4.7. L’avenir… sans délai

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Sasha

Je frappe à la porte de la nouvelle suite royale juste à temps. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Mon souffle est court. La porte s’ouvre et son sourire me fait instantanément oublier ma précipitation. Sofia m’invite à rentrer. On s’installe dans le salon qui ressemble beaucoup à celui de la suite dans laquelle nous logeons Vlad, papi, et moi. Elle me propose un jus de raison que j’accepte. La cuisine a encore assuré avec leurs petits-fours. Les voir me fait saliver. D’un coup, j’imagine que le thé à la cour du Royaume-Uni est exactement comme ça…

« Ça va, Sasha ? Tu as la tête d’une personne qui vient de se réveiller. »

« Je m’étais rendormie. Cyril m’a réveillé il y a quelques instants. »

« Tu t’étais endormie où ? »

« Dans mon lit. »

Elle ouvre ses yeux en grand : « Cyril est venu dans ta chambre ? »

« Oui, pourquoi ? »

« Il serait mieux que Cyril ne vienne pas dans ta chambre, » déclare-t-elle en défroissant sa jupe sans aucun faux pli. Je vais lui en parler, d’accord ? » Elle penche sa tête et me fait un large sourire avant de poursuivre : « Viens t’asseoir, je t’en prie. » Elle désigne les canapés, puis me sert un thé glacé à la menthe. Elle porte sa propre tasse à ses lèvres sans boire. Sa main tremble subtilement. Elle repose la tasse. « Cyril nous a dressé un résumé des derniers jours. J’imagine que ça pas dû être simple. Je ne doute pas que tu aurais aimé que tes parents soient présents. »

« Maman aurait sans doute été effrayée. Vlad était là, heureusement. Je suis… »

« Peu importe son âge, Sasha. Personne n’aime aller à l’hôpital. » Ses yeux sont tristes et remplis de compassion.

« Non, en effet. Je n’ai rien de grave, » répond ma voix toujours éraillée.

« Sasha, venons-en à la raison pour laquelle je voulais m’entretenir avec toi. Nicolaï et moi-même avons été surpris par plusieurs demandes d’une partie du Concile. Pour moi, c’est une tactique afin que Cyril soit davantage présent. Tu as entendu les critiques relatives à ses absences autant que moi ces derniers mois. Il va promettre de s’engager davantage lors du Concile et prendre les responsabilités qui lui incombent. Nous sommes tous d’accord, du moins les plus sensés d’entre nous, que l’Appariement entre toi et Cyril est trop précoce. Un jour, tu épouseras Cyril. Daniela et moi pleureront toutes les larmes de nos corps, évidement. Tu seras époustouflante. Ça sera un jour de fête et de joie. Les circonstances nous obligent… Un texte prévoit que lorsqu’un concile demande la conclusion de l’appariement, il faille commencer à le préparer avant le vote afin qu’il soit célébré à la prochaine pleine lune. Autant te dire que ce texte me met à la fois mal à l’aise et en position délicate. Cyril m’a prévenue que tu as été particulièrement atteinte par la nouvelle. » Ses mains repassent sa jupe mécaniquement une fois de plus.

« Avant que je commence à t’expliquer pour l’Appariement, je voulais te dire qu’en raison de mes problèmes de santé qui se sont aggravés il y a deux ans, les médecins me recommandent d’arrêter les procédures de PMA et de ne plus procréer. Nicolaï et moi avons choisi de suivre leurs conseils. Il s’agit de la même maladie qu’a eue ta grand-mère maternelle et que ma mère avait aussi. Nous suspectons des causes génétiques. Toujours est-il que depuis Cyril, j’ai eu 27 grossesses. Tous des garçons. Je n’en peux plus. » Ça, je le savais. Où veut-elle en venir ?

« Nicolaï non plus, même s’il ne l’avouera jamais. Il est plus serein depuis. Je sais que tu comprends, tu as vu les effets sur ta mère. Cette décision a toutefois un goût amer parce qu’elle te met, toi, dans une position difficile. Nicolaï et moi-même », explique-t-elle émue, « nous nous étions promis de tout faire pour éviter que notre histoire ne se répète. Pas l’amour en tant que tel, ça je te le souhaite plus que jamais, et Cyril m’a grandement surpris ce matin – bref, je me suis écartée -, pour éviter que les circonstances de notre Appariement ne se répète en tous cas. Il semble que les réformes engagées ne soient pas encore suffisantes. Le fait que nous soyons en train de préparer votre Appariement en avance en est malheureusement la preuve. »

« Oui, je comprends Sofia. C’est ce qu’on nous répète depuis toujours… Tout le monde affirme que chacun se sacrifie pour faire vivre la communauté. Je ne pensais pas que le moment où je serai appelée serait… » j’inspire, mais je n’arrive pas à terminer. Les larmes sont aux bords de mes yeux.

« Oh ! Sasha, j’aurais tellement aimé qu’il en soit autrement… » Elle cherche un mouchoir dans sa poche et le porte à sa joue. Elle repasse sa jupe – encore -. Cet aspect du caractère de Sofia est nouveau pour moi. D’habitude, elle est dans l’extravagance.

« Je sais, Sofia. Parfois quand je suis dans la bibliothèque, j’entends des conversations. Les gens se croient seuls parce que je ne fais pas de bruit lorsque je lis et ils ne vérifient pas… Et alors là, papa et Cyril parlent de plans stratégiques et d’agendas… J’ai découvert que tout le monde n’a pas la même stratégie ni le même agenda.

Cyril, pour moi, ce n’est peut-être pas le mieux, mais c’est certainement le moins mauvais des scénarii, parmi ceux que j’ai pu entendre. Et puis nous sommes amis maintenant. La vie devrait être plus facile. Ça peut paraître fataliste, mais je le fais par amour. Pas par amour pour Cyril. Évidement je l’aime parce que c’est mon prince, enfin pas comme le grand amour du prince charmant, mais comme chacun doit aimer son Prince, sa famille et son peuple. A vrai dire, je sais que l’Appariement existe depuis très longtemps. Je n’ai jamais pensé que ça pouvait être autrement. Chacun doit faire sa part, comme dans la poésie avec le colibri. La mienne est d’épouser le prince. Je ne pensais pas que ça serait si tôt, même si ma famille non plus ne voulait pas que ce soit tout de suite, la couleuvre est un peu dure à avaler. J’ai l’impression qu’il s’agit d’une punition. Ce n’est pas du tout comme ça que je l’envisageais. » Je regarde vers la baie vitrée quelques petites secondes.

« Nous non plus, cher Sasha. Et avec Cyril ? »

« En ce moment, on apprend… »

« Nous apprenons, » me reprend-elle en me tendant le plateau de mignardises.

« Nous apprenons à nous connaître et il est plus gentil que je ne l’imaginais. Il prend le temps. Arrête des conversations avec Patrick, me présente à une équipe pendant une réunion à distance. Je connaissais déjà tout le monde, mais bon, ce n’est pas non plus le point, ou encore me fait des compliments ou m’explique ce qui se passe. Même si les informations viennent au compte-gouttes, plus pour me laisser le temps de les digérer que pour m’écarter. Il communique avec moi, plus que papa, Vlad ou grand-père. C’est un bon partenaire de danse. On aime tous les deux regarder des matchs de basket. Il a même empêché grand-père de me gronder et trouvé des excuses pour que je n’aie pas à faire mes corvées de la mise en route. Il m’a consolé plusieurs fois en voyant que j’étais triste. C’est sûr que parfois il est arrogant, mais c’est le prince. Il sait écouter aussi, par exemple, quand j’ai mentionné de faire goudronner l’allée qui mène à la cuisine. Peut-être qu’il voulait m’impressionner, je ne sais pas… »

« Waouh ! Que de choses en si peu de temps, » s’étonne-t-elle.

« Quel euphémisme ! » Je bois une gorgée de mon thé glacé.

Elle me sourit. « Premier point, vocabulaire. Il va falloir te corriger toute seule et écouter comment nous parlons. Plus de « on » pour commencer. Tu représentes la royauté désormais. Tu te dois d’être exemplaire et d’employer des formules plus soutenues. » Elle ajuste sa jupe parfaitement ajustée, puis regarde sa montre. « Pour aujourd’hui, je vais t’expliquer les grandes lignes de la cérémonie d’Appariement, et nous entrerons dans les détails seulement si cela s’avère nécessaire, ce que je n’espère pas. » Une coupe-haie démarre brusquement. Sofia sursaute violemment, ses épaules se crispent. Sa main se plaque contre sa poitrine, ses doigts tremblent. Elle ferme les yeux une seconde de trop, puis souffle longuement, comme si elle sortait d’une apnée. « Je n’ai pas le sentiment que maman ou toi avez eu plus de préparation que j’en ai. »

Elle rit : « Ta mère peut-être… Après le décès d’Elena… » Elle pousse un long soupir. « L’appariement de tes parents étaient magnifique et très doux, plus émouvant que le nôtre. Les responsabilités de Nicolaï et de Cyril font que l’ambiance est plus formelle. Valentina m’a accompagnée. Elle a été ma seconde mère toute ces années. Elle s’occupait de mes fêtes d’anniversaire, des fêtes de fin d’année. Je suis partie plusieurs fois au ski avec eux. J’étais un peu plus âgée, et Nicolaï et moi… » Sofia sourit, « disons que nous étions en phase de lune de miel. Nicolaï a été mon petit-ami pendant plus d’un an avant, nous avions préparé la cérémonie ensemble et notre écart d’âge n’est pas aussi important que celui entre Cyril et toi. Tu veux un gâteau Sasha ? Si je les renvoie à la cuisine sans que nous en ayons mangé, j’ai peur que l’équipe cuisine pense que je leur donne du travail supplémentaire par pur sadisme. » Elle pince sa lèvre d’une drôle de manière.

« Oui, je te remercie, Sofia. » Je pioche une tartelette abricot-pistache et un mini-croissant. Je les déguste, puis bois une nouvelle gorgée du thé. Sofia n’en prend aucun, préférant repasser sa jupe.

« L’Appariement en lui-même, tu l’as compris, c’est notre mariage. Contrat de bien, échange économico-sexuel pour reprendre l’anthropologue Paola Tabet. La cérémonie est un peu plus longue et symbolique que les mariages dans les films, mais tu connais déjà les prières et la manière dont il faut rendre hommage aux dieux et déesses. Des chants sont prévus, les prières habituelles. La cérémonie commence par le péan à Appolon. Il te reste à apprendre la Litanie des promesses : je te donne ma main pour t’accompagner sur le chemin de la vie, je te donne mon cœur, pour t’apporter soutien dans les moments difficiles, Je te donne mon âme, etc. » Elle me tend de nouveau le plateau de mignardises. Je pioche celle qui est devant moi : une bouchée à la framboise. Elle est succulente. « Nicolaï et moi, nous nous sommes regardés dans les yeux pendant que nous prononcions la Litanie. Échange des bagues. C’est un des moments que je chéris le plus, avec celui où j’ai tenu Cyril dans mes bras la première fois. La cérémonie est suivie d’un vin d’honneur pendant lequel les gens aiment te donner à manger ou des bénédictions à la lune, puis banquet. Je crains que le menu soit traditionnel, avec des plats qui étaient réputés aphrodisiaques au XIIe siècle. De facto, aucun ne l’ait.

Le banquet est suivi par un bal, avec en première partie des morceaux traditionnels sur lesquels nous dansons le menuet, le quadrille, la bourrée ou encore le Saltarello, puis des musiques modernes sur lesquelles nous faisons vraiment la fête. Il est possible de construire une playlist. Normalement, lorsque les Appariés quittent la fête, plus ou moins sans se faire remarquer, c’est pour consommer leur union, avoir leur première relation sexuelle. »

« Sofia, j’ai eu des cours d’éducation sexuelle. »

« Dieu, merci. J’hésitais encore avec la métaphore des fleurs et des abeilles ou utiliser mes mains pour te montrer concrètement… » Elle semble chercher ses mots.

Je termine sa phrase en rougissant : « comment sont fait les bébés ? »

Elle balance sa tête de droite à gauche, indécise : « Oui, comment sont fait les bébés… Je ne l’aurai pas présenté comme ça, mais c’est le cœur du sujet. Est-ce que tu as des questions sur le sexe ? Ne sois pas gênée parce que je vais devenir ta belle-mère. Je ne veux pas que tu aies mal ou que tu sois mal à l’aise. Tu as l’âge maintenant. Peut-être devrions-nous aborder la question de la contraception en premier… Ainsi, tu auras les infos pour ta première relation sexuelle. » Elle soupire. « Sasha, je me dois d’aborder le sujet, hélas. Si tu pouvais éviter de tomber enceinte avant ton Appariement avec Cyril, cela éviterait tout soupçons sur la succession. » Elle remet sa jupe qui n’en a pas besoin. « Je ne t’accuse de rien, rassures-toi. Tu es libre de faire ce que tu veux du moment que tu n’oublies pas de te protéger. Nicolaï prétend que mon rôle est le plus facile. » Elle lève les yeux au ciel. « Où en étais-je ? Ah oui. J’imagine mal Cyril être patient avec de beaux-enfants. Les femmes commettent une faute, et le paye longtemps. Par conséquent, protèges-toi. » Je me contente d’acquiescer. « Heureusement, Daniela est infirmière. Vlad est aussi un réalise. Des questions concernant la sexualité et le sexe que tu n’oses pas leur demander ? »

« Pour tout avouer, en parler avec maman et Vlad est un peu difficile. Mes vraies amies sont un peu plus âgées. De toute façon, nous ne parlons pas de sexualité. Une chose m’angoisse… Est-ce que c’est proportionnel à la taille de la personne ? »

« Contrairement aux pieds, non, » sourit-elle. « Nous n’avons jamais mis d’engrais dans la soupe de Cyril, promis, » sourit-elle. Je ne m’attendais pas à cette blague. Je partage son sourire. « Y’a-t-il une personne de ton âge que tu aimes bien en ce moment ? »

« Juste des amies. Rien de plus. »

« Je n’essaie pas d’être intrusive… » se défend Sofia. Elle ajuste sa jupe une énième fois. « Le plus simple est que tu sois celle qui pose les questions. »

« A vrai dire… J’hésite… » je soupire alors que mes doigts tortillent ma robe et me lance : « Est-ce qu’on peut éviter que ça fasse mal la première fois ? Et comment je peux être certaine que c’est bien pour mon partenaire ? »

« Pour la première fois, il n’y a pas de truc miracle. » Elle sort une tablette de derrière un coussin et me montre un dessin. Sofia est partie en mode prof de biologie. « Cyril a eu des copines, ça devrait faciliter les choses. Si lui ou la personne que tu as choisie ne le fait pas, masturbe ton clitoris avant la pénétration. Ainsi, ton vagin sera bien lubrifié. Lorsque c’est agréable, tu n’y pense pas. Si tu y penses, c’est un mauvais signe. Ma masturbation et la lubrification aident, mais elles ne garantissent en rien que cela ne fasse pas mal quand même. Pour savoir si ça lui plaît, les gémissements sont généralement un bon signe. Tu peux aussi lui demander si c’est agréable, s’il veut que tu le caresses quelque part ou autre. Tu peux lui demander la même chose. La communication c’est aussi important pour le sexe. Mais, il y a un moment où ça devient fluide, naturel, comme une espèce de danse. Et danser, tu sais faire. Est-ce que ça te rassure ? » j’acquiesce. Mes sont rouges, mais pour différentes raisons qu’avec Cyril. Finalement, ma lecture l’Amant était peut-être un peu plus…

« Avant tout, nous espérons que le rituel n’ira pas jusque-là, » poursuit Sofia, « et que le Concile élargit votera la division du rituel en deux. » son tic avec sa jupe la reprend. « Cyril t’a expliqué les manœuvres politiques, il me semble. » J’acquiesce. « Oncle Vladimir fait encore des siennes, mais… »

« Oncle Vladimir ? »

« Le Comte. »

« Mon frère porte le même prénom que le Comte ? » Je grimace de dégoût.

« Ta tante Eléna et lui venaient de s’apparier. C’était dans la tradition pour lui souhaiter la bienvenue dans la famille. Je suis admirative de son courage. S’apparier avec lui… J’en frissonne d’horreur. Elle savait que c’était un homme violent… Pauvre Eléna. Elle est dans toutes mes prières. Oncle Vladimir - mon père et lui étaient frères - est en croisade pour le maintien des traditions, mais une des traditions étant aussi de prendre en considération les évolutions scientifiques et de s’adapter... Il y a contradiction. Nous préparons le pire des scénarii, en espérant le meilleur, et en même temps nous donnons l’image que nous faisons notre rôle de souverain. Ta mère, toi et moi, nous sommes des alliés dans cette bataille, les amazones face au patriarcat. »

Je souris. « Les Amazones, comme dans notre légende : « Dans la grotte éclairée par la lune, le premier Voïvode nocturne s’est apparié à la reine des Amazones, son fils s’est apparié à une princesse Amazone et les six autres princes ont fait de même. Leurs sœurs sont venues après elle, formant un peuple où soleil et lune s’apparient dans une danse céleste. L’union de ces deux peuples guerriers a entraîné le recul des Grecs de nos montagnes enchantées. Grâce à ces alliances, les sept amazones ont pu déposer leurs boucliers dans la rivière aux mille éclats et les princes de la nuit ont acquis la capacité de vivre en pleine lumière ? »

« Oui, la référence aux Amazones m’amuse… Sinon, lorsqu’il est allé voyager en Europe incognito, Cyril a retrouvé les vestiges du château des sept donjons, et par hasard, voulant s’abriter pour dormir, a trouvé la grotte de la lune. Il t’a montré les photos ? »

« Non. »

« Il faut que tu lui demandes. Les peintures rupestres qui apparaissent à la lumière de la lune, c’est saisissant… Quand je pense que s’il n’y avait pas été à la pleine lune ou que s’il y a avait eu des nuages, il aurait manqué ça. Au moins maintenant, nous comprenons mieux pourquoi beaucoup de nos rituels ont lieu à la pleine lune. Lorsqu’il y est retourné avec Vlad et Grigori l’été dernier, ils ont exploré les ruines du château et retrouvé des manuscrits dans des cachettes.

« Ils ne sont pas allés pécher en Alaska ? »

« C’était leur version ! Ils ont vraiment fait fort. Toujours est-il que pour ouvrir une des pièces, ils ont utilisé la comptine des loquets. J’ai toujours cru que cette comptine servait pour aider les enfants à apprendre à compter et à se repérer dans l’espace. Il apparaît une autre utilité. Les manuscrits et rouleaux ont été confiés à un institut de recherche qui les examine. La négociation des contrats de confidentialité a été tendue, parce que le but de la recherche est de publier. Cependant la version « on a retrouvé les manuscrits dans des coffres dans un grenier que nous voulions aménager » ne tenait pas vraiment. Alors, l’analyse sera présentée lors d’une de nos conférences scientifiques. Si seulement l’armée napoléonienne n’était pas passée par là… Ce n’est pas comme si notre cours ne jouissait pas d’une réputation progressiste et ouverte aux savoirs… Enfin, bon… Sasha, je sais que nous venons de parler de sexualité, bien entendu, lorsque vous serez mariés Cyril et toi devrez avoir des enfants. Mais, tant que la seconde partie de l’appariement n’est pas complétée, rien ne presse. Je ne suis pas prête à être grand-mère. »

« Stanishou n’a que 5 ans. Ça me fait bizarre de penser qu’il pourrait être tonton. »

Nous discutons pendant une bonne heure du déroulé de la cérémonie, de sa symbolique, des préparatifs, du fait que Beth a accepté de reprendre sa robe pour l’ajuster à mon gabarit, de ce qui est attendu que je fasse ensuite en tant que princesse. En gros, lorsque j’accompagne Cyril, je devrai écouter poliment les personnes en souriant et répondre que nous allons essayer sans promettre de résultat. Être une femme accessoire ne me plaît pas trop, mais je ne pourrai le changer qu'en répondant moi-même avec pertinence. Autrement dit, pas avant que je travaille aussi pour Novsky. Cela fait beaucoup d’informations. Pour nos moments en tête à tête, je peux choisir le vendredi ou samedi. L’avantage du samedi est que nous serons à la résidence des Hudson Highlands avec ma famille pas trop loin, m’indique Sofia. « Ça fait beaucoup d’informations en peu de temps, je sais. Nous pensions avoir encore du temps… » Elle soupire. « Il va bientôt être l’heure du repas. Je ne veux pas te mettre en retard une deuxième fois dans la même journée. As-tu des questions avant que nous terminions ? »

« Je crois que je vais avoir besoin d’un peu de temps pour tout assimiler. »

« Si tu as des questions, ma porte t’est toujours ouverte. »

« Je te remercie, Sofia. Je souhaitais aussi te remercier de porter la parure que je t’ai offerte pour ton anniversaire l’an passé. »

« Oh… Ce n’est rien. Savais-tu que le vert est ma couleur préférée ? »

« C’est une couleur que tu portes souvent, par conséquent je m’en doutais un peu. » Et c’est la couleur de ses yeux.

Elle me sourit. « Effectivement, cette parure va avec beaucoup de mes habits et les complémente avec élégance. Tu veux d’autres petits-fours ? » Je fais non de la tête. « Je les mets de côté pour le goûter alors ou un petit creux dans l’après-midi ou après la répétition de la Danse du soleil. »

« Merci pour tout, Sofia. » Je termine mon verre et me lève. Elle m’imite.

« N’hésite pas à venir rompre la monotonie de ma solitude. Je suis à ta disposition dès que tu le souhaites, Sasha. Je te dois au moins ça après toutes ces occasions où tu m’as représentée parce que j’étais malade ou trop fatiguée par ces terribles nausées. Repasse par le patio pour rester en zone sécurisée. » Pendant qu’elle termine de parler, nous nous dirigeons vers la porte de la suite. Je souffle un instant une fois la porte refermée.

***

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