Prologue

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L’eau noire montait jusqu’au ciel.

Alpine courait.

Ou essayait de courir.

Le souffle déchiré dans sa gorge, elle avançait difficilement à travers une immense étendue d’eau sombre où des arches blanches traversaient l’obscurité comme les ruines d’un monde noyé. Le ciel au-dessus d’elle n’existait presque plus. Seulement des fissures lumineuses déchirant une brume rouge immense.

Et partout…

ce battement.

Lent.
Énorme.
Vivant.

Le bruit vibrait jusque dans ses os pendant que l’eau noire tremblait autour de ses jambes.

Puis une respiration traversa les profondeurs.

Le souffle d’Alpine se coupa brutalement.

Parce qu’elle sentit immédiatement que quelque chose dormait sous l’eau.

Quelque chose de beaucoup trop grand.

Elle tourna lentement la tête vers les arches noyées derrière elle.

Et aperçut une silhouette dans la brume.

Une jeune femme.

Floue.

Immobile.

Le ventre d’Alpine se noua immédiatement.

Parce que malgré la distance…
malgré le brouillard…
elle avait l’impression étrange de se regarder elle-même.

Puis le battement résonna brutalement sous l’eau noire.

La silhouette leva lentement la tête.

Et tout le monde autour d’Alpine commença soudainement à murmurer.

Des centaines de voix.

Faibles.
Humides.

Comme si les arches elles-mêmes parlaient dans le noir.

Puis quelque chose bougea sous l’eau.

Immense.

Le lac entier se souleva lentement.

Le souffle d’Alpine s’écrasa dans sa gorge.

Et la silhouette dans la brume murmura finalement :

— Tu n’es pas à ta place.

Le monde sembla se fissurer brutalement autour d’elle.

Puis Alpine se réveilla.

Son souffle déchirait encore sa poitrine lorsqu’elle se redressa brutalement dans son lit.

Le silence de la chambre royale retomba immédiatement autour d’elle.

Seulement interrompu par sa respiration tremblante.

La lumière pâle de l’aube traversait déjà les immenses rideaux argentés entourant son lit pendant qu’une pluie fine frappait doucement les vitraux du palais.

Alpine passa immédiatement une main contre son visage.

Encore ce rêve.

Toujours le même.

Le ventre noué, elle regarda lentement ses mains tremblantes sous les draps blancs.

Puis ses yeux glissèrent vers la grande baie vitrée au fond de la chambre.

Le ciel était gris aujourd’hui.

Mais pendant une seconde…

elle eut l’impression d’apercevoir une fissure pâle traverser les nuages au loin.

Le battement résonna faiblement dans sa tête.

Puis disparut.

Quelqu’un frappa doucement à la porte.

Alpine sursauta immédiatement.

— Princesse ?
Nous devons vous préparer avant les cours.

Le rêve semblait encore collé sous sa peau lorsqu’elle quitta finalement son lit.

Le marbre froid du palais lui glaça immédiatement les pieds tandis que plusieurs servantes entraient déjà dans la chambre avec des tissus soigneusement pliés, des bijoux et des bassines d’eau chaude fumante.

Tout était silencieux ici.

Précis.

Parfait.

Comme toujours.

Une servante commença doucement à brosser ses longs cheveux noirs pendant qu’une autre préparait déjà sa tenue du jour près des fenêtres immenses.

Alpine resta immobile face au miroir.

Et pendant quelques secondes…

elle observa simplement son propre reflet.

Ses yeux.
Ses traits.
Sa posture.

Puis cette sensation revint encore.

Ce vide étrange.

Comme si quelque chose clochait légèrement dans l’image qu’elle voyait.

Le battement vibra faiblement dans sa tête.

Puis disparut de nouveau.

— Princesse ?

Alpine cligna lentement des yeux.

La servante la regardait avec inquiétude maintenant.

— Vous avez encore mal dormi…

Le silence retomba doucement dans la chambre royale.

Puis Alpine détourna lentement les yeux du miroir.

— J’ai encore rêvé des arches.

Les mains de la servante ralentirent légèrement dans ses cheveux.

Très légèrement.

Mais Alpine le remarqua immédiatement.

Puis la jeune femme murmura :

— Ce n’était qu’un rêve, Princesse.

Le regard d’Alpine retourna lentement vers la pluie derrière les vitres.

Non.

Ce n’était pas seulement un rêve.

Et au fond d’elle…

elle le savait depuis longtemps déjà.

Le palais semblait irréel au lever du jour.

Depuis les immenses fenêtres des couloirs royaux, Alpine voyait les jardins suspendus s’étendre bien au-delà des arches blanches du palais. Des fontaines de marbre traversaient les cours intérieures tandis que des passerelles élégantes reliaient les hautes tours couvertes de verre et d’argent.

Tout était magnifique ici.

Parfait.

Et pourtant…

Alpine avait constamment l’impression d’étouffer entre ces murs.

Le claquement régulier de ses chaussures résonnait doucement dans les longs corridors pendant que deux gardes royaux marchaient plusieurs mètres derrière elle. Des serviteurs s’inclinaient à son passage sans réellement la regarder dans les yeux.

Comme toujours.

Puis elle atteignit finalement la grande galerie des portraits.

Le souffle d’Alpine ralentit légèrement.

Des dizaines de tableaux royaux couvraient les murs immenses sous les lustres de cristal. D’anciennes reines. Des héritiers oubliés. Des souverains portant des couronnes d’argent sous des ciels anciens.

Et chaque fois qu’elle traversait cette galerie…

la même sensation revenait.

Ce malaise étrange.

Comme si quelque chose n’était pas à sa place ici.

Le battement vibra faiblement dans sa tête.

Alpine ralentit légèrement devant un immense portrait représentant la reine plus jeune. À ses côtés, plusieurs nobles entouraient un berceau couvert de voiles blancs.

Le ventre d’Alpine se noua immédiatement.

Parce que le visage du nourrisson restait impossible à distinguer.

Toujours.

Même après toutes ces années.

La peinture semblait presque floue autour du berceau.

Puis une voix résonna derrière elle.

— Tu fixes encore ce tableau.

Alpine sursauta légèrement avant de se retourner.

La reine se tenait plusieurs mètres plus loin dans la galerie.

Immense robe blanche.
Couronne d’argent.
Regard calme.

Et pourtant…

quelque chose de froid existait constamment autour d’elle.

Le souffle d’Alpine ralentit immédiatement.

Puis elle baissa légèrement la tête.

— Mère.

Le silence retomba dans la galerie.

La reine s’approcha lentement des portraits sans quitter Alpine des yeux.

Puis elle observa à son tour le tableau du berceau.

Et pendant une seconde…

quelque chose traversa son regard.

Trop rapide pour être compris.

Puis elle demanda calmement :

— Encore ces rêves ?

Le froid traversa immédiatement la poitrine d’Alpine.

Parce qu’elle ne se souvenait pas lui avoir parlé du dernier.

Puis la reine leva doucement une main vers son visage.

Pas tendrement.

Précisément.

Comme si elle vérifiait quelque chose.

— Tu dors mal depuis plusieurs semaines maintenant.

Le silence sembla devenir immense autour d’elles.

Puis Alpine murmura difficilement :

— Je vois encore les arches.

Les doigts de la reine s’immobilisèrent légèrement contre sa joue.

Très légèrement.

Mais Alpine le sentit.

Puis la souveraine répondit calmement :

— Les seuils troublent parfois les rêves des lignées sensibles à la magie.

Sa voix restait douce.

Parfaite.

Et pourtant…

Alpine sentit malgré elle un frisson remonter le long de son dos.

Comme si cette réponse avait été préparée depuis longtemps.

Puis la reine retira lentement sa main.

— Évite simplement d’y penser davantage.

Le silence retomba immédiatement.

Et sans un mot de plus…

la reine reprit sa marche dans la galerie royale.

Laissant Alpine seule face au portrait du berceau flou.

L’école royale de magie dominait une immense partie du palais supérieur.

Des tours blanches couvertes de verrières traversaient le ciel gris au-dessus des jardins suspendus pendant que des centaines d’étudiants nobles circulaient déjà dans les cours intérieures baignées de lumière pâle.

Alpine avançait silencieusement parmi eux.

Comme toujours.

Les regards se tournaient immédiatement sur son passage.
Les murmures ralentissaient.
Les révérences apparaissaient.

Princesse.

Héritière.

Future reine.

Et pourtant…

elle n’avait jamais réussi à se sentir réellement à sa place ici.

Le battement vibra faiblement dans sa tête.

Puis disparut.

Elle traversa lentement une immense cour couverte de glycines argentées avant d’atteindre les salles d’étude supérieures. Plusieurs étudiants interrompirent immédiatement leur conversation en la voyant arriver.

Mais Alpine remarqua surtout autre chose.

Les regards.

Pas admiratifs.

Prudents.

Comme si tout le monde faisait constamment attention à ce qu’il disait autour d’elle.

Le froid traversa doucement sa poitrine.

Puis un jeune professeur arriva près du groupe d’étudiants avec plusieurs registres sous le bras.

— Les affectations des prochains élèves arriveront avant la fin du mois.

Des murmures traversèrent aussitôt les étudiants.

Nouveaux héritiers.
Nouvelles familles nobles.
Nouveaux transferts.

Le professeur continua calmement :

— Certains dossiers restent encore incomplets.
Des identités doivent être validées avant leur arrivée.

Le souffle d’Alpine ralentit légèrement sans qu’elle comprenne pourquoi.

Le battement vibra faiblement.

Puis elle leva lentement les yeux vers les hautes arches blanches de l’école.

Et pendant une seconde…

elle eut l’impression étrange que quelque chose approchait du palais.

Quelque chose capable de tout changer.

La pluie tombait doucement sur les verrières du palais lorsque les cours prirent enfin fin.

Les derniers étudiants quittaient lentement les galeries supérieures de l’école royale pendant que les lanternes de cristal s’allumaient une à une sous les arches blanches. Au loin, les jardins suspendus disparaissaient peu à peu dans une brume grise traversée par les lumières du royaume.

Alpine avançait seule dans un long corridor couvert de vitraux.

Le silence ici semblait différent du reste du palais.

Plus ancien.

Comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.

Le battement vibra faiblement dans sa tête.

Puis disparut.

Elle ralentit légèrement près d’une immense fenêtre donnant directement sur les falaises sous le royaume. Très loin en contrebas, les nuages rouges des seuils déformaient encore l’horizon derrière les montagnes noires.

Et soudain…

une fissure blanche traversa brièvement le ciel.

Le souffle d’Alpine se coupa brutalement.

La lumière disparut presque aussitôt.

Mais son cœur battait déjà beaucoup trop vite.

Puis une voix résonna derrière elle.

— Princesse Alpine ?

Elle sursauta légèrement avant de se retourner.

Le jeune professeur tenant les registres se trouvait quelques mètres plus loin sous les vitraux.

— Vos nouvelles affectations pour le prochain cycle ont été validées.

Alpine força lentement sa respiration à ralentir.

Le battement vibra encore une fois dans sa poitrine.

Puis elle s’approcha doucement.

Le professeur consulta rapidement plusieurs feuilles avant de reprendre :

— Quelques nouveaux élèves rejoindront votre groupe cette saison.
Certaines familles nobles ont demandé des intégrations tardives.

Le vent frappa doucement les vitraux derrière eux.

Puis Alpine sentit quelque chose se tendre dans son ventre sans raison.

Le professeur tourna une autre page.

— Une candidate arrivera dans quelques semaines seulement.
Son dossier vient juste d’être accepté.

Le battement résonna faiblement.

Plus fort cette fois.

Puis Alpine demanda calmement :

— Son nom ?

Le silence sembla durer beaucoup trop longtemps.

Le professeur parcourut rapidement la feuille avant de répondre :

— Le registre est encore incomplet.
L’identité a été modifiée récemment.

Le froid traversa immédiatement la poitrine d’Alpine.

Parce que pendant une seconde…

elle eut l’impression étrange que le palais venait de respirer autour d’elle.

Puis le professeur referma lentement les registres.

Et très loin derrière les vitraux du royaume…

quelque chose sembla battre une nouvelle fois sous le ciel rouge.

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