Chapitre 7

17 minutes de lecture

La salle de magie élémentaire aquatique se trouvait dans l'une des ailes les plus anciennes de l'académie.

Contrairement aux salles de théorie, celle-ci avait été construite autour de la pratique.

D'immenses bassins occupaient plusieurs niveaux de la pièce. Des canaux traversaient le sol de pierre blanche avant de disparaître sous les murs. Une eau parfaitement claire circulait lentement dans tout le bâtiment, alimentée par des mécanismes magiques invisibles.

La lumière du matin traversait de hautes verrières bleutées et projetait des reflets mouvants sur les colonnes.

Toute la salle semblait respirer au rythme de l'eau.

Alpine était déjà installée lorsque les autres étudiants commencèrent à arriver.

Comme toujours.

Parce qu'elle préférait arriver avant tout le monde.

Parce qu'elle détestait entrer dans une salle pleine.

Parce qu'elle détestait sentir tous les regards se tourner vers elle.

Elle gardait les yeux fixés sur son bureau.

Sur son cahier.

Sur sa plume.

N'importe quoi.

Tout plutôt que les autres élèves.

Derrière la porte ouverte, un homme se tenait immobile.

Grand.

Silencieux.

Une main posée sur la garde de son arme.

Son garde du corps.

Encore.

Toujours.

Même ici.

Même à l'académie.

Même pendant les cours.

Il n'entrait jamais dans la salle.

Les règles de l'établissement l'interdisaient.

Mais il restait juste derrière la porte.

Assez près pour intervenir.

Assez loin pour ne pas déranger le cours.

Alpine savait qu'il était là sans avoir besoin de regarder.

Elle sentait sa présence.

Comme une ombre constante.

Comme un rappel permanent de ce qu'elle était.

Ou plutôt...

de ce qu'elle représentait.

Les premiers étudiants commencèrent à entrer.

Des groupes déjà formés.

Des amis.

Des camarades.

Des élèves qui se connaissaient depuis des années.

Plusieurs saluèrent leurs proches.

D'autres s'installèrent en continuant une conversation commencée dans le couloir.

Puis certains aperçurent Alpine.

Et leurs regards changèrent.

Pas tous.

Jamais tous.

Mais suffisamment.

Toujours suffisamment.

Une fille murmura quelque chose à son voisin.

Le garçon sourit.

Puis détourna les yeux.

Un autre groupe passa devant son bureau.

Trop près.

Volontairement.

— Fais attention.

— Pourquoi ?

— Tu pourrais déranger sa majesté.

Quelques rires étouffés.

Alpine baissa les yeux sur son cahier.

Ses doigts se crispèrent légèrement autour de sa plume.

Elle avait entendu.

Bien sûr qu'elle avait entendu.

Ils savaient qu'elle entendait.

C'était précisément pour cela qu'ils le faisaient.

Elle inspira lentement.

Puis expira.

Ne rien dire.

Ne pas réagir.

C'était plus simple.

Toujours.

Quelques minutes plus tard, d'autres élèves arrivèrent.

Une fille blonde lança un regard en direction de la porte.

Puis vers le garde.

Puis vers Alpine.

— Tu crois qu'il va nous arrêter si on emprunte sa plume ?

Son amie étouffa un rire.

— Seulement s'il estime que c'est une menace pour le royaume.

Les deux éclatèrent discrètement de rire.

Alpine continua de fixer son cahier.

Ses mains commençaient déjà à trembler.

Très légèrement.

Presque imperceptiblement.

Mais elle le sentait.

Comme à chaque fois.

Comme toujours.

Les remarques n'étaient jamais vraiment graves.

Jamais assez pour justifier une plainte.

Jamais assez pour que les professeurs interviennent.

C'était justement ce qui les rendait efficaces.

Une accumulation.

Une goutte.

Puis une autre.

Puis une autre encore.

Jour après jour.

Semaine après semaine.

Année après année.

Une voix masculine s'éleva quelques rangées derrière elle.

— Tu sais ce qui est drôle ?

— Quoi ?

— Elle pourrait probablement faire exclure n'importe lequel d'entre nous.

— Et pourtant elle ne le fait jamais.

— Exactement.

Le garçon marqua une pause.

— Je me demande pourquoi.

Alpine sentit ses épaules se raidir.

Elle connaissait déjà la réponse.

Elle l'avait entendue des dizaines de fois.

Peut-être même des centaines.

— Parce qu'elle sait qu'elle ne réussirait pas à se faire des amis autrement.

Des rires.

Encore.

Toujours.

Elle fixa les lignes vides de son cahier.

Ses mains tremblaient davantage maintenant.

Elle tenta discrètement de les cacher sous la table.

Personne ne devait voir.

Surtout pas eux.

Surtout pas aujourd'hui.

Puis le professeur entra.

Et immédiatement le silence retomba.

Un vrai silence.

Pas celui des moqueries étouffées.

Pas celui des conversations qui diminuent.

Le silence d'une salle qui se sait observée.

Maître Aurel avançait avec assurance.

Une longue veste bleu océan flottait derrière lui tandis qu'il traversait la pièce.

Son regard parcourut brièvement les étudiants.

Puis les bassins.

Puis les canaux.

Comme s'il vérifiait instinctivement que tout était à sa place.

— Bonjour.

Sa voix résonna au-dessus de l'eau.

— Aujourd'hui, nous allons poursuivre notre étude de la manipulation élémentaire aquatique.

Alpine sentit immédiatement quelque chose changer en elle.

Les moqueries étaient toujours là.

Les regards aussi.

Mais le cours commençait.

Et lorsque le cours commençait...

elle avait enfin quelque chose sur quoi se concentrer.

Quelque chose de concret.

Quelque chose qui ne jugeait pas.

Le professeur leva une main.

L'eau d'un des bassins s'éleva lentement dans les airs.

Une immense sphère translucide se forma au centre de la salle.

Des centaines de reflets bleutés dansaient sur les murs.

— La plupart des apprentis commettent la même erreur.

Ils cherchent à contrôler l'eau.

La sphère tourna lentement sur elle-même.

— Mais l'eau ne se contrôle pas. Elle se guide.

Alpine releva les yeux.

Malgré elle.

Comme toujours.

Parce qu'elle aimait réellement cette matière.

Parce qu'au milieu de toutes les obligations.

De toutes les attentes.

De tous les regards.

La magie restait l'une des rares choses qui lui appartenait encore.

Le professeur poursuivit son explication.

Et peu à peu, les voix des autres élèves disparurent.

Les rires.

Les remarques.

Les chuchotements.

Tout s'éloigna.

Il ne resta plus que l'eau.

Les mouvements fluides de la sphère.

Les explications du professeur.

Et la concentration d'Alpine.

Ses mains tremblaient toujours.

Mais lorsqu'elle commença à prendre des notes, le mouvement diminua légèrement.

Puis encore.

Puis encore.

Parce que son attention n'était plus tournée vers les autres.

Elle était tournée vers le cours.

Vers l'eau.

Vers la magie.

Et pendant quelques précieuses minutes...

elle réussit presque à oublier qu'elle était une princesse.

Presque à oublier les regards.

Presque à oublier le garde derrière la porte.

Presque à oublier la solitude.

Presque.

Mais seulement presque.

La cloche résonna dans toute l'aile de l'académie.

Aussitôt, les portes s'ouvrirent les unes après les autres et les couloirs commencèrent à se remplir. Les conversations reprirent comme si elles n'avaient jamais été interrompues. Des dizaines d'étudiants traversaient les galeries suspendues dans toutes les directions. Certains rejoignaient déjà leurs amis. D'autres se dirigeaient vers les jardins ou les terrasses extérieures pour profiter de la pause.

Lythra suivait le mouvement aux côtés de Maëna.

Nara marchait devant elles.

Vercin tenait déjà un nouveau livre ouvert entre les mains malgré la foule.

Quant à Elior, il parlait beaucoup trop fort.

— Je maintiens que ce professeur préparait sa vengeance depuis des années.

— Tu ne le connaissais même pas hier, répondit Nara.

— Justement. C'est ce qui rend la chose inquiétante.

— Tu n'as pas été interrogé une seule fois.

— Il préparait son attaque.

— Elior.

— Oui ?

— Tais-toi.

— C'est excessif.

Maëna éclata de rire.

Lythra secoua doucement la tête.

Depuis le matin, elle commençait déjà à reconnaître les rôles de chacun dans le groupe.

Nara essayait de maintenir un semblant d'ordre.

Elior détruisait immédiatement ce semblant d'ordre.

Vercin observait le désastre avec résignation.

Et Maëna encourageait généralement les mauvaises idées.

Le groupe traversa une immense galerie ouverte sur les jardins suspendus.

Le vent s'engouffrait entre les arches blanches, faisant onduler les longues bannières de l'académie. Plusieurs étudiants étaient accoudés aux balustrades pour observer les bassins situés plusieurs dizaines de mètres plus bas.

Puis soudain...

une partie du couloir sembla changer.

Ce ne fut pas évident au premier regard.

Personne ne s'écarta brusquement.

Personne ne se mit au garde-à-vous.

Mais quelque chose dans les mouvements de la foule devint différent.

Plus prudent.

Plus attentif.

Les regards se détournaient.

Puis revenaient.

Puis se détournaient à nouveau.

Nara remarqua immédiatement le changement.

— Ah...

— Quoi ? demanda Maëna.

— La princesse.

Le cœur de Lythra se serra instantanément.

Elle releva la tête.

Et l'aperçut.

Alpine avançait au milieu d'un petit groupe d'étudiants.

Trois filles.

Deux garçons.

Tous vêtus des mêmes couleurs que l'académie.

Et pourtant...

elle semblait différente.

Pas à cause de ses vêtements.

Pas à cause de sa beauté.

Quelque chose d'autre.

Quelque chose dans sa manière de marcher.

Dans la façon dont les autres la regardaient.

Dans la distance invisible qui semblait exister entre elle et le reste du monde.

Derrière eux avançait un homme imposant.

Le garde.

Toujours présent.

Toujours vigilant.

Même à cette distance, il observait chaque personne croisant leur chemin.

— Ça doit être épuisant, souffla Elior.

— Quoi donc ? demanda Maëna.

— D'avoir un garde partout.

Vercin releva brièvement les yeux de son livre.

— Je suppose qu'elle n'a pas vraiment le choix.

— Je sais bien.

Elior regarda Alpine quelques secondes.

— Mais imagine.

Tu ne peux jamais marcher quelque part sans que quelqu'un te surveille.

Tu ne peux jamais être seule.

Tu ne peux jamais faire quelque chose sans que tout le monde le sache.

Nara haussa légèrement les épaules.

— C'est le prix à payer quand on est princesse.

— C'est un prix énorme.

Cette fois, personne ne répondit.

Parce qu'au fond...

ils le savaient tous.

Plus Alpine approchait, plus Lythra avait du mal à détourner les yeux.

Elle la voyait réellement pour la première fois.

Pas depuis le palais.

Pas aperçue au loin.

Pas comme une silhouette.

Comme une personne.

Elle remarqua les légères cernes sous ses yeux.

La tension discrète dans ses épaules.

Sa façon de garder les mains jointes devant elle lorsqu'elle écoutait quelqu'un parler.

Et soudain...

quelque chose lui sembla étrange.

Les autres étudiants autour d'Alpine riaient.

Discutaient.

Parlaient.

Mais Alpine, elle, parlait très peu.

Comme si elle faisait partie du groupe sans réellement en faire partie.

Comme si elle était présente...

mais légèrement en retrait.

Lythra sentit une drôle de sensation naître au creux de sa poitrine.

Une sensation qu'elle ne parvenait pas à nommer.

Puis les deux groupes arrivèrent à hauteur l'un de l'autre.

Le temps sembla ralentir.

Une seconde.

Peut-être deux.

Pas davantage.

Alpine releva légèrement la tête.

Leurs regards se croisèrent.

Et pendant cet instant minuscule...

tout le reste disparut.

Les voix.

Le vent.

Les étudiants.

Le couloir.

Lythra eut l'impression de voir quelque chose dans ses yeux.

Pas de la joie.

Pas de la colère.

Pas même de la curiosité.

Quelque chose de plus discret.

Une fatigue immense.

Une solitude qu'elle connaissait trop bien.

Puis Alpine détourna les yeux.

Le moment s'acheva.

Les deux groupes continuèrent leur chemin.

Les conversations reprirent immédiatement autour d'elle.

— J'ai entendu dire qu'elle était excellente en magie aquatique.

— J'ai entendu dire qu'elle ne supportait pas les réceptions officielles.

— J'ai entendu dire qu'elle avait refusé trois demandes de fiançailles.

— J'ai entendu dire que tu racontais n'importe quoi.

— C'est faux.

— C'est très vrai.

Lythra les entendait à peine.

Parce qu'elle regardait encore derrière elle.

La silhouette d'Alpine s'éloignait déjà parmi les autres étudiants.

Et une pensée tournait dans son esprit.

Encore.

Encore.

Encore.

Comment approcher quelqu'un comme elle ?

Comment parler à une princesse ?

Comment devenir proche d'une personne entourée de gardes, de nobles et d'attentes impossibles ?

Comment devenir son amie ?

La question lui paraissait soudain bien plus compliquée qu'elle ne l'avait imaginé.

Parce qu'il ne suffisait pas de la rencontrer.

Il fallait trouver une raison.

Une occasion.

Un point commun.

Quelque chose qui paraîtrait naturel.

Quelque chose qui ne semblerait pas forcé.

— Alba ?

Maëna venait de s'arrêter.

Lythra cligna plusieurs fois des yeux.

— Quoi ?

— Tu regardes dans le vide depuis une minute.

— Ah.

— Tu réfléchissais à quoi ?

Lythra hésita.

Puis regarda une dernière fois le bout du couloir où Alpine avait disparu.

— Je me demandais simplement...

— Oui ?

— Comment on devient ami avec quelqu'un d'aussi inaccessible.

Le silence tomba.

Puis Elior répondit immédiatement :

— En lui parlant.

— Merci pour cette sagesse incroyable.

— Je suis un homme de solutions.

— Tu es surtout un homme de problèmes, répondit Nara.

Mais malgré les rires qui suivirent...

Lythra continua d'y penser.

Parce qu'au fond d'elle, une certitude venait de naître.

Un jour.

D'une manière ou d'une autre.

Elle trouverait un moyen d'approcher Alpine.

Et lorsqu'elle y parviendrait...

elle voulait que ce soit en tant qu'Alba.

Pas en tant que princesse oubliée.

Pas en tant que sœur disparue.

Simplement comme une personne qui souhaite en connaître une autre.

Le dernier cours de la journée se trouvait dans l'aile orientale de l'académie.

À cette heure, les couloirs étaient encore animés, mais une fatigue diffuse commençait à s'installer chez les étudiants. Les conversations étaient moins bruyantes que le matin. Certains bâillaient sans même chercher à le cacher. D'autres relisaient leurs notes en marchant. Plusieurs groupes traversaient les galeries suspendues d'un pas plus lent, comme si toute l'académie avait perdu une partie de son énergie au fil des heures.

Lythra suivait Maëna, Nara, Elior et Vercin lorsque son regard tomba sur l'inscription gravée au-dessus des doubles portes.

LES DIFFÉRENTES SORTES DE MAGIE ET DÉFENSE

Le nom seul éveilla immédiatement sa curiosité.

— Celui-là a l'air intéressant, souffla Maëna.

— Tu as dit la même chose pour Voyance et Croyances.

— Parce qu'il était intéressant.

— Tu t'es endormie pendant dix minutes.

— J'écoutais avec les yeux fermés.

— Bien sûr.

Maëna ignora totalement la remarque et poussa la porte.

La salle était immense.

Lythra ralentit instinctivement.

Les murs disparaissaient presque sous les fresques qui les recouvraient. Des centaines de scènes avaient été peintes directement dans la pierre. Certaines représentaient des mages créant des objets lumineux de leurs propres mains. D'autres montraient des guérisseurs entourés de patients. Plus loin, des soldats protégeaient des villes contre des créatures surgies d'immenses fissures sombres.

Le plafond était traversé par des dizaines de rubans lumineux qui flottaient lentement dans les airs comme des aurores miniatures.

L'ensemble donnait davantage l'impression d'un musée consacré à la magie que d'une salle de cours.

— D'accord.

Maëna leva lentement la tête.

— Celle-là, je la valide complètement.

— Tu valides encore une salle ?

— Évidemment.

— Pourquoi ?

— Parce qu'on dirait l'endroit où un mage légendaire aurait caché un secret interdit.

— Tu regardes trop de récits fantastiques.

— Impossible.

Ils prirent place au milieu de la salle.

Lythra posa son sac.

Puis, presque malgré elle, son regard parcourut les rangées.

Et elle aperçut Alpine.

Quelques places plus loin.

Pas tout près.

Pas assez loin non plus pour être difficile à distinguer.

Elle était assise avec plusieurs étudiants nobles qu'elle avait déjà aperçus dans les couloirs.

Lythra la regarda quelques secondes.

Puis détourna rapidement les yeux.

Elle ne savait toujours pas comment l'approcher.

Plus elle y réfléchissait, plus cela paraissait impossible.

Comment était-elle censée devenir amie avec une princesse ?

Comment engager une conversation sans paraître étrange ?

Comment trouver une raison naturelle de l'approcher ?

Vaelith aurait trouvé.

La pensée lui arracha un sourire.

Vaelith semblait toujours capable de construire un plan à partir de rien.

Même les situations les plus absurdes finissaient entre ses mains par devenir possibles.

Lui aurait déjà trouvé une excuse.

Une stratégie.

Quelque chose.

Mais lui n'était pas là.

Elle devrait se débrouiller seule.

Le brouhaha diminua progressivement lorsqu'un homme entra dans la salle.

Il était grand.

Les épaules larges.

Des cheveux bruns striés de quelques mèches argentées.

Une longue veste noire brodée de symboles dorés tombait jusqu'à ses bottes.

Il avançait avec une assurance tranquille.

Le genre d'assurance que possèdent les personnes habituées à être écoutées.

Lorsqu'il atteignit l'estrade, le silence s'était déjà installé.

— Bonjour.

Sa voix résonna dans toute la salle.

— Je suis Maître Rhégan.

Cette année, j'assurerai votre enseignement en Différentes Sortes de Magie et Défense.

Plusieurs étudiants ouvrirent déjà leurs cahiers.

Le professeur croisa les mains derrière son dos.

— Avant de commencer, une précision importante.

Il marqua une pause.

— Ce cours est réservé aux élèves de première et de deuxième année.

Quelques regards intrigués se levèrent.

— La raison est simple. Durant vos deux premières années, personne ne vous demande encore de devenir spécialiste.

Des mots lumineux apparurent derrière lui.

Des dizaines.

Magie créatrice.

Magie élémentaire.

Enchantement.

Guérison.

Invocation.

Alchimie.

Artéfacts.

Défense.

Protection.

— Votre rôle, durant cette période, est de découvrir les possibilités qui s'offrent à vous.

Les mots flottaient lentement dans les airs.

— À partir de la troisième année, vous devrez choisir plusieurs voies d'étude qui vous accompagneront jusqu'à la fin de votre formation. Vous ne pourrez pas tout apprendre. Personne ne le peut. Notre objectif est donc de vous montrer ce qui existe. Les avantages. Les limites. Les débouchés. Les dangers.

Lythra commença à prendre des notes.

Puis le professeur leva une main.

Une robe apparut au-dessus de l'estrade.

Magnifique.

Faite de lumière et de fils scintillants.

— Commençons par la magie créatrice.

La robe tourna lentement sur elle-même.

— Une discipline souvent sous-estimée.

Création de vêtements.

D'objets.

D'outils.

D'œuvres d'art.

D'artefacts complexes.

Le sourire de Lythra apparut immédiatement.

Elle revit Vaelith.

Ses mains.

Les tissus.

Son sérieux presque ridicule lorsqu'il travaillait.

Et surtout la robe qu'il lui avait offerte.

Elle se souvenait encore de sa surprise lorsqu'elle l'avait découverte.

Pendant quelques secondes, elle n'entendit presque plus le cours.

Puis la voix du professeur la ramena à la réalité.

Les illustrations avaient changé.

La robe avait disparu.

À sa place apparaissaient désormais des remparts.

Des boucliers magiques.

Des forteresses.

Des soldats.

— La magie n'est pas uniquement un outil de création.

Le ton de Maître Rhégan s'était légèrement durci.

— Elle protège également le royaume. Les frontières. Les villes. Les populations. Les routes commerciales. Les zones isolées.

De nouvelles images apparurent. Des cartes. Des failles. Des silhouettes sombres.

Puis un mot lumineux se forma derrière lui.

SEUILS

Le souffle de Lythra se bloqua.

Sa plume s'immobilisa.

Complètement.

Autour d'elle, les autres étudiants continuaient simplement d'écouter.

Pour eux, ce n'était qu'un sujet de cours.

Une notion parmi d'autres.

Mais elle savait.

Elle savait ce que signifiait réellement ce mot.

Elle revit les lits du Collectionneur.

Les fantômes d'enfants.

Les corps qui ne se réveilleraient jamais.

Elle revit la cité de verre.

Les chaînes.

Les boulets.

Les prisonniers qui levaient les yeux vers le ciel.

Elle revit les couloirs impossibles.

Les mondes déformés.

Les cauchemars.

— Les explorateurs des seuils constituent aujourd'hui l'une des organisations les plus importantes du royaume, poursuivit le professeur.

Plusieurs étudiants semblaient fascinés.

Certains prenaient frénétiquement des notes.

— Leur mission consiste à étudier ces phénomènes. À comprendre leur fonctionnement. À limiter les risques. À protéger notre monde.

Lythra sentit son visage pâlir.

Parce qu'il parlait des seuils comme d'un sujet académique.

Comme d'une spécialité.

Comme d'un domaine de recherche.

Mais aucun livre.

Aucun cours.

Aucune théorie.

Ne pouvait réellement préparer quelqu'un à ce qu'il trouverait de l'autre côté.

— Nous consacrerons plusieurs semaines à ce sujet durant l'année.

Le professeur poursuivait.

Mais Lythra entendait à peine la suite.

Ses yeux restaient fixés sur ce mot suspendu dans les airs.

SEUILS

Et tandis que les autres élèves découvraient cette notion pour la première fois...

elle savait déjà que certaines portes ne devraient jamais être ouvertes.

Lorsque la cloche annonça la fin du cours, Lythra ne bougea pas immédiatement.

Autour d'elle, les étudiants commençaient déjà à ranger leurs affaires. Les conversations reprenaient peu à peu dans toute la salle. Des chaises raclaient le sol. Des livres se refermaient. Certains élèves débattaient déjà de ce qu'ils venaient d'apprendre tandis que d'autres se précipitaient vers la sortie.

Mais Lythra restait immobile.

Sa plume reposait toujours sur son cahier ouvert.

Et son regard était fixé sur l'endroit où le mot avait flotté quelques minutes plus tôt.

Seuils.

Le simple fait d'y repenser suffisait à lui nouer l'estomac.

Elle entendait encore la voix du professeur.

"Les explorateurs des seuils constituent aujourd'hui l'une des organisations les plus importantes du royaume."

Aujourd'hui.

Le mot résonna dans son esprit.

Aujourd'hui.

Deux mille ans plus tard.

Deux mille ans.

Elle sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine.

Parce que soudain, elle comprenait.

Ou du moins, elle croyait comprendre.

Rien n'avait changé.

Absolument rien.

Les gens continuaient d'étudier les seuils.

Continuaient d'y entrer.

Continuaient d'envoyer des explorateurs.

Comme si ces endroits étaient des territoires inconnus à cartographier.

Comme si ce n'étaient que des phénomènes à comprendre.

Comme si derrière chaque seuil ne se trouvaient pas des vies brisées.

Des prisonniers.

Des enfants.

Des mondes entiers oubliés.

Lythra referma brusquement son cahier.

Autour d'elle, la salle se vidait déjà.

Maëna discutait avec Nara quelques rangées plus bas.

Elior racontait probablement une absurdité quelconque puisque Vercin avait cette expression résignée qu'il arborait chaque fois que son ami ouvrait la bouche.

Mais leurs voix lui paraissaient lointaines.

Elle se leva.

Attrapa son sac.

Puis quitta silencieusement la salle.

Les couloirs étaient encore animés.

Des groupes d'étudiants circulaient dans toutes les directions.

Les conversations rebondissaient entre les arches suspendues.

Le soleil commençait déjà à descendre derrière les tours de l'académie.

Sa lumière orangée traversait les grandes fenêtres et allongeait les ombres sur les dalles blanches.

Lythra avançait lentement.

Sans réellement voir ce qui l'entourait.

Son esprit était ailleurs.

Dans le seuil du Collectionneur.

Dans la cité de verre.

Dans les couloirs impossibles.

Dans tous ces endroits que les livres décriraient probablement comme des anomalies magiques.

Elle revit les lits.

Les enfants.

Les fantômes qui continuaient d'attendre dans le silence.

Elle revit les prisonniers regardant le ciel.

Les chaînes.

Les boulets.

Le désespoir.

Puis Zackel.

Seul.

Abandonné.

Coincé dans un monde qui n'était pas le sien.

Une colère sourde commença à naître en elle.

Parce qu'elle comprenait quelque chose que les autres ignoraient.

Les seuils n'étaient pas seulement des lieux.

C'étaient des prisons.

Certaines immenses.

Certaines anciennes.

Certaines oubliées.

Mais des prisons malgré tout.

Et personne ne semblait vouloir en parler.

Les chercheurs voulaient les comprendre.

Les explorateurs voulaient les cartographier.

Les académies voulaient les étudier.

Mais qui cherchait réellement à libérer ceux qui s'y trouvaient ?

Qui se demandait ce qu'étaient devenus les habitants ?

Qui se préoccupait des gens enfermés derrière ces frontières ?

Elle serra légèrement les poings.

Vaelith devait entendre ça.

Dès ce soir.

Dès qu'elle le verrait.

Elle lui raconterait tout.

Le cours.

Le professeur.

Les explorateurs.

Tout.

Et pour la première fois depuis longtemps, une idée commença à prendre forme.

Au début, ce n'était qu'une pensée.

Puis elle devint une conviction.

Puis une décision.

Elle devait convaincre la reine.

Pas aujourd'hui.

Pas demain.

Mais un jour.

Elle devait lui faire comprendre.

Les seuils n'avaient pas besoin de davantage d'explorateurs.

Ils avaient besoin d'aide.

Les gens enfermés là-bas avaient besoin d'aide.

Ils méritaient de rentrer chez eux.

Tous.

Même ceux que le royaume avait oubliés.

Même ceux dont plus personne ne connaissait le nom.

Même ceux qui avaient cessé d'espérer.

Lorsqu'elle atteignit finalement l'aile des dortoirs, le soleil touchait presque l'horizon.

Les couloirs étaient beaucoup plus calmes ici.

Quelques étudiants discutaient devant leurs portes.

D'autres rejoignaient déjà les salles communes.

Une odeur de repas flottait dans l'air.

Lythra gravit les escaliers presque machinalement.

Puis atteignit le quatrième étage.

Quelques instants plus tard, elle introduisait sa clé dans la serrure de la chambre 412.

La porte s'ouvrit.

Le silence l'accueillit.

Maëna n'était pas encore revenue.

La chambre baignait dans la lumière douce du crépuscule.

Des rayons orangés traversaient la grande fenêtre et recouvraient les lits, les bureaux et les étagères d'une teinte chaude.

Lythra referma la porte derrière elle.

Puis posa lentement son sac.

Pour la première fois depuis le début de la journée...

elle était seule.

Vraiment seule.

Elle s'assit sur son lit.

Les ressorts s'enfoncèrent légèrement sous son poids.

Le silence de la chambre contrastait brutalement avec l'agitation constante de l'académie.

Et soudain...

elle réalisa à quel point elle était fatiguée.

La journée lui revint d'un seul coup.

Les cours.

Les nouveaux visages.

Alpine.

Les mensonges.

Le faux nom.

Les seuils.

Tout.

Son corps semblait soudain beaucoup plus lourd.

Elle s'allongea simplement quelques instants.

Juste quelques minutes.

Le temps de réfléchir.

Le temps d'organiser ses idées avant de voir Vaelith.

La lumière du soir dansait encore sur le plafond.

Les bruits du couloir semblaient déjà lointains.

Puis ses pensées commencèrent à se mélanger.

Vaelith.

Alpine.

Les seuils.

La reine.

Le Collectionneur.

La cité de verre.

Les explorateurs.

Les battements du Dormeur.

Tout se confondait peu à peu.

Ses paupières devinrent lourdes.

Très lourdes.

Elle tenta de résister.

Une seconde.

Puis une autre.

Avant d'abandonner.

Et lorsque Maëna rentrerait plus tard dans la chambre, elle découvrirait simplement Lythra endormie sur le dessus de ses couvertures, encore vêtue de son uniforme, le cahier de cours tombé à côté du lit et la lumière du crépuscule éclairant encore son visage.

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