Lettre à Charlotte
Ma Charlotte,
Je t’écris parce que je n’arrive pas à te le dire à voix haute. Chaque fois que j’essaie, les mots se bloquent, comme s’ils refusaient de sortir. Alors je prends ce papier, même si aucune phrase ne me paraît juste.
Ta sœur est morte hier dans un accident de voiture. Je l’écris lentement, et pourtant la phrase va trop vite. Elle était seule. On m’a dit que tout avait été très rapide. Je m’accroche à cette idée, même si je ne sais pas si elle aide vraiment.
Depuis, je fais des choses absurdes. Je range, je dérange, je regarde l’heure sans raison. J’attends un bruit, une porte, son pas dans le couloir. Je sais que c’est inutile, mais mon corps n’a pas encore compris ce que ma tête commence à admettre.
Je pense à toi sans arrêt. À comment tu vas recevoir cette nouvelle. À la distance qui nous sépare. J’aurais voulu être près de toi, te prendre dans mes bras comme quand tu étais petite, quand le monde faisait trop peur. Je m’en veux de ne pas y arriver aujourd’hui.
Je ne sais pas ce que tu ressens en lisant ces lignes. De la colère, du vide, de l’incrédulité. Tout est normal. Rien ne l’est. Ne te demande pas comment il faut réagir. Il n’y a pas de bonne manière de perdre sa sœur.
Prends le temps qu’il te faudra. Si tu veux venir, la maison est ouverte. Si tu ne peux pas, je comprendrai aussi. On fera comme on pourra, chacune à notre rythme, si tant est qu’il y ait encore un rythme possible.
Je t’aime, Charlotte. Je t’aime comme je peux encore aimer aujourd’hui.
Maman

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