotive. C’est un nouveau commencement. Alors que nous disons au revoir à mon immeuble, j’aperçois au loin Rémy. Il ne m’a pas manqué celui-là. Sans concerter Soledad, je prends toutes les valises et court avec elle, très loin de la personne qui a gâché quelques années de vie de mon amie. Il ne va pas lui gâcher son dernier jour dans sa ville. Je ne comprendrais jamais pourquoi elle n’a pas demandé une mesure d’éloignement, peut-être qu'au fond, elle savait qu’elle partirait. 

On doit être à l’aéroport vers 18 heures. Avant qu'on dise au revoir au patron de notre restaurant fétiche, le Yido, je dépose Soly chez ses parents. Je leur fais un gros câlin bien sûr. Puis je me dirige vers le 14 avenue del Mil·lenari.

— Papà, c’est ta chica ! M'écrié-je.

Alors que je passe la porte, je perçois une fille avec des cheveux longs bruns dans le salon, Esma. Non, non, elle n’a pas le droit de revenir comme ça. Pas le jour de mon départ. Je lui lance un regard noir, puis je fais un câlin d’au revoir à Antonio. Dans aucune galaxie, je ferai le premier pas, elle est toujours là au mauvais moment.

— Désolé, papa, je ne peux pas rester plus longtemps. Te amo. 

Il acquiesce et me laisse. Je pars tout en entendant, Esma m’interpeller. Je perçois un « je m’excuse ».

20 heures 

— Prête pour le décollage, Lina ? Me lance Soledad.

Je vois, à travers le hublot, l’avion rouler sur la piste. 

— On sera bien, n’empêche, toutes les deux à Paris, chuchoté-je à Soly.

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