3.8. Le cercle solaire

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Cyril

Nos essais se poursuivent encore et encore, jusqu’à ce que je sois derrière elle[1]. J’ai les jambes écartées, les genoux suffisamment pliés afin qu’elle puisse aussi plier sa jambe droite. Mon bras droit entoure sa taille. Ma main droite est posée sur son ventre. Elle lève sa jambe gauche pour former un angle droit avec sa hanche. Je pose ma main gauche sur sa cuisse gauche. Je repousse sa jambe gauche vers l’autre tout en maintenant sa cuisse. Lorsque sa jambe gauche arrive au niveau de la droite, elle lance sa jambe droite vers la droite. En même temps que je me redresse sur mes jambes, je pousse sur sa cuisse gauche afin qu’elle réalise un cercle avec ses jambes. Elle déplace sa main gauche au niveau de mes hanches pour stabiliser le mouvement et atterrit sur ses deux pieds.

Le mouvement se répète, se fluidifie, gagne en netteté à chaque passage. Elle sourit pour me communiquer son contentement. Un vrai et beau sourire. Pas de manipulation dernière ni de volonté de séduction, juste de la fierté du travail bien accompli. Je suis heureux également. Notre troisième tentative se déroule face au miroir, chacun de nos téléphones, posés à des endroits différents, nous filme. Le résultat est là. Maman a raison, Sasha est une danseuse exigeante avec elle-même qui ne voit pas à quel point son travail minutieux paye.

Nous essayons la chorégraphie dans son ensemble, toujours en nous filmant. La première fois, il y a un peu d’hésitation avec la transition vers notre cercle solaire. Nous nous mettons d’accord sur la manière de fluidifier la transition. Les appuis s’enchaînent, les transitions trouvent leur place. Quatre passages plus tard, nos enchaînements deviennent harmonieux. La deuxième fois que nous réalisons la chorégraphie en entier, c’est parfait. Elle sautille de joie. Elle me fait un high-five et un câlin de quelques secondes.

Le plus beau des « merci » sort de sa bouche. Je souris. Nous partageons un regard tendre et admiratif. Je me contente d’acquiescer. Parfois, le bon mouvement fait briller le plus beau des soleils. Sasha n’a pas besoin de cadeau onéreux. Elle a besoin de temps où nous partageons les activités qu’elle aime. Le temps est paradoxal. J’en ai beaucoup et peu à la fois parce qu’il est bien rempli. Celui avec Sasha m’apporte plus de joie, une joie pure, sans arrière-pensée, une joie simple, que nous partageons ensemble.

Mon téléphone sonne. L’alarme de 18h45. J’annonce « Il nous reste un quart d’heure. » Elle acquiesce. Son sourire est toujours-là. Toutefois, son regard est un peu triste.

***

[1] Repris du programme des canadiens Tessa Virtue et Scott Moir au JO de 2018, à 1’33’’ de leur programme.

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