Chapitre XII. Étienne! dis quelque chose !

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Jeudi 01/12/22, 21h00 dans l'appartement d'Etienne

Finalement, l’inévitable était arrivé, Sarah et Reeve s’étaient enfin crêpé le chignon. La mayonnaise avait lentement monté entre les petites remarques acides de la première et les réponses nerveuses de la seconde.

Il suffisait que Reeve dise

  • Sinon, tu as vu un docteur pour ton arrêt de travail Étienne ?

Pour que Sarah réponde :

  • Il est grand Étienne, ce n’est plus l’enfant à sa maman !
  • Je m’inquiétais, juste !
  • Eh bien, finalement le docteur de ton voisin est passé, il m’a ausculté m’a trouvée un peu faible m’a prescrit une prise de sang et des vitamines, par contre, il voulait embarquer Étienne, il lui trouvait une petite tension… il lui en a donné pour quinze jours d’arrêt de travail, pour l’instant !
  • Oui, je m’occuperais de lui comme cela !
  • Tu plaisantes ! je vais m’occuper de lui !
  • Bon je passerais faire les courses, je vais remplir son frigo…
  • Mais on est capable de le faire, tu n’as pas une vie ? Un travail ?
  • Tu voudrais que je m’en aille, je te dérange Sarah ?
  • Je ne lui ai pas fait du bête chantage au suicide moi !
  • Oh ! Tu peux parler, tu faisais quoi toi debout sur le pont ? Moi, j’ai juste eu une parole malheureuse....
  • Que veux-tu dire ? Tu aurais préféré que je me noie dans la Seine vraiment ? J’avais des raisons bien plus sérieuses de mourir que ta putain de jalousie !
  • Je ne suis pas jalouse…
  • De toute façon c’est d’une vraie femme qu’il a besoin Étienne ! pas d’un cœur d’artichaut comme toi !
  • Étienne ! dit quelque chose… pleurnicha Reeve !

Étienne se sentit obligé d’intervenir :

  • Les filles, calmez vous ! j’ai besoin de calme ! Sarah, là tu vas un peu loin…
  • Ah ! je vais loin… Elle aurait préféré que je me noie, je te dis !
  • Mais non !

Reeve en avait assez des provocations de celle qui se présentait finalement comme une rivale ! Marc lui avait pourtant bien dit de se méfier de Sarah, elle comprenait maintenant ce qu’il voulait dire. Étienne ne la soutenait pas vraiment, elle aurait eu besoin pourtant de ses bras solides qu’il la serre très fort… et… c’était vrai, il avait une petite mine, si sa tension était si basse, elle devait le laisser souffler un peu. Elle hésita cependant à lui parler de ce papier… elle pourtant habituellement si franche n’avait pas trouvé le moment de lui parler de son appartement ouvert à son arrivée et du mot posé bien en évidence, ce mot… Elle n’aurait jamais cru que… non, elle ne pouvait décidément pas en parler… il ne comprendrait pas qu’il ait les clés. Elle n’avait pas réussi non plus à parler de Marc avec Étienne, elle aurait aimé lui dire qu’il allait bien malgré ses deux fractures ! Il faudra pourtant qu’elle sache d’où venait cette inimitié entre ces deux hommes…

Alors qu’elle s’apprêtait à prendre congé de son amoureux, l’autre, méchante comme une teigne l’apostrophant violemment !

  • Tu ne vois pas qu’Étienne est fatigué et qu’il veut se reposer ? Dégage ! Tu es allé voir Marc à l’hôpital, il va bien ? c’est un salopard tu sais, il fait du mal, il en a déjà fait, cet homme est toxique ! Fais gaffe, je pourrais dire à la concierge que tu héberges son sale bâtard de clébard, mais je ne suis pas une balance… allez file, va choper des puces avec le clebs de ton prince du macadam !

Étienne la bouche grande ouverte s’apprêtait à parler, il le savait, il aurait dû défendre Reeve, mais il se sentait si fatigué, il n’avait qu’une envie, celle de dormir. Il les voyait pourtant les larmes qui pointaient aux coins des beaux yeux de sa chérie ! Il aurait dû se lever la prendre dans ses bras et rabrouer vertement Sarah, lui rappeler qu’il lui avait sauvé la vie et qu’il la logeait, qu’elle devrait en être reconnaissante ! mais il se contenta d’un :

  • Je suis fatigué les filles, je n’ai pas envie de vous entendre vous disputer !

Alors Sarah, chatte, minauda :

  • Mais oui Étienne, on va te laisser te reposer Reeve et moi, Reeve ma chérie, au fait, tu l’as trouvé le mot doux de Gabriel !

Abasourdie, Reeve tourna la tête pour cacher ses larmes. Rien dans sa vie ne l’avait préparée à cette méchanceté gratuite. Sans un mot de plus, elle quitta cet appartement, cet Étienne qui n’était pas même capable d’un peu la soutenir ! Tu parles d’un prince charmant ! quatre à quatre elle grimpa les escaliers et se jeta dans les pattes de milord qui surpris lui lécha la figure !

Étienne aurait dû courir, la rattraper, la supplier… au lieu de ça, il se leva tranquillement et fit mine de sortir, Sarah se mit en travers de sa route, l’en empêchât et lui dit en la raccompagnant sur le canapé ou elle s’installa avec lui !

  • Tu iras la voir demain, pour l’instant tu te reposes, tu te rappelles ce qu’a dit le docteur ! tu auras tout le temps demain de te faire pardonner !

Elle aurait aimé rajouter : de toute façon elle ne te mérite pas, il te faut une vraie femme comme moi ! Mais s’en abstint, prudemment !

Elle jubilait, la première partie de son plan avait bien fonctionné, bientôt elle passera la vitesse supérieure ! Elle pensait : Il me trouve un peu trop maigre, je me suis vue nue tout à l’heure dans la glace de la salle de bain, j’ai toujours des cuisses fermes et des fesses bien dessinées, je n’ai pas les beaux seins de cette pintade mais j’ai été danseuse de cabaret, je sais me servir de mon corps, dans mes bras il l’aura vite oubliée ! Je saurais lui prodiguer des caresses qu’elle n’imagine même pas !

Elle n’avait qu’une peur, c’était de retourner dans la rue, la nuit il y faisait froid, le danger rôdait partout, la faim qui la tenaillait nuit et jour, les autres SDF étaient des dangers aussi, seul Marc lui avait marqué du respect et l’avait protégé, il avait été là quand la bande de skinhead l’avaient agressée, sans lui, ce jour-là elle mourrait sur le pavé !

Elle s’en souvenait, elle savait ce qu’elle devait à Marc, mais ce soir cet appartement coquet, elle avait envie d’être aimée, désirée par ce beau garçon, tant pis si elle agissait comme une salope, de toute façon c’était ce qu’elle était !

***

Pendant que Reeve emmitouflée dans son vieux pyjama en pilou, le chien sur ses genoux, usait des paquets de Kleenex… Sa rivale savourait sa première victoire !

Étienne exténué était allé se coucher. Elle n’était pas fatiguée, elle tournait et retournait sur sa couche, transpirait, elle se leva, but un verre d’eau, se mouilla les tempes la figure et retourna se coucher, mais pas sur le canapé. Elle se lova contre le corps d’Étienne, lui caressa le dos d’abord, puis le ventre… alors qu’elle l’embrassait doucement dans le cou, elle sentit que son corps se réveillait enfin… alors, il se laissa aller aux caresses expertes de Sarah.

E.Y

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