3.11. Le goût de trop
Sasha
Lorsque je suis prête pour la soirée, Vlad m’annonce que Cyril est parti saluer les invités de grand-père et que les burgers sont presque cuits. Il me demande si je préfère regarder du sport ou un film.
« Tu serais d’accord pour une comédie romantique ? », je m’enquiers plein d’espoir.
« Bien sûr que non, baby girl. Je propose par politesse en espérant que, pour la même raison, tu choisisses un sport que l’on aime tous les deux. »
« Premièrement, j’ai gagné à 1,2,3, Soleil ! dans la voiture. Deuxièmement, y’a que le basket qu’on aime tous les deux. »
« D’accord pour la deuxième option. Nous avons un accord, Sasha. » Il me tend sa main droite.
Je souffle d’agacement : « Pourquoi je me sens un peu flouée, alors… » Il retire sa main et semble un peu déçu.
« Tu peux aussi regarder un truc dans ta chambre sur ton ordi ! » m’indique-t-il.
« Oui. Cependant, on ne ferait plus rien tous les deux, déjà qu’on se ne voit pas beaucoup. » Je fais une petite moue.
« Sasha, tu ne m’auras pas comme ça. » Je suis bouche bée. J’étais sincère. « Choisis ton programme. Pour moi, ça sera basket et burgers. »
Son téléphone sonne. « Je vais chercher les burgers, baby girl. Tu restes là. » Il s’en va. Il croit que je vais me sauver ou quoi ? Je ne tiens pas à être punie tout l’été par grand-père. J’ai assez de corvées comme ça. Pas besoin d’en rajouter. Je suis certaine que ce que je n’ai pas fait aujourd’hui m’attend demain. Et puis je suis fatiguée. Je commence par envoyer un SMS à maman avec notre programme du soir. Au vu de l’heure, ils doivent être à table. J’allume le téléviseur et pars à la recherche de la chaîne sport. Vlad revient au moment où j’arrive sur le bon canal. Il a fait vite, même s’il n’y a pas très loin. Il pose les burgers, des tomates cerises, les frites, les oignons frits, deux sodas sur la table basse et des brochettes de fruits.
« Fast-food ? Grand-Père tient vraiment à ce qu’on ne bouge pas. »
« Frites de carottes, de courgettes, de céleri, de rutabaga, et de betteraves assaisonnées aux herbes de Provence. » Vlad s’assoit à côté de moi sur le canapé. « Tu veux commencer par quoi ? »
« Les oignons frits. » Le cornet part en quelques instants. « Tu crois qu’on peut en redemander ? »
« Ordre de ne pas déranger. Il y avait assez de calories dans ce que nous avons déjà. Tu peux prendre un fruit dans la corbeille à fruit. » Son téléphone sonne, mais c’est une sonnerie différente de tout à l’heure. « C’est Emily, tu peux commencer la suite sans moi. » Il se lève et se dirige vers sa chambre. « Allo, mon ange. Comment a été ta journée ? » Il ferme la porte de sa chambre derrière lui.
J’attrape la boite un "V" dessus. Il a une drôle d’odeur, mais Amélia est fan de fromage français. C’est souvent très bon… Je teste. Je prends une bouchée. Le goût est à la fois âcre et sucré, ce qui est très déroutant. L’odeur pique. Est-ce dû au mélange avec les cornichons ? Je continue de manger. Les deux heures de danse avec Cyril m’ont ouvert l’appétit, alors tant pis pour le goût. J’ai très soif, ma bouche est sèche. Je lui avouerai quand même demain que mon palais a encore besoin d’être affiné avant de goûter de nouveau à ce fromage. J’alterne avec des frites et de la Ginger ale. Le match est ennuyeux. On dirait une partie de passe à dix. J’ai envie de dormir et commence à avoir mal à l’estomac. J’espère que ce n’était pas un fromage français au lait cru. La douleur augmente vite, j’ai la tête qui tourne. Un goût de métal apparait dans ma bouche. Je grimace et décide d’aller cracher dans la salle de bain. Mon nez se met à saigner. Je panique. « Vlad », j’appelle aussi fort que je peux avant de m’écrouler.
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