Chapitre 1

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La pluie tombait doucement lorsque les premières tours de la capitale apparurent enfin à l’horizon.

Depuis les hauteurs rocheuses du chemin, Lythra apercevait les arches blanches traversant le ciel rouge comme d’immenses ponts suspendus au-dessus du royaume. Même à cette distance, la ville semblait irréelle. Des lumières argentées pulsaient le long des tours tandis que des jardins suspendus descendaient parfois entre les bâtiments comme des cascades végétales flottant dans le vide.

Et pourtant…

des fissures rouges traversaient toujours les nuages au-dessus du palais.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

Le royaume entier faisait semblant de ne pas voir que le ciel était en train de se briser.

Kael souffla doucement derrière elle.

— C’est encore plus grand que dans les livres…

Le vent souleva légèrement les cheveux noirs de Lythra pendant qu’elle observait la capitale.

Quelque part derrière ces murs…
une autre fille vivait sa vie.

Puis Vaelith reprit finalement sa marche sans un mot.

Le groupe le suivit à travers plusieurs sentiers étroits longeant les falaises du royaume avant d’atteindre une vieille porte métallique cachée sous les ruines d’un ancien aqueduc.

Le souffle de Lythra ralentit légèrement.

Personne n’aurait pu remarquer cet endroit depuis les routes principales.

Vaelith posa lentement une main contre la pierre fissurée.

Et le mur s’ouvrit dans un craquement humide.

Une odeur de poussière ancienne traversa immédiatement le passage sombre.

Kael fronça légèrement les sourcils.

— J’espère sincèrement que ce n’est pas encore un sanctuaire caché.

Vaelith ne répondit pas.

Il descendit simplement les marches étroites disparaissant sous les ruines.

Puis Lythra le suivit.

Le passage débouchait sur une immense salle souterraine éclairée par plusieurs lanternes oubliées. Des étagères couvraient les murs du sol jusqu’au plafond voûté tandis que des milliers de feuilles, registres et parchemins dormaient dans la poussière.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Partout…

des noms.

Des sceaux royaux.
Des papiers officiels.
Des passeports.
Des registres nobles.

Comme une bibliothèque entière remplie de vies abandonnées.

Kael siffla doucement.

— D’accord…
ça devient vraiment inquiétant maintenant.

Vaelith traversa lentement les rangées de documents sans hésiter.

Comme s’il connaissait cet endroit depuis des siècles.

Puis il s’arrêta devant une vieille table noire couverte d’encre sèche et de registres ouverts.

Le silence sembla devenir plus lourd.

Parce que Lythra comprenait enfin pourquoi ils étaient là.

Vaelith leva finalement les yeux vers elle.

— Tu ne peux plus utiliser ton vrai nom maintenant.

Le froid traversa immédiatement sa poitrine.

Puis il déroula lentement plusieurs feuilles devant elle.

Des formulaires royaux.

Des identités.

Des existences entières écrites à l’encre noire.

Le battement vibra faiblement dans la tête de Lythra.

Puis Vaelith reprit calmement :

— Si quelqu’un découvre qui tu es avant que tu approches la reine…
le palais te fera disparaître.

Le silence explosa doucement dans la salle souterraine.

Même Kael ne plaisantait plus maintenant.

Puis Vaelith prit une plume.

— Nous allons te créer une nouvelle identité.
Une famille secondaire.
Des registres crédibles.
Un parcours magique cohérent.

Le souffle de Lythra devenait irrégulier.

Parce qu’elle comprenait enfin ce que cela signifiait réellement.

Mentir constamment.

Changer de nom.

Entrer dans sa propre vie comme étrangère.

Puis Vaelith poussa finalement les documents vers elle.

— Signe.

Le silence semblait immense.

Lythra fixa longtemps la feuille devant elle.

Son faux nom.

Une vie fabriquée de toutes pièces.

Le battement vibra faiblement au loin.

Et pendant une seconde…

elle entendit presque la respiration du dormeur sous le monde.

Puis lentement…

elle signa.

L’encre noire glissa sur le papier dans un silence terrible.

Et au moment exact où son faux nom apparut entièrement sur la feuille…

le battement résonna brutalement dans sa tête.

Immense.

Vivante.

Lythra releva brusquement les yeux.

Le souffle court.

Puis le silence revint aussitôt.

Mais quelque chose avait changé.

Comme si les seuils eux-mêmes avaient senti cette nouvelle existence naître.

La nuit tomba plusieurs heures plus tard sur les montagnes entourant la capitale.

Le groupe avait quitté la cache souterraine pour s’installer dans les ruines d’une ancienne tour abandonnée dominant le royaume. Depuis les fenêtres effondrées, Lythra apercevait encore les lumières du palais briller sous le ciel rouge fissuré.

Personne ne parlait beaucoup.

Selen dormait difficilement contre un mur de pierre, ses bras pierreux cachés sous plusieurs tissus sombres.

Kael regardait les lumières du royaume avec nervosité pendant que Vaelith préparait lentement plusieurs symboles autour du feu.

Le souffle de Lythra ralentit légèrement.

L’air lui-même semblait étrange cette nuit.

Puis Kael fronça les sourcils.

— Attends…
tu fais quoi exactement ?

Vaelith continua calmement de tracer les marques autour des braises.

— Un passage.

Le silence retomba immédiatement.

Kael pâlit légèrement.

— Non.
Non non non.
On avait dit plus de seuils pendant AU MOINS deux jours.

Un très léger sourire fatigué traversa finalement les lèvres de Vaelith.

— Ce n’est pas un vrai portail.

Puis il leva lentement les yeux vers eux.

— Juste un passage entre les rêves.

Le battement vibra faiblement au loin.

Et les flammes changèrent immédiatement de couleur.

Le feu devint presque blanc.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Puis les ombres autour d’eux commencèrent lentement à se déformer.

Les murs de la tour semblèrent s’éloigner.
Le ciel rouge se fissura davantage.
Et pendant une seconde…

le sanctuaire apparut brièvement derrière les flammes.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

Puis tout bascula.

Le monde autour d’eux se transforma en une immense brume traversée de fragments de souvenirs. Des morceaux de paysages flottaient dans le vide :
des routes anciennes,
des champs noyés sous la pluie,
des arches blanches déformées,
et parfois…
des fissures lumineuses traversant directement le ciel.

Kael jura immédiatement.

— Je déteste VRAIMENT les rêves maintenant.

Puis une silhouette apparut plus loin dans la brume.

Torvan.

Le jeune homme se retourna brutalement.

Et son visage devint immédiatement blanc.

— Non.

Le silence explosa autour de lui.

Torvan recula brutalement d’un pas.

— Non non non.
Je rêve encore.

Kael leva immédiatement les yeux au ciel.

— Ah.
Ça commence bien.

Mais Torvan continuait de reculer maintenant.

Parce qu’autour de lui…
le décor de son rêve se fissurait.

Des craquelures blanches traversaient les murs invisibles du songe pendant que le ciel se déformait lentement derrière lui.

Puis Lythra s’approcha doucement.

— Torvan.
C’est nous.

Le souffle du jeune homme devenait irrégulier.

Puis il fixa enfin réellement Kael.

Et quelque chose changea immédiatement dans son regard.

Parce qu’il comprenait.

Petit à petit.

Puis Kael passa maladroitement une main derrière sa nuque.

— Surprise ?

Torvan resta silencieux plusieurs secondes.

Puis souffla difficilement :

— Vous êtes vivants…

Le battement vibra faiblement dans le rêve.

Et soudain…

une deuxième silhouette apparut derrière les fissures blanches.

Ren.

Contrairement à Torvan, il comprit immédiatement que quelque chose clochait.

Son regard glissa aussitôt vers le ciel fissuré du rêve.

Puis vers les craquelures blanches traversant les souvenirs autour d’eux.

Le silence devint lourd.

Très lourd.

Puis Ren murmura finalement :

— Les seuils atteignent les rêves maintenant.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Parce que la peur dans sa voix semblait terriblement réelle.

Puis une fissure blanche traversa brutalement le sol du rêve sous leurs pieds.

Et très loin derrière la brume…

quelque chose sembla respirer sous le monde.

Le voyage jusqu’à la capitale dura encore plusieurs jours.

À mesure qu’ils approchaient du royaume central, les routes devenaient plus larges, plus entretenues, et les villages plus riches. Les maisons de pierre sombre laissèrent progressivement place à des bâtiments couverts de verre blanc et de métal argenté où des lanternes magiques flottaient parfois seules au-dessus des rues.

Mais ce qui troubla immédiatement Lythra…

ce furent les gens.

Personne ne regardait le ciel.

Le vent soufflait pourtant constamment au-dessus des routes, faisant lentement dériver les fissures rouges traversant les nuages comme des cicatrices ouvertes dans le monde.

Elles étaient impossibles à manquer.

Immenses.

Certaines pulsaient même parfois d’une lumière blanchâtre rappelant les failles des seuils.

Et pourtant…

les voyageurs continuaient de marcher.
Les marchands vendaient leurs tissus.
Les enfants jouaient près des routes.

Comme si le ciel n’était pas en train de se déchirer au-dessus d’eux.

Le ventre de Lythra se nouait davantage à chaque village traversé.

Puis ils atteignirent enfin les falaises dominant la capitale.

Et cette fois…

même son souffle se coupa.

Le royaume semblait irréel vu d’en haut.

Des centaines de tours blanches traversaient la lumière rouge du ciel tandis que des ponts suspendus reliaient les différents quartiers au-dessus d’immenses canaux lumineux serpentant dans la ville. Des jardins suspendus coulaient littéralement depuis certaines terrasses royales comme des cascades végétales flottant dans le vide.

Et partout…

la magie.

Des symboles lumineux glissaient parfois le long des murs.
Des lanternes flottaient seules au-dessus des avenues.
Certaines fontaines semblaient défier la gravité en faisant remonter l’eau vers le ciel avant qu’elle ne retombe en pluie brillante.

Kael souffla immédiatement :

— Bon…
c’est officiellement le plus bel endroit que j’ai jamais vu.

Même Selen releva lentement les yeux vers les tours blanches malgré la fatigue visible sur son visage.

Mais Lythra…

Lythra fixait uniquement le palais.

Immense.

Construit au sommet même de la capitale.

Ses arches blanches traversaient presque les nuages rouges au-dessus du royaume pendant que des verrières gigantesques reflétaient la lumière fissurée du ciel.

Puis le battement vibra faiblement dans sa poitrine.

Le contraste lui donnait presque la nausée.

Parce que ce royaume était magnifique.

Et pourtant…

quelque chose pourrissait déjà au-dessus de lui.

Puis Vaelith murmura calmement :

— La capitale fait semblant de ne rien voir depuis des années.

Le silence retomba doucement autour du groupe.

Lythra détourna finalement les yeux du palais pour observer les habitants dans les rues en contrebas.

Ils riaient.
Parlaient.
Vivaient.

Sous un ciel fissuré.

Le froid traversa lentement sa poitrine.

Parce qu’elle comprenait enfin quelque chose de terrible :

le royaume entier vivait déjà dans le déni.

Ils pénétrèrent dans la capitale le lendemain matin.

Les grandes portes blanches du royaume s’ouvrirent lentement devant eux dans un grondement métallique immense tandis que des dizaines de gardes royaux surveillaient les arrivées sous les arches lumineuses.

Lythra sentit immédiatement son cœur accélérer.

Pour la première fois…

elle entrait réellement dans l’endroit où sa vie aurait dû exister.

Le palais dominait toute la ville depuis les hauteurs, visible depuis presque chaque rue de la capitale. Même entouré par les jardins suspendus et les tours lumineuses, il semblait gigantesque.

Intouchable.

Le vent soulevait doucement les bannières royales suspendues entre les arches pendant que des étudiants nobles traversaient les avenues couvertes de verre en direction de l’institution magique liée au palais.

Vaelith marcha sans ralentir.

Comme s’il connaissait chaque rue depuis toujours.

Lythra restait près de lui maintenant.

Le ventre noué.

Parce qu’elle avait constamment l’impression que quelqu’un allait soudainement comprendre qui elle était réellement.

Puis ils atteignirent enfin l’institution royale.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

L’école ressemblait presque à un second palais.

D’immenses tours blanches entouraient plusieurs cours suspendues couvertes de jardins argentés pendant que des centaines d’étudiants circulaient sous les arches lumineuses. Certains faisaient apparaître des symboles magiques dans leurs mains en discutant. D’autres portaient déjà les couleurs de familles nobles cousues directement dans leurs longues tenues élégantes.

Le battement vibra faiblement dans la poitrine de Lythra.

Puis Vaelith posa doucement une main dans son dos.

— Respire.

Le froid traversa immédiatement sa gorge.

Ils pénétrèrent alors dans le grand hall des inscriptions.

Et immédiatement…

Lythra sentit la peur revenir.

Des registres royaux couvraient d’immenses tables de marbre sous des verrières lumineuses. Plusieurs mages contrôlaient les documents avec des symboles magiques flottant directement au-dessus des feuilles pendant que des nobles observaient les nouveaux arrivants depuis les balcons supérieurs.

Le moindre faux mouvement pouvait la détruire ici.

Puis un homme vêtu d’argent releva finalement les yeux vers eux.

— Nom ?

Le souffle de Lythra se bloqua une seconde.

Son faux nom résonna dans sa tête.

Puis elle répondit finalement.

La voix légèrement tremblante.

Le mage nota lentement les informations avant de faire glisser sa main au-dessus des papiers.

Les symboles lumineux brillèrent aussitôt.

Le ventre de Lythra se noua brutalement.

Le silence semblait immense maintenant.

Puis les marques magiques disparurent finalement.

Le mage acquiesça simplement.

— Validé.

Le souffle de Lythra revint brutalement dans sa poitrine.

Kael relâcha immédiatement la tension dans ses épaules plusieurs mètres derrière eux.

Mais Vaelith restait immobile.

Comme s’il attendait encore quelque chose.

Puis finalement…

ils quittèrent le hall royal.

L’air frais de la capitale frappa immédiatement le visage de Lythra lorsqu’ils ressortirent sur les grandes terrasses suspendues reliant l’école au palais supérieur.

Et c’est là qu’elle la vit.

Le souffle de Lythra s’écrasa brutalement dans sa gorge.

Alpine descendait lentement les grandes marches du palais entourée de plusieurs étudiants nobles.

Le vent soulevait doucement ses longs cheveux noirs pendant qu’elle tenait son diadème entre ses mains gantées. Sa robe blanche traversée de fils argentés bougeait lentement sous les courants d’air venant des jardins suspendus.

Et pendant une seconde…

le monde sembla devenir silencieux.

Parce que Vaelith avait raison.

Alpine lui ressemblait beaucoup plus qu’elle ne l’avait imaginé.

Pas parfaitement.

Mais suffisamment pour que le froid traverse immédiatement tout son corps.

Les mêmes yeux sombres.
La même manière de relever légèrement la tête lorsqu’elle marchait.
Même certaines expressions.

Comme regarder une autre version d’elle-même née dans un monde différent.

Le battement vibra faiblement dans sa poitrine.

Puis Alpine disparut lentement derrière plusieurs arches blanches entourée par les étudiants nobles.

Et Lythra resta immobile.

Le palais dominant le ciel rouge devant elle.

Puis Vaelith murmura finalement :

— Les cours commencent dans exactement une semaine.

Le silence retomba doucement autour d’eux.

Et pendant que le vent soulevait les cendres rouges au-dessus des jardins suspendus…

Lythra comprit enfin que dans sept jours…

elle entrerait dans la vie qui aurait dû être la sienne depuis le début.

La pluie frappait doucement les immenses vitres de l’auberge suspendue.

Depuis la salle principale du dernier étage, Lythra apercevait encore les lumières blanches de la capitale traverser la nuit rouge du royaume. Les tours lumineuses du palais dominaient toute la ville au loin pendant que des lanternes magiques dérivaient lentement entre les arches suspendues.

Le groupe s’était installé autour d’une grande table de bois sombre près du feu.

Et pour la première fois depuis longtemps…

personne ne semblait réellement en danger immédiat.

Selen dormait finalement dans un fauteuil près des flammes, épuisée. Ses bras restaient cachés sous plusieurs couches de tissu sombre, mais Lythra apercevait parfois les fissures blanches pulser faiblement sous sa peau lorsqu’elle bougeait.

Kael observait les rues de la capitale à travers les vitres embuées.

Vaelith, lui, semblait perdu dans ses pensées depuis leur retour de l’école.

Le silence dans la pièce était calme.
Fatigué.
Presque irréel après le sanctuaire.

Puis Lythra finit finalement par murmurer :

— Quand est-ce qu’ils arrivent ?

Kael détourna légèrement les yeux des fenêtres.

— Qui ?

Elle le regarda comme si la réponse était évidente.

— Ren et Torvan.

Le feu crépita doucement dans la pièce.

Puis Vaelith répondit avant même que Kael ouvre la bouche.

— Demain.

Le souffle de Lythra ralentit immédiatement.

Elle ne s’était même pas rendu compte à quel point cette réponse l’inquiétait jusqu’à maintenant.

Demain.

Ils arrivaient réellement.

Le groupe ne resterait pas éclaté encore longtemps.

Puis elle relâcha finalement un souffle discret en s’enfonçant légèrement contre le dossier de sa chaise.

Et Kael…

Kael fit exactement la même chose.

Lythra tourna lentement les yeux vers lui.

Un très léger sourire fatigué traversa aussitôt le visage du jeune homme.

— Quoi ?

Elle arqua légèrement un sourcil.

— Tu stresses autant que moi.

— Absolument pas.

Puis il détourna immédiatement les yeux vers les fenêtres.

Ce qui confirma instantanément qu’il mentait.

Le vent souffla doucement contre les vitres de l’auberge pendant que les lumières du palais pulsaient au loin dans la nuit rouge.

Puis Kael finit par murmurer beaucoup plus bas :

— Torvan va totalement paniquer en voyant cette ville.

Un rire faible échappa finalement à Lythra.

Petit.
Fatigué.
Mais réel.

Et pendant une seconde…

le poids du sanctuaire sembla légèrement moins lourd autour d’eux.

La nuit avançait lentement lorsque le silence retomba de nouveau autour du groupe.

Le feu brûlait plus faiblement maintenant.
La pluie continuait de tomber contre les vitres.
Et les lumières du palais illuminaient toujours le ciel rouge au loin.

Lythra observait la capitale depuis plusieurs minutes déjà lorsqu’une pensée lui traversa brutalement l’esprit.

Le ventre noué, elle finit par murmurer :

— Il faut que vous arrêtiez de m’appeler Lythra.

Le silence retomba immédiatement dans la pièce.

Même Kael releva les yeux vers elle.

Puis elle baissa lentement le regard vers ses mains.

— Appelez-moi Alba maintenant.

Les mots semblaient étranges.
Froids.

Comme si elle venait de prononcer le nom d’une autre personne.

Le feu crépita doucement.

Et personne ne répondit immédiatement.

Parce que tout devenait soudainement réel.

Plus de préparation.
Plus d’hypothèses.

Dans quelques jours…
Lythra disparaîtrait officiellement.

Puis Kael grimaça légèrement.

— J’aime pas ce prénom.

Elle eut un faible sourire.

— Moi non plus.

Mais sa gorge se serra immédiatement après.

Parce qu’elle comprenait ce que cela signifiait réellement.

Mentir constamment.
Répondre à un autre nom.
Vivre dans une autre existence.

Puis elle releva lentement les yeux vers eux.

— Il faut que je m’habitue maintenant.
Sinon je vais finir par me trahir devant tout le monde.

Le battement vibra faiblement dans sa poitrine.

Puis le silence revint encore quelques secondes.

Jusqu’à ce que Vaelith parle finalement.

Très calmement.

— Alba.

Le souffle de Lythra se coupa immédiatement.

Parce qu’il l’avait prononcé naturellement.

Sans hésitation.

Et bizarrement…

ça lui fit beaucoup plus mal qu’elle ne l’aurait imaginé.

Comme si ce prénom devenait réel uniquement parce qu’il venait de l’utiliser.

Kael remarqua immédiatement son expression.

Puis il murmura maladroitement :

— Bon…
je déteste encore plus maintenant.

Un très léger rire traversa de nouveau la pièce.

Mais cette fois…

Lythra sentit malgré tout quelque chose se fissurer doucement au fond d’elle.

Comme si une partie de son ancienne vie venait réellement de commencer à disparaître.

La pluie avait cessé depuis longtemps maintenant.

À travers les immenses fenêtres de l’auberge suspendue, la capitale brillait sous le ciel rouge fissuré comme une constellation blanche accrochée au bord du monde. Les canaux lumineux traversaient les rues en contrebas pendant que les arches du palais disparaissaient parfois dans les nuages sombres.

Le feu brûlait faiblement.

Selen dormait toujours près des braises.
Kael s’était finalement laissé glisser contre le dossier de sa chaise.
Et Vaelith observait silencieusement la ville depuis plusieurs minutes déjà.

Puis il murmura finalement :

— Il y a une chose importante que tu dois comprendre avant les cours.

Lythra releva lentement les yeux vers lui.

Le battement vibra faiblement dans sa poitrine.

Vaelith détourna finalement les yeux des fenêtres.

— L’école ne fonctionne pas comme les villages ou les académies classiques.

Le silence retomba doucement dans la pièce.

Puis il poursuivit calmement :

— Tu vas vivre là-bas.

Le souffle de Lythra ralentit immédiatement.

Elle fronça légèrement les sourcils.

— Quoi ?

— Les étudiants nobles restent à l’institution presque toute l’année.

Le froid traversa doucement son ventre.

Puis Vaelith continua :

— Les héritiers royaux sont constamment surveillés.
Le palais considère que les liens extérieurs affaiblissent les loyautés.

Le silence sembla devenir plus lourd.

Lythra sentit immédiatement une pression étrange dans sa poitrine.

Parce qu’elle comprenait ce que cela signifiait réellement.

Elle serait seule là-bas.

Entourée de nobles.
De mensonges.
D’Alpine.

Et loin du groupe.

Puis Kael se redressa légèrement.

— Attends.
Genre…
elle pourra même pas sortir ?

Vaelith secoua lentement la tête.

— Très rarement.

Le feu crépita doucement.

Puis il ajouta :

— Les dortoirs sont séparés selon les lignées et les niveaux magiques.
Les sorties sont contrôlées.
Les déplacements aussi.

Le ventre de Lythra se noua brutalement.

L’école commençait soudainement à ressembler beaucoup moins à un lieu d’apprentissage qu’à une cage élégante.

Puis elle murmura difficilement :

— Donc je ne vous verrai presque plus…

Le silence retomba.

Même Kael ne trouva rien à répondre immédiatement.

Puis Vaelith reprit finalement :

— Les anciennes chambres du côté nord ont encore plusieurs fenêtres accessibles.

Lythra releva lentement les yeux vers lui.

Le feu projetait des ombres mouvantes sur son visage fatigué maintenant.

Puis il poursuivit calmement :

— Certaines donnent directement sur les jardins suspendus extérieurs.
La surveillance y est moins importante la nuit.

Le souffle de Lythra ralentit légèrement.

Une petite ouverture.

Minuscule.
Mais réelle.

Puis Vaelith ajouta :

— Tous les deux jours environ…
tu pourras probablement sortir discrètement quelques heures.

Kael souffla immédiatement de soulagement.

— Ah.
Merci parce que sinon elle allait devenir folle au bout de trois jours.

— Quatre, protesta faiblement Lythra.

Puis un très léger sourire traversa finalement le visage de Kael.

Mais Vaelith resta sérieux.

— Si tu te fais prendre…
tout s’effondrera.

Le silence retomba immédiatement.

Et Lythra comprit qu’il n’exagérait même pas.

Parce que maintenant :

  • elle mentait au palais,
  • utilisait une fausse identité,
  • et allait entrer directement dans le cœur du royaume.

Le moindre faux pas pouvait la faire disparaître.

Le battement vibra faiblement dans sa poitrine.

Puis Vaelith murmura finalement :

— Tu dois devenir Alba entièrement une fois là-bas.

Le froid traversa doucement sa gorge.

Et cette fois…
elle ne répondit pas.

La nuit avançait lentement lorsque Vaelith recommença finalement à parler.

Le feu était devenu beaucoup plus faible maintenant. La plupart des lumières de la capitale s’étaient éteintes au loin, laissant seulement les grandes tours du palais illuminer encore le ciel rouge.

Kael observait Vaelith depuis plusieurs minutes déjà.

Puis il finit par demander :

— Comment tu connais aussi bien cette école exactement ?

Le silence retomba doucement dans la pièce.

Et pendant une seconde…

quelque chose changea légèrement dans le regard de Vaelith.

Comme une vieille porte venant de s’entrouvrir.

Puis il répondit simplement :

— J’y ai étudié.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Même Kael sembla surpris.

Puis Vaelith détourna lentement les yeux vers les lumières du palais.

Et sa voix changea légèrement lorsqu’il recommença à parler.

Plus lointaine.

Plus ancienne.

— L’école était différente à l’époque.

Le vent souffla doucement contre les vitres de l’auberge.

Puis il poursuivit :

— Les seuils n’étaient pas encore totalement interdits.
Les chercheurs pouvaient encore étudier certaines failles légalement.

Le battement vibra faiblement au loin.

Et Lythra sentit immédiatement que ces souvenirs étaient importants.

Vaelith regardait toujours le palais maintenant.

Mais son regard semblait traverser les années.

— Les étudiants exploraient parfois les fondations anciennes sous l’école.
Il existait encore des salles interdites ouvertes à certains groupes de recherche.

Kael fronça légèrement les sourcils.

— Attends…
sous l’école ?

Vaelith acquiesça lentement.

— Le palais a été construit bien après certaines structures plus anciennes.

Le froid traversa immédiatement la poitrine de Lythra.

Puis Vaelith eut un rire faible.
Fatigué.

— À l’époque…
on pensait encore pouvoir comprendre les seuils sans tout détruire.

Le silence sembla devenir plus lourd autour du feu.

Puis il ajouta beaucoup plus bas :

— C’est là que j’ai rencontré Arich.

Le souffle de Lythra ralentit doucement.

Parce que pour la première fois…

Vaelith semblait presque nostalgique.

Triste.
Mais vivant autrement.

Puis il poursuivit :

— Il passait plus de temps dans les archives interdites qu’en cours.
Les professeurs le détestaient pour ça.

Un très léger sourire traversa finalement son visage.

Minuscule.

— Il volait constamment des clés.

Kael eut un faible rire.

— J’aurais adoré ce type.

Le sourire de Vaelith disparut presque aussitôt.

Puis le silence retomba lentement dans la pièce.

Lythra observait les lumières du palais au loin maintenant.

Les arches blanches.
Les verrières.
Les jardins suspendus.

Et sous tout ça…

des fondations anciennes reliées aux seuils.

Le royaume entier semblait construit au-dessus d’un gouffre vivant.

Puis Vaelith murmura finalement :

— L’école t’apprendra à mentir avant même de t’apprendre la magie.

Le battement vibra faiblement sous le monde.

Et dans les reflets rouges des vitres…

Lythra eut soudain l’impression de ne déjà plus totalement reconnaître son propre visage.

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