Chapitre 3
Lythra se réveilla avant l’aube.
Pendant quelques secondes, elle resta immobile dans le silence de la chambre de l’auberge suspendue, le souffle encore ralenti par un rêve dont il ne restait déjà presque rien.
Puis le battement revint.
Faible.
Lointain.
Comme un cœur gigantesque frappant quelque part sous la pierre du royaume.
Ses yeux s’ouvrirent lentement dans la pénombre rougeâtre de la chambre.
Le ciel fissuré traversait déjà les rideaux blancs.
Le ventre de Lythra se noua immédiatement.
Même ici…
même aussi loin du sanctuaire…
elle avait encore l’impression d’entendre le dormeur respirer parfois.
Le vent souffla doucement contre les grandes vitres de la chambre suspendue pendant qu’elle se redressait lentement dans les draps.
Autour d’elle, le royaume s’éveillait déjà.
Des lumières bougeaient entre les tours blanches de la capitale.
Des passerelles suspendues traversaient encore la brume du matin.
Et au loin…
le palais dominait tout.
Immense.
Le souffle de Lythra ralentit légèrement tandis qu’elle observait les arches blanches disparaître dans les nuages rouges du ciel.
Puis le battement vibra encore une fois dans sa poitrine.
Elle détourna immédiatement les yeux.
Le froid traversait encore sa gorge lorsqu’elle quitta finalement son lit pour s’approcher des fenêtres.
La ville semblait irréelle à cette heure-ci.
Des lanternes flottaient lentement entre certaines tours.
Les canaux lumineux traversaient encore les rues désertes.
Et les jardins suspendus du palais brillaient sous la lumière rouge du matin comme des morceaux de rêve accrochés au-dessus du monde.
C’était magnifique.
Et pourtant…
Lythra n’arrivait plus à regarder ce royaume sans voir les seuils derrière.
Les fissures dans le ciel.
Les battements sous la terre.
Les fondations anciennes sous le palais.
Puis une pensée lui traversa brutalement l’esprit.
Aujourd’hui.
Le ventre de Lythra se noua légèrement.
Ce soir…
Ren et Torvan arriveraient.
Et après ça…
plus rien ne ralentirait réellement.
L’académie.
Le palais.
Alpine.
Le faux nom.
Alba.
Le battement vibra faiblement dans sa poitrine.
Puis Lythra posa doucement une main contre la vitre froide.
Parce qu’elle comprenait enfin quelque chose de terrible :
ce matin était probablement le dernier où elle pouvait encore simplement être Lythra.
Le vent souffla légèrement au-dessus des tours blanches.
Puis quelqu’un frappa doucement contre la porte.
— T’es réveillée ?
Kael.
Lythra ferma quelques secondes les yeux avant de répondre :
— Oui.
La porte s’ouvrit lentement.
Kael entra dans la chambre avec les cheveux encore en bataille et un air à moitié fatigué. Il s’arrêta près des fenêtres avant de regarder le palais au loin lui aussi.
Puis il souffla faiblement :
— C’est bizarre de voir un endroit aussi beau après tout ce qu’on a traversé.
Le silence retomba doucement entre eux.
Puis Lythra murmura :
— Je crois que c’est ça qui me fait le plus peur.
Kael tourna légèrement les yeux vers elle.
Et pendant quelques secondes…
aucun des deux ne parla.
Parce qu’ils comprenaient exactement la même chose.
Le royaume semblait trop normal.
Trop vivant.
Alors que quelque chose dormait encore sous le monde.
Plus tard dans la matinée, la capitale débordait déjà de mouvement.
Le groupe avançait lentement à travers les marchés suspendus pendant que des centaines de personnes circulaient entre les arches blanches de la ville. Des passerelles de verre traversaient les rues plusieurs mètres au-dessus du sol tandis que des lanternes magiques flottaient seules au-dessus des étals.
Le souffle de Lythra ralentissait constamment.
Parce que tout ici semblait impossible.
Des plantes lumineuses poussaient directement le long des murs.
Des fontaines faisaient léviter l’eau dans les airs avant qu’elle ne retombe en pluie fine.
Certains commerçants utilisaient même la magie pour déplacer leurs marchandises sans les toucher.
Kael tournait la tête dans tous les sens maintenant.
— D’accord…
je retire tout ce que j’ai dit hier.
Je veux vivre ici.
Un rire faible échappa à Lythra malgré elle.
Petit.
Fatigué.
Mais réel.
Puis le groupe traversa un immense marché couvert suspendu au-dessus d’un canal lumineux. Des tissus blancs flottaient au plafond pendant que des dizaines de marchands vendaient :
Des fruits aux couleurs impossibles, des pierres lumineuses, des bijoux enchantés, des livres de magie ancienne.
Et pourtant…
quelque chose dérangeait profondément Lythra.
Le battement vibra faiblement dans sa poitrine.
Puis elle leva lentement les yeux vers le ciel.
Les fissures rouges étaient visibles même ici.
Immenses.
Certaines traversaient littéralement les nuages au-dessus du palais.
Le ventre de Lythra se noua immédiatement.
Comment est-ce que tout le monde pouvait agir normalement avec ça au-dessus de leurs têtes ?
Puis elle remarqua quelque chose d’encore plus étrange.
Personne ne regardait le ciel.
Pas une seule fois.
Les marchands continuaient de parler.
Les étudiants riaient entre eux.
Les nobles traversaient les passerelles suspendues sans même lever les yeux.
Comme si les fissures n’existaient plus.
Puis Lythra ralentit légèrement près d’un étal couvert de fleurs blanches.
Deux commerçants discutaient calmement juste devant elle.
Et pendant une seconde…
une fissure lumineuse pulsa brutalement dans les nuages au-dessus du marché.
Le souffle de Lythra se coupa légèrement.
Mais les deux hommes ne réagirent même pas.
Pas un regard.
Pas une pause.
Rien.
Le froid traversa immédiatement sa poitrine.
Puis elle murmura doucement :
— Pourquoi personne regarde… ?
Kael ralentit légèrement à côté d’elle.
Puis suivit son regard vers le ciel fissuré.
Le battement vibra faiblement sous le monde.
Et Vaelith répondit calmement sans même ralentir :
— Parce qu’ils vivent avec depuis trop longtemps.
Le silence retomba doucement autour du groupe.
Puis Vaelith poursuivit :
— La capitale préfère prétendre que les seuils restent loin du royaume.
Le vent souffla doucement entre les arches suspendues.
— Tant que les murs tiennent…
les gens continuent leur vie.
Le ventre de Lythra se noua douloureusement.
Parce qu’elle reconnaissait exactement ce comportement maintenant.
Comme le sanctuaire.
Comme Leomio.
Comme les chercheurs.
Tout le monde préférait attendre.
Jusqu’au moment où il serait trop tard.
Puis Selen s’arrêta brutalement quelques mètres plus loin.
Le groupe tourna immédiatement les yeux vers elle.
Et pendant une seconde…
Lythra vit la peur traverser son visage.
Selen fixait une fontaine.
Ou plutôt…
le reflet noir dans l’eau.
Le battement vibra faiblement sous le monde.
Puis Selen détourna immédiatement les yeux.
Sa respiration légèrement plus rapide maintenant.
Kael fronça immédiatement les sourcils.
— Selen… ?
Elle secoua rapidement la tête.
— Rien.
Mais Lythra remarqua malgré tout ses doigts trembler légèrement contre les manches couvrant ses fissures pierreuses.
Et au fond de son ventre…
une certitude glacée grandit lentement.
Le sanctuaire ne les avait peut-être pas réellement laissés partir.
Le marché suspendu devenait de plus en plus dense à mesure que la matinée avançait.
Des étudiants vêtus de longues tenues blanches traversaient les passerelles au-dessus des canaux lumineux pendant que des nobles discutaient sous les arches couvertes de fleurs suspendues. Partout :
Des symboles magiques, des lumières flottantes, des tissus mouvants dans le vent, des voix résonnant entre les tours blanches du royaume.
Et pourtant…
Lythra n’arrivait toujours pas à oublier les fissures dans le ciel.
Le battement vibra faiblement dans sa poitrine.
Puis Vaelith ralentit finalement près d’une immense terrasse dominant une partie de la capitale.
Le groupe s’arrêta près d’une rambarde de verre blanc.
En contrebas :
des centaines de passerelles traversaient la ville.
Et au loin…
le palais.
Immense.
Écrasant.
Puis Vaelith reprit calmement :
— Maintenant que vous êtes ici…
il faut que vous compreniez comment fonctionne réellement ce royaume.
Le silence retomba doucement autour du groupe.
Kael soupira faiblement.
— Ah.
Voilà le moment politique.
Un très léger sourire traversa les lèvres de Vaelith.
Puis disparut presque aussitôt.
Le vent souffla doucement contre les arches suspendues pendant qu’il observait le palais au loin.
Puis il reprit :
— Le royaume n’est pas dirigé uniquement par la reine.
Le battement vibra faiblement sous le monde.
— Les grandes familles nobles possèdent énormément de pouvoir.
Certaines dirigent l’armée.
D’autres les académies.
D’autres encore les recherches magiques.
Le ventre de Lythra se noua lentement.
Puis Vaelith continua :
— Et toutes ne sont pas d’accord sur les seuils.
Le silence sembla devenir plus lourd immédiatement.
Selen releva légèrement les yeux vers lui maintenant.
Puis Vaelith ajouta calmement :
— Certaines familles veulent les fermer entièrement.
D’autres pensent qu’ils devraient être étudiés.
Contrôlés.
Utilisés.
Le froid traversa immédiatement la poitrine de Lythra.
Puis elle murmura doucement :
— Comme Leomio…
Vaelith acquiesça lentement.
Le battement vibra encore.
— Oui.
Sauf qu’ici…
ils ont des ressources.
Des laboratoires.
Des soutiens politiques.
Le silence explosa doucement autour du groupe.
Puis Kael fronça légèrement les sourcils.
— Donc y a vraiment des nobles qui pensent pouvoir utiliser les seuils ?
Le vent souffla doucement au-dessus des jardins suspendus.
Puis Vaelith répondit calmement :
— Le royaume a été construit grâce à la magie.
Beaucoup pensent encore que les seuils peuvent devenir une nouvelle source de pouvoir.
Le feu froid de l’angoisse traversa lentement le ventre de Lythra.
Parce qu’elle comprenait immédiatement ce que cela signifiait.
Le sanctuaire n’était probablement pas un cas isolé.
Puis Vaelith poursuivit :
— L’académie est remplie des enfants de ces familles.
Le battement vibra faiblement dans la poitrine de Lythra.
— Certains étudiants savent déjà des choses sur les seuils.
D’autres ignorent totalement leur existence.
Et certains…
voudront probablement s’en approcher.
Le silence sembla devenir immense autour du groupe.
Puis Kael souffla difficilement :
— Cet endroit est vraiment pire que les villages finalement.
Un rire faible échappa à Lythra malgré elle.
Mais il disparut presque aussitôt.
Parce qu’elle fixait encore le palais au loin.
Puis Vaelith tourna finalement légèrement les yeux vers elle.
Et sa voix sembla beaucoup plus sérieuse maintenant.
— Tu ne pourras faire confiance à presque personne là-bas, Alba.
Le faux prénom frappa immédiatement la poitrine de Lythra.
Le vent souffla doucement contre son visage.
Puis elle détourna légèrement les yeux vers la ville.
Parce qu’à chaque fois qu’il utilisait ce nom…
elle avait réellement l’impression de disparaître un peu plus.
Plus tard dans l’après-midi, le groupe traversait les terrasses supérieures proches de l’académie lorsque tout changea brusquement.
Le vent soufflait plus fort ici.
Les jardins suspendus entourant les hautes arches blanches bougeaient doucement au-dessus du vide tandis que plusieurs étudiants nobles descendaient les grandes marches reliant l’école au palais.
Lythra avançait silencieusement derrière Vaelith lorsque le battement vibra soudain faiblement dans sa poitrine.
Puis elle leva les yeux.
Et son souffle se coupa immédiatement.
Alpine.
Elle descendait lentement les marches blanches entourée de plusieurs étudiants.
Le vent soulevait doucement ses cheveux noirs tandis qu’elle tenait plusieurs livres serrés contre elle. Sa tenue blanche traversée de fils argentés brillait légèrement sous la lumière rouge du ciel fissuré.
Mais cette fois…
quelque chose changea.
Parce qu’Alpine releva soudainement les yeux.
Et leurs regards se croisèrent réellement.
Le battement vibra brutalement sous le monde.
Le ventre de Lythra se noua immédiatement.
Pendant quelques secondes…
plus rien d’autre n’exista autour d’elle.
Ni les étudiants.
Ni les arches.
Ni le royaume.
Seulement ce regard.
Le regard d’une fille vivant la vie qui aurait dû être la sienne.
Mais le plus troublant…
c’était l’expression d’Alpine.
Pas de mépris.
Pas de froideur.
Juste…
une étrange sensation de reconnaissance.
Comme si quelque chose dans son esprit venait soudainement de se tendre.
Le souffle de Lythra ralentit brutalement.
Parce qu’elle ressentit exactement la même chose.
Une impression de déjà-vu impossible.
Quelque chose de familier.
De profondément dérangeant.
Puis un étudiant parla à Alpine.
Le moment se brisa immédiatement.
Alpine détourna lentement les yeux avant de reprendre sa marche avec les autres élèves.
Mais Lythra resta totalement immobile.
Le battement vibrait encore faiblement dans sa poitrine.
Puis Kael murmura à côté d’elle :
— D’accord…
c’est vraiment perturbant.
Le vent souffla doucement autour des arches suspendues.
Puis Vaelith reprit calmement sans quitter les marches des yeux :
— Plus vous vous rapprocherez…
plus ce sera difficile.
Le silence retomba doucement autour du groupe.
Mais Lythra regardait encore l’endroit où Alpine avait disparu.
Et au fond d’elle…
quelque chose venait déjà de commencer à changer.
Le soir tombait lentement sur la capitale lorsque le groupe revint finalement à l’auberge suspendue.
Le ciel rouge semblait encore plus sombre maintenant. Les fissures lumineuses traversaient les nuages au-dessus du palais comme des cicatrices immenses pendant que les lanternes flottantes commençaient à illuminer les rues suspendues du royaume.
Le battement vibra faiblement dans la poitrine de Lythra tandis qu’elle poussait la porte de leur étage.
Puis immédiatement…
elle comprit que quelque chose n’allait pas.
Selen était assise près des grandes fenêtres.
Immobile.
Le feu crépitait doucement à côté d’elle, mais elle ne semblait même pas le regarder.
Ses yeux étaient fixés sur le reflet noir des vitres.
Le silence sembla devenir plus lourd immédiatement.
Puis Kael fronça légèrement les sourcils.
— Selen… ?
Elle sursauta brutalement.
Comme si elle ne les avait même pas entendus entrer.
Le battement vibra encore sous le monde.
Puis Selen détourna rapidement les yeux des fenêtres.
— Désolée…
j’étais juste fatiguée.
Mais Lythra remarqua immédiatement quelque chose.
Ses doigts tremblaient légèrement.
Le ventre de Lythra se noua instantanément.
Puis elle s’approcha doucement.
Et lorsqu’elle arriva près d’elle…
elle aperçut finalement les fissures.
Elles avaient progressé.
Très légèrement.
Mais suffisamment pour que Lythra le remarque immédiatement.
Les marques blanches remontaient un peu plus haut sous ses manches maintenant.
Le froid traversa brutalement sa poitrine.
Puis elle murmura très bas :
— Selen…
Selen baissa immédiatement les bras.
Trop vite.
Comme quelqu’un essayant de cacher une blessure.
Le silence explosa doucement autour du groupe.
Puis Kael s’approcha lui aussi.
Et son visage changea immédiatement lorsqu’il aperçut les fissures.
— Elles étaient pas aussi hautes ce matin…
Le vent souffla doucement contre les immenses vitres de l’auberge suspendue.
Puis Selen détourna les yeux.
Le feu projetait des ombres rouges sur son visage fatigué maintenant.
— Je sais.
Sa voix semblait plus faible.
Plus distante.
Le battement vibra encore une fois sous le monde.
Puis Vaelith s’approcha lentement à son tour.
Le silence autour de lui devint immédiatement plus lourd.
Puis il demanda calmement :
— Les rêves ont recommencé ?
Le regard de Selen changea immédiatement.
Et pendant une seconde…
Lythra comprit avant même qu’elle réponde.
Puis Selen acquiesça lentement.
Le feu crépitait doucement.
— Cette fois…
je l’ai vu.
Le ventre de Lythra se noua brutalement.
Puis Selen releva lentement les yeux vers eux.
Et quelque chose dans son regard semblait encore légèrement absent.
Comme si une partie d’elle était restée ailleurs pendant son sommeil.
Puis elle murmura difficilement :
— Il dormait toujours.
Mais…
Sa gorge se serra légèrement.
— Je pouvais sentir qu’il essayait de remonter.
Le silence explosa doucement autour du groupe.
Kael passa immédiatement une main nerveuse contre sa nuque.
— Super.
Vraiment super.
Mais personne ne répondit.
Parce que le regard de Selen suffisait à comprendre qu’elle ne plaisantait pas.
Puis elle reprit beaucoup plus bas :
— J’entendais l’eau partout.
Même dans le rêve.
Le battement vibra encore sous le monde.
— Et quand il respirait…
le sanctuaire entier bougeait autour de moi.
Le feu semblait plus faible maintenant.
Puis Lythra murmura doucement :
— Tu crois qu’il essaye encore de te connecter à lui… ?
Selen resta silencieuse plusieurs secondes.
Puis elle répondit finalement :
— Je crois qu’une partie du sanctuaire est restée en moi.
Le silence sembla devenir immense autour du feu.
Et personne ne trouva quoi répondre.
Parce qu’au fond…
ils avaient tous peur que ce soit vrai.
La nuit était complètement tombée lorsque Vaelith les conduisit finalement derrière l’auberge suspendue.
Le vent soufflait fortement entre les arches blanches de la capitale maintenant. En contrebas, les lumières des canaux illuminaient les rues suspendues tandis que le palais dominait toujours la ville sous le ciel rouge fissuré.
Mais ici…
loin derrière les jardins suspendus de l’auberge…
le silence semblait beaucoup plus lourd.
Le battement vibra faiblement dans la poitrine de Lythra.
Puis Vaelith s’arrêta devant une ancienne arche de pierre partiellement recouverte de lierre noir.
Kael regarda immédiatement autour de lui.
— D’accord.
Je déteste déjà cette ambiance.
Un très léger sourire fatigué traversa les lèvres de Vaelith.
Puis disparut presque aussitôt.
Parce que cette fois…
même lui semblait tendu.
Le ventre de Lythra se noua immédiatement.
Puis Vaelith retira lentement ses gants noirs.
Et les marques anciennes sur ses bras apparurent sous la lumière rouge du ciel.
Le battement vibra brutalement sous le monde.
Puis il posa doucement une main contre l’arche de pierre.
Le silence sembla devenir vivant autour du groupe.
Et immédiatement…
la pierre commença à vibrer faiblement.
Le vent souffla beaucoup plus fort.
Des fissures lumineuses traversèrent lentement l’arche pendant qu’une lumière sombre apparaissait entre les pierres.
Le souffle de Lythra ralentit brutalement.
Parce que contrairement aux seuils habituels…
ce portail semblait instable.
Fragile.
Comme si quelque chose essayait constamment de l’ouvrir davantage.
Puis Kael murmura :
— Vaelith…
Le feu froid de l’angoisse traversa immédiatement la poitrine de Lythra lorsqu’elle aperçut ses mains trembler légèrement contre la pierre.
Le portail résistait.
Le battement vibra encore sous le monde.
Puis la lumière noire s’ouvrit brutalement dans l’arche.
Le vent explosa autour du groupe.
Et pendant une seconde…
Lythra crut entendre quelque chose respirer derrière le passage.
Puis Vaelith souffla immédiatement :
— Maintenant.
Le portail se referma brutalement derrière eux dans un grondement sourd.
Le vent soufflait encore autour des arches suspendues pendant que Torvan fixait Vaelith avec une méfiance à peine cachée.
Mais derrière lui…
Ren leva lentement les yeux vers la capitale.
Puis vers le palais.
Puis vers les fissures rouges dans le ciel.
Et finalement :
— Bon.
Alors soit je suis mort pendant mon sommeil…
soit vous avez vraiment choisi le royaume le plus dramatique possible.
Kael éclata immédiatement de rire.
Même Lythra sentit un sourire lui échapper malgré la fatigue.
Puis Ren regarda autour de lui avec des étoiles presque naïves dans les yeux.
— Attendez mais…
les jardins flottent vraiment ?
Torvan souffla aussitôt :
— Ren.
— Non mais regarde ça.
C’est magnifique.
Le battement vibra faiblement dans la poitrine de Lythra.
Et pendant quelques secondes…
ça faisait presque du bien d’entendre quelqu’un réagir normalement au royaume.
Puis Ren aperçut finalement Selen.
Et immédiatement…
son sourire disparut légèrement.
Pas brutalement.
Doucement.
Puis il s’approcha lentement d’elle.
Le vent soulevait légèrement ses cheveux maintenant.
Et lorsqu’il aperçut les fissures sous ses manches…
il resta silencieux plusieurs secondes.
Puis finalement :
— Bon…
je vais faire semblant d’être calme,
mais intérieurement je panique énormément.
Un rire faible échappa à Selen malgré elle.
Petit.
Fatigué.
Mais réel.
Et immédiatement…
Lythra comprit pourquoi Ren était important au groupe.
Parce qu’il arrivait encore à rendre les gens humains après tout ce qu’ils avaient traversé.
Puis Ren regarda de nouveau les fissures.
Et ajouta aussitôt :
— Par contre ça…
ça ressemble vraiment à un très mauvais signe cosmique.
Kael leva immédiatement un doigt.
— Merci.
ENFIN quelqu’un le dit.
Puis Ren tourna légèrement la tête vers Vaelith.
Et malgré son ton léger…
sa question semblait réellement sincère :
— Donc…
euh…
les trucs dans les rêves…
c’était vraiment toi ?
Torvan marmonna immédiatement derrière lui :
— Évidemment que c’était lui.
Il ressemble à une malédiction ambulante.
Kael étouffa brutalement un rire.
Même Ren grimaça.
— Torvan…
— Quoi ?
Regarde-le.
Vaelith, lui, ne répondit absolument pas.
Ce qui rendit la scène encore pire.
Puis Ren souffla finalement :
— D’accord.
Je retire.
C’est vrai qu’il a un peu une aura de “j’ai ouvert des portes interdites il y a deux mille ans”.
La grande salle de l’auberge était presque vide à cette heure-ci.
Des lanternes suspendues diffusaient une lumière chaude sur les poutres sombres du plafond pendant que la pluie glissait encore doucement contre les immenses vitres ouvertes sur la capitale. Au loin, les arches blanches du palais traversaient toujours le ciel rouge fissuré.
Le groupe s’était installé autour d’une longue table près du feu.
La vapeur des plats montait encore dans l’air.
Le bois craquait doucement sous les flammes.
Et pendant plusieurs minutes…
le seul bruit fut celui des couverts.
Ren finit par briser le silence en reposant brutalement son verre.
— Bon.
Je vais le dire maintenant avant que quelqu’un essaye de me refaire passer dans un portail.
Kael releva immédiatement les yeux vers lui.
Ren prit une inspiration dramatique.
— J’ai cru mourir.
Torvan souffla aussitôt entre ses dents.
— T’as surtout hurlé.
— Parce que j’étais aspiré dans une faille cosmique.
— Non.
Tu paniquais avant même l’ouverture du portail.
Kael éclata de rire.
Même Lythra sentit un sourire lui échapper.
Puis Ren pointa immédiatement Torvan du doigt.
— Lui aussi flippait.
— Absolument pas.
— Tu m’as littéralement attrapé le bras pendant la traversée.
Torvan leva lentement les yeux vers lui.
— Pour t’empêcher de tomber dans le portail.
— Ah oui.
Bien sûr.
Très héroïque.
Le feu crépitait doucement derrière eux.
Et pendant quelques secondes…
quelque chose ressemblant presque à une soirée normale traversa enfin la pièce.
Puis Ren tourna finalement les yeux vers Vaelith.
Il resta silencieux quelques secondes.
Puis :
— Par contre…
toi.
Vaelith releva lentement les yeux de son verre.
— Hm ?
Ren fronça légèrement les sourcils.
— T’as exactement la tête qu’aurait quelqu’un qui apparaît dans des rêves prophétiques pour ruiner la vie des gens.
Kael étouffa brutalement un rire.
Même Torvan eut un très léger mouvement de tête approchant dangereusement d’un accord.
Vaelith, lui, resta parfaitement calme.
— Merci.
— Non mais c’était pas un compliment.
— Je sais.
Ce qui rendit immédiatement la situation encore pire.
Ren fixa quelques secondes le vide.
Puis souffla :
— D’accord.
Ça aussi c’est inquiétant.
Le feu projetait des ombres mouvantes sur les murs de l’auberge pendant que la pluie continuait de glisser lentement derrière les fenêtres.
Puis Torvan tourna finalement les yeux vers Lythra.
Son regard resta accroché plusieurs secondes à son visage fatigué.
Puis :
— T’as dormi combien d’heures cette semaine exactement ?
Lythra ouvrit la bouche.
Puis hésita.
Kael répondit immédiatement à sa place :
— Très mauvaise question.
— Donc aucune.
— Voilà.
Torvan passa lentement une main contre sa mâchoire avant de souffler entre ses dents :
— Magnifique.
Vous disparaissez dans des seuils suicidaires et personne pense au sommeil.
Puis son regard glissa plus loin.
Vers Selen.
Le silence ralentit immédiatement autour de la table.
Selen avait tiré légèrement ses manches vers le bas pendant le repas sans même sembler s’en rendre compte. Ses doigts restaient crispés autour de son verre depuis plusieurs minutes maintenant.
Ren suivit discrètement le mouvement.
Puis plus doucement :
— Ça fait mal… ?
Selen releva légèrement les yeux vers lui.
Le battement vibra faiblement dans la poitrine de Lythra.
Puis elle répondit après quelques secondes :
— Pas tout le temps.
Sa voix semblait calme.
Mais ses doigts tremblèrent légèrement lorsqu’elle reposa son verre sur la table.
Le feu crépitait doucement.
Personne ne parla immédiatement.
Puis Kael murmura finalement :
— Elle entend encore le dormeur parfois.
Le silence sembla aspirer toute la chaleur de la pièce.
Même Ren ne trouva rien à répondre cette fois.
Torvan détourna lentement les yeux vers les fissures rouges visibles derrière les grandes vitres.
Le battement vibra faiblement sous le monde.
Puis il souffla finalement :
— Donc pendant qu’on traversait des villages en pensant vous retrouver dans des ruines…
vous étiez réellement en train de descendre dans quelque chose d’encore pire.
Personne ne répondit.
Parce qu’il avait compris.
Le feu projetait des reflets rouges sur leurs visages fatigués maintenant.
Puis Ren observa lentement la table.
Les silences plus longs qu’avant.
Les regards qui se perdaient parfois sans raison.
La manière dont Kael vérifiait constamment les fenêtres.
Le calme étrange de Vaelith.
Selen qui sursautait au moindre bruit d’eau venant de dehors.
Puis il releva finalement les yeux vers Lythra.
Et cette fois…
son sourire avait presque disparu.
— Vous avez vraiment changé là-bas…
Le battement vibra encore sous le monde.
Et dans le reflet rouge des vitres…
Lythra comprit qu’il avait raison.
Le vent soufflait encore doucement autour de la terrasse suspendue.
Au loin, les lumières de la capitale dérivaient entre les arches blanches pendant que les fissures rouges pulsaient faiblement dans les nuages au-dessus du palais.
Personne ne parlait vraiment maintenant.
Même Ren gardait les yeux fixés vers les profondeurs sous la ville.
Puis soudain...
BOOM.
Le battement traversa la terrasse entière.
Les lanternes suspendues vibrèrent brutalement.
Une onde parcourut les arches du palais.
Et plusieurs oiseaux s’envolèrent brusquement des jardins suspendus plus bas.
Le souffle de Lythra se coupa immédiatement.
Cette fois…
ce n’était pas juste une sensation.
Tout le royaume venait réellement de trembler.
Puis Ren releva brusquement la tête.
— Ah non.
Non non non.
Ça c’était beaucoup trop réel pour être ignoré.
Kael recula immédiatement d’un pas vers les portes de la terrasse.
— Je déteste absolument tout ce qui se passe depuis qu’on est arrivés ici.
Le battement vibra encore faiblement sous le monde.
Puis les lumières d’une passerelle au loin vacillèrent brutalement avant de revenir.
Le silence explosa autour du groupe.
Même Torvan regardait maintenant les profondeurs sous le palais avec une expression beaucoup plus dure.
Puis il souffla entre ses dents :
— Le truc sous le sanctuaire…
il peut vraiment atteindre jusqu’ici.
Vaelith ne répondit pas immédiatement.
Le vent soulevait légèrement son manteau noir maintenant.
Puis très calmement :
— Oui.
Le ventre de Lythra se noua brutalement.
Parce qu’il n’essayait même plus de minimiser.
Puis Ren regarda les fissures rouges au-dessus du royaume.
Et malgré sa manière habituelle de plaisanter…
sa voix semblait réellement plus basse maintenant.
— Donc tout ça…
c’est pas “un problème qui approche”.
Le battement vibra faiblement sous le monde.
Puis il murmura :
— C’est déjà en train d’arriver.
Le silence retomba lourdement autour de la terrasse.
Et personne ne trouva quoi répondre.
Parce qu’au fond…
ils venaient tous de comprendre exactement la même chose.
Plus tard, lorsqu’ils retournèrent finalement à l’intérieur, l’auberge semblait étrangement silencieuse.
Le feu brûlait encore dans la grande salle maintenant vide.
La pluie avait totalement cessé.
Et les lumières rouges du ciel traversaient les immenses vitres comme un reflet de blessure sur les murs.
Lythra s’était légèrement éloignée du groupe sans vraiment s’en rendre compte.
Elle observait le palais au loin.
Encore.
Toujours.
Le battement vibra faiblement dans sa poitrine.
Puis une voix résonna derrière elle :
— Tu vas finir par traverser la vitre à force de regarder là-bas.
Torvan.
Lythra tourna légèrement les yeux vers lui.
Il s’approcha lentement avant de s’arrêter près des fenêtres.
Le silence resta quelques secondes entre eux.
Puis il souffla finalement :
— Donc…
c’est là que tu vas vivre maintenant.
Le ventre de Lythra se noua légèrement.
Puis elle murmura :
— Peut-être.
Torvan eut un rire bref.
Fatigué.
— “Peut-être”.
Le feu crépitait doucement derrière eux.
Puis il continua en regardant le palais :
— Tu sais que c’est une idée catastrophique, hein.
Un très léger sourire traversa les lèvres de Lythra.
— Ça aide énormément merci.
— Je suis sérieux.
Le battement vibra encore sous le monde.
Puis Torvan croisa finalement les bras avant de reprendre :
— Les nobles.
Les mensonges.
Le faux nom.
Le type inquiétant qui ouvre des seuils.
Il lança un regard rapide vers Vaelith plus loin dans la pièce.
— Franchement ton plan devient de pire en pire à chaque fois qu’on m’explique des détails.
Lythra laissa échapper un petit rire fatigué malgré elle.
Puis le silence retomba doucement.
Et pendant quelques secondes…
Torvan observa simplement le palais au loin.
Puis sa voix changea légèrement lorsqu’il reprit :
— Mais t’y vas quand même.
Ce n’était pas une question.
Le ventre de Lythra se serra doucement.
Puis elle acquiesça lentement.
Le vent souffla faiblement contre les vitres.
Et Torvan resta silencieux plusieurs secondes avant de souffler entre ses dents :
— Évidemment.
Le battement vibra encore dans la poitrine de Lythra.
Puis il ajouta sans la regarder :
— Alors essaye au moins de revenir entière cette fois.
Le silence sembla devenir plus lourd immédiatement.
Parce que sous toute son ironie…
sous toute son agressivité…
c’était réellement ça qu’il essayait de dire depuis son arrivée.

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