3.13. Entre larmes et soupçons

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Sasha

J’ai mal partout. Je ne peux pas avaler. J’ai quelque chose dans la gorge. J’essaie d’ouvrir les yeux. Mes paupières sont trop lourdes. Je renonce. Je sens que quelqu’un me tient la main droite. Sa main est chaude. Grand-père a toujours les mains froides. La main de maman est plus petite. Celle de papa est plus poilue. Je sens l’odeur d’agrumes et de musc de Cyril. Mon ouïe s’affine. J’entends grand-père crier :

« Elle est inconsciente et toi en pleine forme. Explique. »

« J’étais dans ma chambre au téléphone avec Emily. Elle a crié mon nom et lorsque je suis arrivé elle était tombée par terre. » Sa voix tremble sur la fin. Vlad qui pleure, c’est une première. « Est-ce qu’elle va mieux ? Est-ce que le traitement a été efficace ? »

« C’est toi le premier suspect. Tu ne l’approches pas. »

« Quoi ? Tu crois que je lui ferais du mal ? … Tu crois que je lui ferais du mal volontairement ! … Au point de la tuer ! C’est MA sœur, bordel ! Si tous les burgers sont empoisonnés, j’aurais pu être ici avec elle. Ou nous serions tous les deux encore en bas. Ne m’accuse pas sans preuve. »

« Sinon ? … Une menace doit toujours être complète, Vlad. Tu verras ta sœur quand j’aurai sa version de l’histoire et des preuves qui t’innocente. File dans ta chambre. »

« Hors de question, je n’ai plus 12 ans. Je reste ici. Je suis initié, je te rappelle. Puisque papa n’est pas là, je suis son protecteur, » s'énerve Vlad.

« Pourquoi alors est-elle comme El… » La voix de papi se brise.

J’essaie de parler pour interrompre leur dispute. Quelque chose dans ma gorge m’en empêche.

« Hey, princesse, ne bouge pas. » Il me caresse les cheveux. « J’appelle Stan, OK. Stan, Sasha se réveille. » Il souffle. « Sasha, tu as un tube dans la bouche et une I.V. dans le bras droit. Il y avait un poison dans les burgers. Tu as eu un lavage d’estomac. Tu vas aller mieux rapidement. » Il me fait un bisou sur le front. « J’ai eu si peur, » déclare-t-il. « Ne recommence plus jamais ça. » Ne pas recommencer quoi ? J’ouvre légèrement les yeux. Mes paupières sont lourdes, mais je veux comprendre. Tous les trois me regardent. Je porte mes mains à ma bouche. Cyril serre ma main plus fort, grand-père agrippe l’autre.

« Ma douce », commence papi. Il ne m’a pas appelée ma douce depuis mes 9 ans. « N’arrache pas les tubes toi-même. Cela te ferait vraiment mal. Je vais le faire. Je coupe d’abord le respirateur, OK ? » Je hoche la tête légèrement. « Tête en arrière. Tu vas inspirer et expirer le plus fort possible. Je vais retirer le tube petit à petit à chaque expiration. Tu commences quand tu veux. » Papi se met derrière moi. Cyril me demande de regarder ses yeux. J’inspire fort, et pendant que j’expire il retire d’un coup sec le tube. Je me sens trahie. Je tousse et m’assois. Je tousse de nouveau. Cyril passe son autre main dans mon dos. Il y dessine des petits cercles. J’ai envie de fondre tellement cela est agréable. « Tu vas avoir la gorge qui gratte un peu pendant quelques heures. N’essaie pas de parler pour le moment. Collutoire au propolis. » Je lève ma main libre puis mon pouce en l’air pour signifier un ironique « super ». « Tu veux un peu d’eau, ma douce ? » J’acquiesce. Il me tend un verre avec une paille. « Je vais aussi t’enlever l’intraveineuse. Tu as eu du glucose, des vitamines et des protéines. Pas de repas ce soir, ni de sodas. De l’eau, autant que tu veux. Tu risques d’avoir besoin des toilettes d’ici peu. Je t’ai injecté un accélérateur de transit. » Oh, non. Oh non ! L’horreur sur porcelaine est à venir… Vlad me fait comprendre qu’il compatit. Le visage de Cyril est neutre. Ses traits du visage sont un peu tirés toutefois.

Je tends la main vers Vlad, celle que ne me tient pas Cyril. Il s’approche et me saisit la main. Je pleure, je veux un câlin. « Eh, Sasha, ça va aller, baby girl. Ne pleure pas. Quand tu pleures, ça me donne envie de te chatouiller. » Je souris. « Tu veux un câlin ? » J’acquiesce. Il me prend dans ses bras deux secondes. Je voulais un câlin plus long, un câlin qui redonne des forces. Son téléphone sonne. « C’est le shérif », déclare-t-il.

« Shérif ? » J’essaie d’articuler, mais je reconnais à peine les sons qui sortent de ma bouche. J’essaie de comprendre en regardant Vlad et Cyril en alternance. Vlad regarde Cyril et sort de la pièce.

Cyril me répond : « Comme je te le disais, il semble que les burgers étaient empoisonnés. Heureusement que tu n’étais pas seule. » Papi regarde dans la direction de Vlad. Je regarde papi puis Cyril. « Nous cherchons à comprendre ce qui s’est passé. Nous n’avons pas d’info pour le moment. De quoi te souviens-tu ? », m’interroge ce dernier.

Papi me tend une ardoise. J’écris avec le feutre :

« Burger, goût étrange. Pas fromage français ? Mal au ventre de plus en plus. Tête qui tourne. Appelle Vlad. Tombe. Noir. »

« Non, enfin, je ne crois pas. En tout cas, ce n’est pas ce qui t’a rendu malade, » me répond Cyril, tout en continuant les caresses dans mon dos. « Nous n’en savons pas plus. Les restes du repas ont été emballés et envoyés pour être analysés. » Son autre main porte la mienne à sa bouche. « Zeilor, Sasha ! Ne me fais plus jamais peur comme ça ! » Mon cœur fait des bons.

« Eau ? » Papi Stan me tend mon verre.

« Vlad ? » j’écris sur l’ardoise.

« Il était au téléphone avec Emily, » me rassure Cyril. « Il n’a pas touché à son burger. Est-ce que tu penses qu’il aurait pu… »

« Non. » Ma voix est à peine audible. Je secoue la tête rapidement. Comment peuvent-ils penser que Vlad me ferait du mal ?

« Moi non plus, Sasha. Il était avec toi comme il devait l’être. Au mauvais endroit, au mauvais moment. Le pointer comme premier coupable potentiel, c’est nous faire perdre du temps. Vlad a prêté serment en tant que prince et en tant que Marshal. » Je serre sa main dans celle de Cyril en remerciement.

« Sasha, est-ce que tu penses pouvoir aller jusque dans ton lit, ma douce ? » Ma douce, encore. Papi a dû avoir peur. « L’infirmerie n’est pas sécurisée et il faut que j’interroge tout le monde. »

« Oui. »

« Je vais la porter », indique Cyril. Je pose l’ardoise. « Prête ? » me demande-t-il. J’acquiesce. « Mets tes bras autour de mon cou, s’il te plaît. » Je lève les bras vers lui. Il se penche et me soulève comme si de rien n’était. « Nous allons passer par ma suite. C’est plus court. » Je lui souris.

Quelqu’un frappe. Nous nous tournons vers l’origine du son. Le chef des pompiers annonce que l’IRM et le scanner du centre médical Erlanger de Murphy m’attendent. J’ai le droit à un examen des yeux et des cervicales avant de partir. « Pas de signes neurologiques focaux. Pupilles réactives. C’est rassurant. Un sourire ? » Je souris. « Pas d’asymétrie, » constate-t-il en regardant papi Stan qui acquiesce. Entre maman, infirmière, et papi, médecin, les termes médicaux ne me sont pas inconnus.

« Ses pupilles étaient réactives alors qu’elle était encore inconsciente. Elle a même émis un râlement. Collier cervical pour le temps du transport, » annonce papi. Je grimace.

« Qui conduit ? » j’écris sur l’ardoise.

« Ma voiture va plus vite et Vlad a l’autorisation de tes parents en cas d’urgence médicale. Je vous conduis tous les deux, » répond Cyril.

Je regarde papi. « L’IRM va nous indiquer si tu as des microlésions dans la substance blanche. Tu es tombé deux fois aujourd’hui. C’est la prudence. Pendant ce temps, je m’occupe de l’analyse sanguine. »

***

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