0.4. Anniversaire du prince Cyril – Salle de réception de Novsky - New York City (Sasha, 8 ans et demi (bientôt))
Maman a insisté : « offre-lui un cadeau personnel. Un jour il sera ton époux. Je sais que cela peut paraître ennuyeux. Ton père et moi, ça marche parce que nous avons des souvenirs en communs. »
J’ai écrit une histoire. Je suis peut-être la seule à lui offrir quelque chose d’aussi personnel.
Depuis que Sofia est devenue reine, je suis “la princesse aux saphirs” et je porte une robe bleu profond. Cyril revient du MIT pour le week-end. Il fête ses vingt-et-un ans. Tous les messieurs me semblent immenses, habillés en noir ou en gris. Même papa. Maman, elle, porte ces pierres rouges et noires que je n’aime pas.
- « Bonjour, Sasha ! » me salue un grand monsieur à la voix grave.
- « Êtes-vous Cyril ? » Il rit.
- « Non, je suis Mikael, le père de Camille. Tu es venue goûter chez nous plusieurs fois. »
- « Oh ! J’aime bien Camille. Elle me prête ses anciens jouets. »
- « Et qu’est-ce que tu tiens si fort ? »
- « Le cadeau pour Cyril. »
- « Ah ! Ce n’est ni une cravate ni des boutons de manchette ! »
- « Non, monsieur. »
- « Mon, monsieur, » sourit-il. « Avant, les ‘monsieur’ étaient adressés à mon grand-père. Les amis de mes enfants m’appellent Mickael. Te souviens-tu de mon épouse, Augusta ? »
Après m’avoir salué, elle me tend un petit sac en papier en me disant que même si ce n’est pas mon anniversaire, ce genre d’événement peut être long pour les enfants. Ruth, l’assistante de Nicolaï, arrive à son tour afin de s’assurer que je connaisse mes interlocuteurs.
- « Elle m’a pris pour Cyril, » sourit monsieur Mickael. « Je ne suis, hélas, pas certain que mon épouse y perdrait au changement. » Il me fait un clin d’œil. Augusta lui frappe le torse.
- « Veux-tu voir une photo récente de Cyril ? » propose Ruth en sortant son téléphone. « Tu ne te souviens pas de lui ? »
- « Pas trop… Je ne l’ai pas vu depuis au moins deux ans. »
Elle me montre l’image. Oui, les yeux vert de sa mère, les cheveux blonds de son père. Ça me revient un peu.
- « Il m’a demandé de lui racheter le parfum que tu lui as choisi pour Noël : musc et agrumes, » précise l'assistante de Nicolaï. Je souris malgré moi.
- « Merci, Ruth. » Ici, je connais le bureau de Ruth, de papa, du service RH. Une fois Ruth m’a fait attendre dans le bureau de Nicolaï, mais je ne suis endormie.
- « Je vous en prie, Madame. »
- « Madame ? » s’étonne Mikael.
- « Madame Alexandra a hérité de titres, » sourit Ruth.
Mickael sourit, promettant de ne plus faire l’impasse, puis lui et sa femme s’éclipse. Le téléphone de Ruth sonne.
Cela étant, je m’échappe discrètement. Je m’installe dans un coin avec A Bear Called Paddington. J’adore Paddington : il est drôle, gentil, et il a toujours faim. Vlad me retrouve juste avant le dîner. Il ira bientôt à l’université comme Cyril. L’an prochain, il ne restera plus qu’Antoine et moi. Lire avec Vlad va me manquer.
- « Allons-y, » déclare Vlad en me tendant la main. Mon coeur se met à battre vite.
Un grand monsieur s’accroupit devant moi.
- « Bonsoir, Sasha. Devine qui je suis ? »
- « Pas Paddington. »
- « Non. Mais parfois, j’aimerais bien être un ours. Les chanceux, eux, peuvent hiberner. » Il sourit. « Je suis désolé, j’ai été absent longtemps. J’ai beaucoup de travail pour mes études à Cambridge. »
- « Es-tu Cyril ? »
- « Oui. » Je lui tends mon histoire.
- « Bon anniversaire, Mons... Cyril. »
- « Je te remercie, Sasha, » sourit-il. « Est-ce une photo de toi en train de danser ? »
- « J’aurai pu faire ça ! » Il éclate de rire. Je rougis et pause me mes devant ma bouche.
- « Sasha ! » s’agace Vlad.
- « Je vous en prie, Altesse sérénissime, » je me corrige en faisant une légère révérence.
- « Je suis certaine que c’est un magnifique cadeau, Sasha. Tu es dispensée de révérence pour les prochains 853 ans. » Je regarde Vlad ne sachant que répondre.
Cyril regarde Vlad un instant, puis se tourne vers moi :
- « Madeleine voudra sûrement prendre le thé demain. Tu viens aussi ? » Vlad rit.
- « Monseigneur doit se mettre à la page : Sasha préfère la lecture au thé aux trèfles. »
- « Madeleine aime les histoires aussi, » je murmure.
- « Je m’en souviens. As-tu lu Peter Pan ? »
- « La semaine dernière, » répond Vlad. « Fifi Brindacier est la prochaine. » Vlad ajoute : « Tout ça l’intimide un peu, n’est-ce pas Sasha ? »
- « Oui. »
- « Je comprends, » m’informe Cyril doucement. « Maman et papa veulent qu’on danse sur une chanson. Tu es d’accord ? »
- « Oui. »
- « Laquelle voudrais-tu ? »
- « J’aime bien Lady Gaga et Emily Sandé. »
- « Je vais regarder. Tu sais tourner ? »
- « Bien sûr ! »
- « Sasha est notre nouveau soleil, » commente Vlad.
- « Parfait. Je vais prévenir le DJ. Je suis à la table 7 au besoin, » m’informe Cyril. J’acquiesce par politesse.
- « Je ne serai pas loin, à la table des ados, » ajoute Vlad.
- « Je sais couper ma viande seule, Vlad. Mais je n’aime pas quand il y a du sang, » je grimace. Cyril lève un sourcil.
- « Ce n’est pas une blague que tu lui as apprise ? »
- « Non, Monseigneur. Elle s’est présentée à nous ainsi. » Je ne comprends pas pourquoi Vlad sourit. Le prince Cyril semble désabusé. Il me regarde dans les yeux puis soupire.
*
Cyril me fait danser sur une chanson d’Emily Sandé. Parfois, il me fait monter sur ses pieds. Il fait attention à ne pas trop serer mes mains et me fait beaucoup tourner sans me faire déséquilibrer. Mon cœur bat si vite. Il me pose des questions sur mon quotidien, ce que j’aime et ce que je n’aime pas en ce moment. J’effectue une révérence à la fin et court vers papa.
Papa doit encore rester, mais Beth nous ramène, Ivan, Antoine et moi. Enfin, c’est le chauffeur du roi Nicolaï et de la reine Sofia qui nous ramènent.
*
Le prince Cyril me lit Fifi Brindacier comme promis hier à Madeleine et moi. Il lit plusieurs chapitres pendant que les autres chassent, bien plus que je n’osais espérer.
- « Monseigneur Cyril, peut-on aller regarder les étoiles à l’observatoire ce soir ? » je demande, un peu hésitante.
- « Je crains qu’il pleuve, Sasha. »
- « Oh… D’accord. » Je suis un peu déçue.
- « Je te lirai un autre chapitre près du feu ce soir si tu veux. »
- « Ok. »
- Il me demande ce que je fais le samedi après-midi. Je réponds :
« Je lis. Je révise les chorégraphies. On goûte quand la chasse est finie et qu’Antoine est réveillé. Parfois une promenade ou la piscine. » - « Tu veux aller nager ? »
- « On n’a pas le droit de sortir tant que la chasse n’est pas finie. Tu n’y vas pas ? »
- « J’y suis allé ce matin. » J’acquiesce.
- « Merci d’avoir lu pour moi, Cyril. »
- « Je t’en prie. Aimes-tu l’histoire ? »
- « Je voudrais être forte comme elle. »
- « Alors tu devras faire de la muscu. »
- « Tu en fais ? »
- « Un peu tous les jours. Ça fait partie des entrainements de l’équipe de baseball à l’université. »
- « On a vu un de tes matchs ! Il y a un grand écran maintenant. »
Il me regarde avec une douceur qui me surprend.
- « Sasha… Faire de petites choses avec toi m’avait manqué. »
- « À moi aussi. Cyril, est-ce que tu as la clé du bureau de bunici Louis. Il me laissait lire sur les canapés. Son odeur et ses câlins me manquent. »
- « Tu cherches un autre endroit où te cacher ? »
- « Je n’aime pas trop lorsqu’il est là, » je murmure.
- « Qui ? »
- « Le Comte, » je chuchote.
- « Est-ce parce que tu l’as vu que tu t’es caché hier ? »
- « Hum. »
- « Je me cachais aussi. »
- « C’est vrai ? »
- « Oui. Je ne sais pas où est la clé, mais je vais me renseigner. Ok ? »
***

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