Chapitre 8 : Surprise sur le podium

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La scène était en place. L’orgueil d’un homme s’apprêtait à frapper. Mais dans l’ombre, d’autres mains avaient déjà bougé.

Pendant que Éliott peaufinait son plan, persuadé que tout était verrouillé, les espions de Gemini contre-carraient ses tentatives :

– Ils désactivèrent le script de redirection de flux vidéo, puis placèrent un leurre dans le fichier : un simple écran blanc, vide, en cas de tentative de manipulation.

– Ils remplacèrent le spot qui devait isoler Fourth par un projecteur défectueux, qu’on "remplaça" au dernier moment par un classique — tout en haut de la scène, hors de contrôle manuel.

– Enfin, ils placèrent un vigile de confiance près du pupitre lumière, prêt à couper les projecteurs si nécessaire.

Le tout… sans qu’Éliott ne se doute de rien.
Il paradait, orgueilleux, jouant les stars dans les backstages, enivré de sa propre image.

Il répétait son discours intérieur, son moment. Il se rêvait sauveur. Séducteur. Maître du monde.

Il croyait que Fourth était seul.

Mais dans l’ombre, deux mains veillaient.
L’une, invisible. L’autre, en train de préparer sa veste de mariage.

*****

Le Grand Palais brillait de mille feux. Les arches de verre laissaient filtrer la lumière de la ville, tandis que les projecteurs sculptaient les silhouettes des mannequins avec précision.
Le final du défilé KHAAN allait commencer. Le silence dans la salle était tendu, sacré. Les téléphones prêts, les objectifs alignés.

Dans les coulisses, Fourth respirait lentement, bras croisés sur sa poitrine nue, le regard rivé à un point invisible devant lui.

Il portait la pièce maîtresse de sa propre collection Peony Silver.
Un costume ivoire somptueux, orné de dentelle brodée à la main. Fluide, délicat, mais structuré. Le torse ouvert jusqu’à la ceinture haute, ceinturée d’un ruban soyeux. À ses épaules, une étoffe vaporeuse tombait comme une traîne légère.
Une tenue de marié, sans compromis. Ni masculin. Ni féminin. Juste lui. Dans sa vérité.

Respire, Fourth, murmura son manager. Tu es magnifique.
Je sais, répondit-il avec un sourire en coin. Et je compte bien fermer cette Fashion Week avec grâce.

Il ignorait tout.
Il pensait qu’Éliott avait lâché l’affaire. Qu’il essaierait peut-être une dernière tentative à l’after-party. Rien de plus. Il n’avait pas vu les câbles modifiés, ni les agents de Gemini rôder. Il ne savait pas que quelqu’un marchait vers lui depuis l’autre bout du monde.

La musique démarra. La lumière glissa, douce et argentée.
Fourth fit son entrée par la droite. Une vague de murmures parcourut le public. Il avançait, majestueux, chaque pas mesuré, chaque détail pensé. Il incarnait l’aboutissement de sa propre création.

Mais alors qu’il atteignait le milieu de la scène…

Gemini entra.
Par la gauche.
Costume noir à revers satiné, cravate d’un gris perle. Le port droit. Le regard rivé sur lui.

Fourth s’arrêta net. Son cœur rata un battement.
Il n’avait pas été prévenu. Il ne rêvait pas. C’était bien lui. Ici. À Paris.

Professionnel jusqu’au bout, il reprit sa démarche. Lentement. Avec maîtrise.
Arrivé à sa hauteur, il tendit le bras. Gemini l’attrapa sans hésiter.

Main dans la main, ils remontèrent l’estrade comme on remonterait la nef d’une église.
Leurs regards ne se quittaient plus. Pas une parole. Pas un sourire forcé. Juste l’évidence.

Puis, au bout du podium, tout s’arrêta.

La musique coupa.
Les lumières s’éteignirent.
Un seul projecteur s’alluma, blanc, pur, concentré sur eux.

Gemini fit un pas en avant.
Puis un second.

Et s’agenouilla.

Un murmure s’éleva dans la foule. Les flashes reprirent, comme des battements de cœur désordonnés.
Gemini sortit de sa veste un petit écrin de velours blanc. L’ouvrit. Une bague. Sobre, magnifique. Gravée à l’intérieur. Un an. Et tout l’avenir.

Il releva les yeux. Sa voix était claire. Stable.

Il y a un an, tu m’as tendu la main pour un contrat.

Un contrat pour respirer.
Un accord entre deux âmes trop brûlées pour se promettre autre chose que du respect, de la patience, et un peu de paix.
Depuis ce jour, je ne fais plus que respirer grâce à toi.
Tu es mon oxygène.
Mais tu es aussi chaque battement de mon cœur.

Il marqua une pause.
Puis, dans un souffle :

Fourth. Est-ce que tu veux faire de moi l’homme le plus heureux du monde ?
Veux-tu m’épouser ?

Le silence fut assourdissant.
Puis, un oui. Clair. Net. Vibrant.

Oui.

Gemini se releva. Ils s’enlacèrent. Puis s’embrassèrent. Longtemps.
Le public explosa.
Cris. Applaudissements. Caméras. Flashs. Hashtags. Un raz-de-marée.
Le monde entier venait d’assister au mariage de la mode et de l’amour.

*****

Suite privée, 8e arrondissement, le lendemain.

Les rideaux sont tirés. Le lit est défait. Des restes de bouteilles et de macarons traînent sur la coiffeuse. Des vêtements griffés sont empilés sur un fauteuil. Et au centre, Gemini boutonne calmement sa chemise pendant que Fourth, lunettes de soleil sur le nez, lutte pour finir son café.

Tu veux vraiment partir maintenant ? demande Gemini, en attrapant leurs passeports.

Fourth, dans un hoodie volé à Gemini et un pantalon de jogging de luxe, grogne à moitié en s’étirant.

Ouais. Je suis vidé. Mais j’ai eu ma dose de Paris. Interviews, flashs, "est-ce que c’était prévu ?", "est-ce que la bague est certifiée ?", "est-ce que vous êtes déjà en train d’organiser ?"... Je veux juste… notre lit. Notre maison.

Gemini sourit doucement, puis s’approche, passe une main derrière sa nuque.

Tu es sûr que tu veux rentrer tout de suite ? Tu pourrais te reposer ici une nuit de plus.

Fourth lève les yeux. Un sourire en coin.

Je vais me reposer dans le jet.

Il attrape la chemise de Gemini pour l’attirer contre lui, chuchote à son oreille :

Et une fois à la maison… Je compte bien apposer ma signature sur ce contrat.
De façon… très officielle.

Gemini rit, doucement. Et rougit à peine. Il l’embrasse sur la tempe.

— Rappele-moi de te faire signer en double exemplaire. Avec options illimitées.

Fourth sourit.

Et clauses de renouvellement éternel.

*****

Chez les parents de Fourth

Le soleil tape gentiment sur la terrasse fleurie. Les oiseaux chantent. L’air est tiède, presque paresseux. Sur une grande table en teck, deux verres de bière perlent de fraîcheur.

Assis face à face, les pères lisent le même journal… chacun le sien.
En une, une photo des deux jeunes hommes, bras dessus bras dessous, illuminés par un projecteur blanc.

TITRE : "OUI EN DIRECT – Quand la mode dit 'Je t’aime'"

Le père de Gemini sirote lentement.

Ils ont vraiment mis ça en couverture, hein.

Page deux, il y a même un édito sur "la réinvention du romantisme", grogne l’autre.

Ils tournent une page, en silence.

Et là, un cri depuis l’intérieur :

Areeya ! Tu crois qu’on pourrait faire une cérémonie laïque en même temps que le rituel de l’eau ? Comme ça on fusionne tradition et modernité ! Il nous faut un traiteur franco-thaï ! Et des lampions argentés !

J’APPELLE L’ORGANISATRICE DE L’AMBASSADE ! ELLE M’AVAIT PARLÉ D’UN ESPACE AVEC UN LAC ET UN SAULE PLEUREUR !

Les deux pères échangent un regard.
Soupirent.
Et lèvent leurs bouteilles l’un vers l’autre, comme un toast silencieux.

Six mois de chaos.

Mais un chaos heureux.

Ils trinquent. Puis reprennent leur lecture.

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