Lettre à Alice
Alice,
Je me suis rendu compte l’autre jour que je pensais à toi sans même m’en apercevoir. C’était en salle des profs, devant la photocopieuse en panne, comme toujours, et j’ai entendu quelqu’un rire exactement comme toi. Ce rire-là, qui commence avant la blague. Ça m’a fait sourire, et puis ça m’a fait un petit pincement aussi.
On est toujours très amies, je le sais. Rien ne s’est cassé entre nous. Et pourtant, on ne se voit plus. Pas vraiment. On s’envoie des messages, on se promet des cafés, on se dit « bientôt », et ce mot devient une sorte de refuge confortable où l’on range ce qu’on n’arrive pas à faire. Je crois qu’on s’est laissées glisser là-dedans sans s’en rendre compte.
Je repense souvent à nos années au collège, à nos discussions après les cours, à ces moments où l’on refaisait le monde entre deux conseils de classe. Tu mettais de la musique dans tout, même dans les journées les plus grises. Moi, j’amenais mes listes, mes horaires, mes “il faut”. On faisait un drôle d’équilibre, mais il tenait.
Aujourd’hui, ma vie est pleine, comme la tienne sans doute. Les élèves, les copies, les obligations, et cette fatigue un peu sourde qui s’installe sans demander la permission. Il ne manque rien, et pourtant il manque toi. Pas en grand, pas en urgence. En silence. Comme une note tenue trop longtemps qu’on finit par ne plus entendre, mais dont l’absence laisse un vide.
Je t’écris pour te dire que notre amitié existe toujours, même si elle ne se manifeste plus autant. Et aussi pour te dire que, si un jour tu as envie de reprendre là où on s’est arrêtées, sans explication, sans justification, je serai là.
On n’a pas besoin de rattraper le temps perdu. On peut simplement s’asseoir quelque part et recommencer à parler comme avant. Ou autrement. Peu importe.
Je t’embrasse très fort,
Chloé

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