Chapitre 5

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Le soir même, Alpine fut contrainte d'assister à un nouveau dîner officiel.

Depuis son plus jeune âge, elle avait appris à sourire dans ce genre de réception. À écouter. À hocher la tête au bon moment. À donner l'impression qu'elle suivait chacune des conversations alors qu'en réalité, la plupart d'entre elles se ressemblaient tellement qu'elle aurait été incapable de dire qui avait prononcé quoi une heure plus tard.

La salle de réception occupait tout un étage du palais. D'immenses fenêtres ouvertes sur la nuit permettaient d'apercevoir les jardins suspendus plusieurs dizaines de mètres plus bas. Les lustres de cristal diffusaient une lumière dorée qui se reflétait sur les colonnes de marbre blanc. Entre les tables, des musiciens jouaient une mélodie douce que personne n'écoutait réellement.

Autour d'elle, les conversations allaient bon train.

Des nobles évoquaient des récoltes exceptionnelles dans les provinces de l'ouest. D'autres débattaient d'accords commerciaux. Plus loin, deux femmes comparaient les résultats scolaires de leurs enfants avec un sérieux presque comique. Tout semblait normal. Trop normal.

Parce qu'à chaque fois qu'Alpine observait cette salle, une impression revenait.

Celle d'assister à une pièce de théâtre.

Les sourires semblaient parfaits.

Les gestes parfaitement maîtrisés.

Les mots soigneusement choisis.

Et pourtant...

elle remarquait de plus en plus les fissures cachées derrière cette façade.

Un conseiller qui se taisait brusquement lorsqu'elle approchait.

Un regard échangé trop rapidement.

Une phrase interrompue au mauvais moment.

Des détails.

Toujours des détails.

Mais ils s'accumulaient.

Son regard dériva vers les grandes fenêtres ouvertes sur la nuit.

Au loin, l'académie brillait encore.

Des centaines de fenêtres éclairaient les bâtiments suspendus.

Des silhouettes traversaient parfois les passerelles reliant les différentes ailes.

Même à cette distance, l'endroit paraissait vivant.

Et pendant quelques secondes, Alpine se demanda à quoi ressemblait réellement cette vie.

Pas celle des nobles.

Pas celle des héritiers.

La vie ordinaire.

Les amitiés.

Les disputes.

Les cours.

Les rêves.

Puis une pensée traversa son esprit.

La fille du marché.

Encore.

Toujours.

Cette inconnue revenait sans cesse.

Comme un souvenir qu'elle n'avait pourtant jamais vécu.

Et plus elle essayait d'oublier ce visage, plus son esprit semblait s'y accrocher.

Puis une phrase attira soudain son attention.

"... les fondations anciennes..."

Le mot la fit immédiatement revenir à la conversation.

Deux hommes parlaient à voix basse quelques places plus loin.

L'un d'eux semblait nerveux.

L'autre jetait régulièrement des regards autour de lui.

"... activité inhabituelle..."

"... impossible de continuer à cacher..."

Puis l'un d'eux remarqua qu'Alpine les observait.

Le silence tomba immédiatement.

Brutalement.

Comme une porte que l'on claque.

Une seconde plus tard, ils parlaient déjà d'autre chose.

De vin.

De commerce.

D'un sujet parfaitement inoffensif.

Mais le mal était fait.

Parce qu'Alpine avait vu leurs visages.

Et surtout...

elle avait vu leur peur.

Le lendemain, Lythra retourna dans les jardins.

Elle n'avait pas vraiment prévu de le faire.

Ses pas l'y avaient conduite presque naturellement.

Comme si son esprit avait besoin de revenir observer cet endroit avant d'y entrer définitivement.

Le jardin était plus animé que la veille.

Des étudiants occupaient pratiquement tous les bancs. Certains travaillaient déjà malgré les derniers jours de liberté. D'autres profitaient simplement du soleil. Les allées résonnaient d'éclats de voix, de rires et du bruit régulier des fontaines.

Lythra finit par s'installer sous un arbre aux feuilles argentées.

De là, elle pouvait voir une grande partie de l'esplanade principale.

Et très vite...

quelque chose attira son attention.

Une longue table de pierre occupait le centre d'une terrasse voisine.

Une dizaine d'étudiants y étaient installés.

Ils mangeaient.

Parlaient.

Riaient.

Rien d'extraordinaire.

Et pourtant, Lythra ne parvenait pas à détourner les yeux.

Parce qu'il y avait une place vide.

Une seule.

Au milieu d'eux.

Personne ne semblait y prêter attention.

Mais à plusieurs reprises, quelqu'un tournait instinctivement la tête vers cette chaise avant de reprendre sa conversation.

Comme si la personne qui s'y asseyait habituellement allait arriver d'un instant à l'autre.

Puis finalement, une jeune fille surgit au bout de l'allée.

Essoufflée.

Les cheveux en bataille.

Elle tenait trois livres contre sa poitrine et semblait avoir traversé la moitié de la capitale en courant.

— Je suis en retard !

— Tu crois ?

— J'avais pas vu l'heure.

— Comme hier.

— Et avant-hier.

— Et la semaine dernière.

La jeune fille s'effondra sur la chaise vide.

Immédiatement.

La conversation reprit comme si rien ne s'était passé.

Comme si une pièce manquante venait simplement de retrouver sa place.

Lythra resta silencieuse.

Le regard fixé sur ce groupe.

Sur cette table.

Sur cette place vide qui ne l'était plus.

Et quelque chose se serra doucement dans sa poitrine.

Parce qu'elle comprenait ce qu'elle regardait.

Pas un repas.

Pas un groupe d'étudiants.

Une appartenance.

La certitude de savoir où s'asseoir.

Avec qui manger.

Qui viendrait vous attendre si vous étiez en retard.

Qui garderait votre place libre.

Une chose tellement simple.

Et pourtant...

Lythra n'avait jamais vraiment connu cela.

Le vent traversa doucement les branches au-dessus de sa tête.

Les feuilles argentées frémirent dans la lumière du matin.

Et pendant un instant, elle se surprit à imaginer une autre table.

Une autre chaise.

Une place qui l'attendrait peut-être un jour.

Puis elle secoua légèrement la tête.

Parce qu'avant de rêver à cela...

elle devait déjà réussir à devenir Alba.

Alors qu'elle longeait l'une des grandes galeries circulaires, plusieurs voix attirèrent son attention.

Deux étudiants étaient assis à même le sol contre une colonne.

L'un d'eux tenait un livre ouvert sur ses genoux.

L'autre semblait au bord du désespoir.

— Je comprends rien.

— Tu comprends jamais rien.

— Merci pour ton aide.

— De rien.

— Sérieusement.

— Sérieusement, ouvre le chapitre trois.

— J'ai ouvert le chapitre trois.

— Alors ouvre-le avec tes yeux.

Le second lui lança un regard assassin.

Le premier éclata de rire.

Lythra poursuivit son chemin.

Mais elle entendait encore leurs protestations derrière elle.

Et malgré elle...

un sourire apparut sur ses lèvres.

Un peu plus loin, près d'une rambarde suspendue au-dessus du vide, trois étudiantes observaient les jardins inférieurs.

L'une d'elles paraissait profondément scandalisée.

— Je refuse.

— Tu refuses quoi ?

— Les cours commencent dans quatre jours.

— Oui.

— C'est beaucoup trop tôt.

— Ça fait deux mois que tu ne fais rien.

— Exactement.
Je commençais à devenir excellente dans cette discipline.

Les deux autres éclatèrent de rire.

Puis l'une d'elles attrapa le bras de son amie.

— Tu dis ça maintenant mais dans une semaine tu vas déjà râler parce que tu t'ennuies.

— C'est faux.

— Tu as dit exactement la même chose l'année dernière.

— Je suis victime d'un complot.

Plus tard, devant un panneau d'affichage couvert d'annonces, deux garçons débattaient avec une intensité absurde.

— Je te dis que le club d'exploration est mieux.

— Le club d'astronomie.

— Exploration.

— Astronomie.

— Exploration.

— Astronomie.

— Pourquoi ?

— Parce qu'il y a moins de risques de mourir.

Le silence tomba quelques secondes.

Puis le premier haussa les épaules.

— C'est un argument acceptable.

Et ça peut même servir l'émotion de Lythra.

Par exemple :

Près d'une arche couverte de lierre, une jeune fille traversa soudain la galerie en courant.

— Désolée ! Désolée ! Désolée !

Un groupe d'étudiants leva immédiatement la tête.

— T'es encore en retard !

— Je sais !

— Ça fait trois ans que tu es en retard !

— Et pourtant vous continuez à m'attendre !

— On a essayé de partir sans toi une fois.

— Et ?

— Tu nous as retrouvés.

— Exactement.

Les autres éclatèrent de rire.

Puis l'un d'eux lui tendit simplement une place libre à côté de lui.

Comme si cela avait toujours été prévu.

Comme si cette place lui appartenait déjà.

Lythra ralentit légèrement.

Ses yeux restèrent quelques secondes sur ce groupe.

Sur cette chaise.

Sur la facilité avec laquelle ils semblaient exister ensemble.

Puis elle reprit sa marche.

Et cette fois, la sensation qui traversa sa poitrine n'était ni de la jalousie ni de la tristesse.

C'était autre chose.

Une question.

Petite.

Fragile.

Presque effrayante.

Et si un jour quelqu'un gardait une place pour elle aussi ?

Lythra continuait d'observer les panneaux d'affichage.

Ils recouvraient presque entièrement le mur de pierre blanche qui longeait la galerie. Certaines annonces étaient anciennes, leurs coins légèrement cornés par le temps et le vent. D'autres semblaient avoir été accrochées le matin même. Des dizaines de feuilles se superposaient, proposant des clubs, des activités, des compétitions ou des projets dont elle n'avait parfois même jamais entendu parler.

Elle en lisait une.

Puis une autre.

Puis une troisième.

Sans réellement savoir ce qu'elle cherchait.

Peut-être simplement une excuse pour rester là.

Pour observer.

Pour repousser encore un peu le moment où elle devrait rentrer à l'auberge.

Autour d'elle, l'académie continuait de vivre.

Des étudiants passaient dans les galeries.

Certains marchaient seuls, plongés dans leurs pensées. D'autres avançaient en groupes, discutant avec animation. Des rires éclataient parfois avant de disparaître plus loin sous les arches suspendues. Le bruit des conversations se mélangeait au vent qui circulait entre les bâtiments et au chant lointain des fontaines.

Puis elle entendit une voix derrière elle.

— Je te l'avais dit.

Une seconde voix répondit immédiatement.

— Tais-toi.

— Non.

— Si.

— Non.

— Si.

Lythra continua de regarder les affiches.

Jusqu'à ce qu'un troisième soupir résonne.

Un soupir long.

Très long.

Le genre de soupir d'une personne habituée à supporter deux idiots.

— Vous êtes impossibles.

Cette fois, la curiosité l'emporta.

Elle tourna légèrement la tête.

Trois étudiants se tenaient quelques mètres derrière elle.

Une jeune fille aux cheveux roux bouclés croisait les bras contre sa poitrine tout en regardant les deux garçons qui l'accompagnaient avec un mélange d'exaspération et d'affection.

Le premier était blond.

Plutôt grand.

Trois livres étaient serrés contre lui comme s'il craignait que quelqu'un tente de les lui voler.

Le second avait les cheveux bruns coupés assez courts et une posture beaucoup plus détendue. Il était appuyé contre une colonne, les bras croisés, observant la scène avec un calme presque amusé.

Et tous les trois...

la regardaient.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

Cette réaction devenait presque automatique.

Dès que quelqu'un lui accordait un peu trop d'attention, son esprit imaginait le pire.

Est-ce qu'ils savaient quelque chose ?

Est-ce qu'elle avait fait une erreur ?

Est-ce qu'ils avaient remarqué quelque chose d'étrange ?

Puis la jeune fille poussa un nouveau soupir avant de secouer la tête.

— Je vais finir par les jeter dans une fontaine.

— Tu dis ça souvent.

— Parce que j'y pense souvent.

— C'est rassurant.

La jeune fille leva les yeux au ciel.

Puis, avant que Lythra ne comprenne réellement ce qui se passait, elle se dirigea droit vers elle.

Le cœur de Lythra accéléra aussitôt.

Une partie d'elle envisagea sérieusement de partir.

Maintenant.

Tout de suite.

Mais ce serait étrange.

Très étrange.

Alors elle resta immobile.

La jeune fille s'arrêta finalement devant elle.

— Salut.

— Euh... salut.

— Tu es nouvelle ?

La question arriva si vite que le mensonge se prépara presque automatiquement dans son esprit.

Elle sentait déjà Alba prendre sa place.

Comme une seconde peau qu'elle n'avait pas encore appris à porter correctement.

— Oui.

Le sourire de la jeune fille s'élargit.

— Moi aussi. Enfin ca fait quatre mois que je suis ici. Mais nouvelle quand même.

Le soulagement fut si brutal que Lythra resta silencieuse une seconde de trop.

— Ah...

— Tu vois ?

La rousse désigna les deux garçons derrière elle.

— Eux non.

— On t'entend très bien, répondit immédiatement le blond.

— Tant mieux.

— Tu es méchante.

— Je suis honnête.

Les deux garçons finirent par les rejoindre.

Le blond leva immédiatement une main.

— Elior.

Puis il désigna son voisin.

— Lui c'est Vercin.

— J'étais capable de parler tout seul.

— Je sais.

— Alors pourquoi tu l'as fait ?

— Parce que c'était drôle.

Vercin soupira.

Un soupir profondément résigné.

Comme si cette conversation se produisait plusieurs fois par jour.

Puis la jeune fille posa une main sur sa poitrine.

— Et moi c'est Nara.

Le silence retomba quelques secondes.

Pas un silence gênant.

Juste le temps normal d'une présentation.

Puis Nara sourit.

Un sourire simple.

Naturel.

Sans arrière-pensée.

— Et toi ?

Et aussitôt, le combat recommença.

Lythra.

Alba.

Lythra.

Alba.

Lythra.

Alba.

Son cœur accéléra légèrement.

Le temps d'un battement.

Puis elle se força à répondre.

— Alba.

Le prénom lui sembla encore étrange.

Comme s'il appartenait à quelqu'un d'autre.

Comme si elle venait d'enfiler un masque devant eux.

Mais aucun des trois ne réagit.

Personne ne sembla remarquer son hésitation.

Pour eux, elle était simplement Alba.

Une nouvelle étudiante parmi des centaines d'autres.

— Tu regardais les panneaux depuis longtemps ? demanda Elior.

— Peut-être.

— Mauvaise idée.

— Pourquoi ?

— Parce qu'il y en a beaucoup trop.

Vercin hocha immédiatement la tête.

— Là-dessus il a raison.

— Merci.

— C'est la première fois de l'année, profite.

— Je vais encadrer ce moment.

Nara éclata de rire.

— Sérieusement, continua Vercin en désignant les affiches. Tu commences par lire un panneau. Puis un deuxième. Puis un troisième. Puis soudain tu te retrouves inscrit dans cinq clubs sans comprendre comment c'est arrivé.

— Ça m'est arrivé une fois, protesta Elior.

— Trois fois.

— Deux.

— Trois.

— Deux et demi.

— Comment tu t'inscris dans un demi-club ?

— Longue histoire.

— C'était ridicule.

— C'était héroïque.

Nara secoua la tête.

— C'était ridicule.

Malgré elle, un rire échappa à Lythra.

Petit.

Bref.

Mais sincère.

Et ce rire la surprit presque autant que les trois étudiants.

Parce que pendant quelques secondes...

elle avait oublié.

Oublié le palais.

Oublié Alpine.

Oublié la reine.

Oublié même Alba.

Elle riait simplement avec trois étudiants rencontrés quelques minutes plus tôt.

Comme si elle appartenait déjà un peu à cet endroit.

— Tu vois ? annonça immédiatement Elior en pointant un doigt triomphant vers elle.

— Quoi encore ?

— Elle rit à mes blagues.

— C'était pas ta blague.

— Détail.

— Ça n'est absolument pas un détail.

— Je choisis de ne pas être d'accord.

Nara leva les yeux au ciel.

Vercin soupira encore.

Et pour la première fois depuis son arrivée dans la capitale, Lythra sentit quelque chose se détendre au fond de sa poitrine.

Quelque chose qu'elle n'avait même pas remarqué porter.

Parce qu'au milieu des mensonges, des peurs et des secrets...

elle venait simplement de rencontrer trois personnes.

Et cela ressemblait peut-être au début de quelque chose.

La conversation avec Nara, Elior et Vercin se poursuivit encore plusieurs minutes après les présentations.

Enfin...

surtout entre eux trois.

Parce que Lythra passait la plupart de son temps à écouter.

À observer.

À découvrir.

Plus elle les regardait interagir, plus elle avait l'impression qu'ils se connaissaient depuis toujours.

Ils terminaient parfois les phrases des autres.

Se coupaient constamment la parole.

Revenaient sur une conversation abandonnée plusieurs minutes plus tôt comme si rien ne s'était passé.

Et surtout...

ils semblaient parfaitement naturels.

Comme si aucun d'eux n'avait besoin de réfléchir avant de parler.

Cette simplicité fascinait presque Lythra.

Puis Nara se redressa brusquement.

— Attends.

— Quoi ? demanda Elior.

— Tu as récupéré ta chambre ?

Lythra cligna des yeux.

— Ma chambre ?

— Oui.

— Euh...

Non.

Un silence tomba.

Puis Nara la regarda.

Puis Elior.

Puis Vercin.

Puis à nouveau Lythra.

— Alba.

— Oui ?

— Les cours commencent bientôt.

— Oui.

— Et tu n'as toujours pas récupéré ta chambre ?

— ...

— Alba.

— J'étais occupée.

— À faire quoi ?

— Regarder des panneaux.

Elior éclata immédiatement de rire.

Vercin se passa une main sur le visage.

— Elle va très bien s'intégrer finalement.

— C'est exactement ce que je pensais.

Avant que Lythra ne puisse protester davantage, Nara attrapa son poignet.

— Viens.

— Où ?

— À l'accueil.

— Je peux y aller seule.

— Oui.

— Donc...

— Je viens quand même.

Et sans lui laisser réellement le choix, Nara commença à l'entraîner à travers les galeries.

Le bâtiment administratif occupait une aile entière de l'académie.

Plus elles approchaient, plus le nombre d'étudiants augmentait.

Des files d'attente serpentaient entre les colonnes.

Des employés transportaient des piles de dossiers.

Des professeurs traversaient les couloirs avec l'air de personnes déjà épuisées alors que les cours n'avaient même pas commencé.

Nara semblait connaître l'endroit parfaitement.

Elle saluait certaines personnes.

Évitait naturellement les passages encombrés.

Et continuait de parler sans interruption.

— Les chambres sont généralement bien.

— Généralement ?

— Oui.

— Pourquoi généralement ?

— Parce que certaines donnent sur les jardins.

— Et les autres ?

— Sur le mur.

Lythra tourna lentement la tête.

— Le mur ?

— Le mur.

— Il y a vraiment des chambres qui donnent sur un mur ?

— Oui.

— C'est horrible.

— Je sais.

Puis Nara sourit.

— Mais toi tu es nouvelle.

— Oui.

— Donc tu vas sûrement avoir de la chance.

— C'est logique.

— Non.

— Ah.

— Ici rien n'est logique.

Quelques minutes plus tard, elles atteignirent finalement le comptoir principal.

Une femme aux cheveux gris feuilletait plusieurs registres.

Nara se pencha légèrement vers Lythra.

— À partir de maintenant je te laisse parler.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

— Merci.

— De rien.

— Tu es horrible.

— Je sais.

La femme leva finalement les yeux.

— Nom ?

Le cœur de Lythra accéléra.

Juste un peu.

Toujours.

— Alba Virel.

La femme consulta rapidement plusieurs pages.

Puis hocha la tête.

— Chambre 412.

Elle ouvrit un tiroir.

En sortit une petite clé argentée.

Et la posa sur le comptoir.

— Quatrième étage.

Aile nord.

Bonne journée.

Et ce fut tout.

Aucune vérification supplémentaire.

Aucune question.

Aucun soupçon.

Comme si Alba existait réellement.

Quelques minutes plus tard, elles gravissaient les escaliers.

Puis un autre.

Puis encore un autre.

Le quatrième étage semblait beaucoup plus calme que le reste du bâtiment.

Les couloirs étaient larges.

Traversés par une lumière douce provenant d'immenses fenêtres ouvertes sur la capitale.

Des tapis aux couleurs de l'académie recouvraient une partie du sol.

Et plusieurs portes identiques s'alignaient le long des murs.

— 408.

— 409.

— 410.

— 411.

Nara s'arrêta.

Puis pointa la porte devant elles.

— Voilà.

Lythra regarda le numéro.

Son estomac se noua légèrement.

Parce que cette fois...

c'était réel.

Plus réel encore que les papiers.

Plus réel encore que le faux nom.

Cette chambre allait devenir sa chambre.

Elle introduisit lentement la clé dans la serrure.

Le métal tourna.

Puis la porte s'ouvrit.

La pièce était plus grande qu'elle ne l'avait imaginé.

Une immense fenêtre occupait presque tout le mur du fond.

La lumière inondait la chambre.

Deux lits faisaient face à face.

Plusieurs étagères étaient intégrées directement dans la pierre blanche.

Un bureau occupait un coin de la pièce.

Et depuis la fenêtre...

on apercevait une partie des jardins suspendus ainsi qu'une portion du palais.

Lythra resta quelques secondes immobile.

Simplement à regarder.

Puis Nara entra naturellement.

Comme si la chambre lui appartenait aussi.

Comme si elles se connaissaient depuis plusieurs années.

Elle traversa immédiatement la pièce.

S'assit sur l'un des lits.

Et annonça :

— Bon.

— Bon quoi ?

— Je valide.

— Tu valides ma chambre ?

— Oui.

— Pourquoi ?

— Quelqu'un doit le faire.

Lythra secoua la tête.

Un sourire apparaissant malgré elle.

Puis soudain...

la porte s'ouvrit à nouveau.

Sans prévenir.

Une autre jeune femme entra directement dans la chambre.

Brune.

Grande.

Un sourire éclatant déjà accroché aux lèvres.

Comme si elle vivait ici depuis toujours.

Nara leva immédiatement les yeux au ciel.

— Évidemment.

— Bonjour à toi aussi.

— Pourquoi tu es là ?

— Quelle agressivité.

La nouvelle venue se tourna alors vers Lythra.

— Oh.

Nouvelle ?

— Oui.

— Moi c'est Maëna.

Puis elle désigna Nara.

— Et elle fait semblant d'être méchante mais en réalité elle m'adore.

— Je préférerais tomber d'une passerelle.

— Tu vois ?

— Ça ne veut rien dire.

Maëna éclata de rire avant de s'asseoir directement sur le second lit.

Comme si personne ne l'avait invitée.

— Ton frère m'a dit que tu traînais ici.

— Évidemment.

— Il est adorable.

— Non.

— Si.

— Non.

— Si.

Lythra regarda alternativement les deux jeunes femmes.

Complètement perdue.

Et Nara remarqua immédiatement son expression.

Elle poussa un long soupir.

— C'est la petite amie de mon frère.

— Future belle-sœur.

— Certainement pas.

— Tu dis ça à chaque fois.

— Parce que c'est vrai à chaque fois.

Maëna posa une main dramatique sur sa poitrine.

— Elle ne m'a jamais aimée.

— Tu as eu combien de petits amis avant lui déjà ?

— Je ne vois pas le rapport.

— Donc beaucoup.

— Ce n'est pas une réponse.

— C'est une réponse.

— Pas du tout.

— Si.

Lythra sentit un rire lui échapper malgré elle.

Et pour la première fois depuis qu'elle avait ouvert la porte de la chambre 412...

celle-ci commença doucement à ressembler à autre chose qu'un simple dortoir.

Peut-être même...

au début d'un foyer.

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