2.5. Entre tensions et tendresse

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Sasha

Je toque au carreau de sa porte-fenêtre. « Cyril, il est 17h01, » j’annonce à voix basse. Mon cœur bat si vite et fort que j’ai dû mal à parler.

« Humm. OK. Je termine celui-là, puis je suis à toi. »

J’attends debout jusqu’à ce qu’il ferme son ordinateur. Par moment, il se masse les tempes comme si cela pouvait l’aider à résoudre un problème insoluble. Il ferme son ordinateur portable. Le silence qui suit me tombe dessus d’un seul coup. Mes pensées se bousculent, mes mains tremblent sans prévenir. Cyril relève enfin la tête, et dans son regard je lis quelque chose comme une inquiétude douce. C’est ce regard-là qui fait céder le barrage : les mots montent plus vite que mon courage. « Je m’excuse pour la musique tout à l’heure. »

« Fais juste attention. Je suis assez sensible au bruit. » Il se tourne vers moi et me sourit. « Vas-tu bien ? » me demande-t-il, les sourcils froncés.

« Non ! »

« Non ? Peux-tu m’expliquer ? »

« Grand-père m’exaspère, et je ne sais pas comment agir avec toi. C’est très stressant. »

« Eh bien ! Ton grand-père m’exaspère aussi. Je ne sais pas bien non plus comment… Je n’aime pas plus cette situation que toi. » Il désigne le fauteuil à côté de son bureau. Au lieu de m’y asseoir, je fais les cent pas de la porte-fenêtre jusqu’à la bibliothèque de la chambre. Je reviens. Je soupire et recommence. Cyril me bloque le passage lors du retour. Sa masse calme contraste avec ma nervosité. Il pose doucement ses mains sur mes avant-bras. Surprise, ma respiration se bloque une seconde. Je soupire longuement alors qu’il pose ses mains sur les avant-bras. Ce contact m’apaise légèrement. « Parle-moi, » ordonne-t-il, « même si tout sort de manière désordonnée. »

« Socrate pensait que marcher peut être efficace, » j’indique. « Les mots ne viennent pas, » je murmure avec la gorge serrée.

« Tu n’es pas une marcheuse, mais une danseuse. »

« Rien ne me semble logique, » je soupire.

« Rien ne l’est depuis ses derniers jours, » convient-il, le regard rempli de compassion.

« Je ne suis pas en train de devenir folle ? »

« Rester saint d’esprit après toute une journée en voiture avec Stan serait difficile pour n’importe qui, » ironise-t-il.

« Merci, » j’indique ma reconnaissance et me serre contre lui. « Je promets que je ne suis pas si émotive en temps normal. »

« Si, mais ce sont des émotions plus positives. »

« Pourquoi est-ce si difficile ? »

« En plus des incertitudes, une part inconsciente se joue de nous. Promis, je suis là et je ne te laisserai pas tomber. » Sa main droite vient derrière mon cou et commence à le caresser doucement. C’est agréable et ça me détend un peu.

« Tu as toujours le même parfum, » je constate

« Tu l’as choisi. Tu ne l’aimes plus ? »

« Si. Ce n’est pas ça… les enjeux, les tenants, les aboutissants et maintenant la bague… Tout est effrayant. J’ai besoin de… Je ne sais même pas ce dont j’ai besoin. »

« Visiblement, tu as besoin de soutien, et de te sentir contenue, au moins pour quelques instants. »

« Hein ? »

« Je suis quasi certain que si je t’avais serré comme ça, sans te le demander avant, tu ne l’aurais pas très bien pris. Me prévenir que tu as besoin d'un câlin suffit. » Mes joues deviennent instantanément toutes rouges. Je retire mes bras. « Laisse-moi le temps d’enfiler un jogging et allons répéter, Sasha. »

« Je m’excuse… Encore. »

« Je ne suis pas fâché. J’aurais probablement brûlé tout le bâtiment à ta place. » Je me mets à regarder autour de moi. « S’il te plait, ne le fais pas. Ça compliquerait davantage la situation. Danser va nous faire évacuer le stress. Maintenant n’est pas le bon moment pour parler. »

« Quand ? »

« Sous les auspices de Tchernobog. » Seulement ce soir. Je soupire. « Sasha, mes affaires sont dans la commode. » Je le lâche.

« Pardon. »

« Tu n'as rien fait de mal, ne t'en fais, » me rassure-t-il avec un sourire. « Je ne te refuserai pas un câlin si c'est ce dont tu as besoin ou envie. Mon esprit et mon corps ont, comme le tien, besoin d'un avertissement pour ne pas se sentir envahis. Respire lentement le temps que je me change. »

« Merci. »

« Je t’en prie, » clôt-il la conversation en se dirigeant vers une commode.

Alors qu’il s’éloigne pour entrer dans sa salle de bain, mes épaules retombent d’un cran. La distance me fait du bien. Elle me manque aussi un peu. J’inspire profondément : l’air brûle encore de tout ce que je n’ai pas dit. Quand il revient, prêt à danser, je me raccroche à l’idée que le mouvement sera plus simple que les mots.

***

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