5.2. Le basculement

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Cyril

Mon téléphone vibre, suivi de son bip habituel. Le téléphone le lit. Mon cœur s’arrête. Je prends mon téléphone. Je le relis plusieurs fois afin d’être certain. L’avoir entendu ne suffit pas. La terre s’est-elle mise à tourner à l’envers ?

Zeilor ! Zeilor, ZEILOR. J’ai besoin de fermer les yeux afin d’intégrer la réalité. Je sens une larme sur ma joue sans réaliser que je l’avais versée, sous le choc de cette annonce dramatique. Je comprends Sasha plus qu’elle ne l’imagine à cet instant.

J’envoie un message de soutien, de compassion et de condoléances, le type de message dont d’aucuns se passeraient bien toute une vie entière. Je rentre à la résidence. En cinq jours, c’est la troisième fois que je fais briser un bout de l’innocence de Sasha.

**

Sasha

Dans le hall, il y a déjà beaucoup de monde et un brouhaha ambiant. Nous croisons Cyril qui semble revenir de son footing. Il a à peine transpiré.

— « Tu as une tête horrible, mon chéri, » commence Sofia alors qu’il l’embrasse sur la joue. Elle pose affectueusement sa main sur sa joue. Il fait pareil. « Tu n’as pas bien dormi ? » Il soupire et l’embrase sur le front. « Cyril ? » s’inquiète-t-elle.

— « Si ce n’était pas pour une bonne raison, je t’aurais renvoyé la responsabilité de ce à quoi je ressemble, ma très chère maman. J’ai reçu un SMS. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Ne restons pas là. » Cyril pousse sa mère derrière son dos d’une main et attrape la mienne de l’autre. Je ne sais encore rien. Ma tête et mon cœur s’agitent pourtant. Qu’est-ce qui serait le pire à ce moment précis ?

— « Sasha, va chercher ta mère et ton frère pour nous aider, » crie papi.

— « Pas maintenant, Stan, » répond la voix grave de Cyril. « Sasha, j’ai besoin que tu réunisses ta famille dans le jardin Sud le plus rapidement possible, » demande d’un calme olympien. Je réalise qu’il retient. Je ne sais pas encore quoi, mais il retient.

— « Nous n’avons pas déjeuné, Cyril ! » s’agace Sofia.

— « Je vais vous chercher à manger. Toutefois, je crains que la nouvelle ne puisse attendre et soit de nature à couper l’appétit. »

— « Des smoothies et des toasts grillés, s’il te plait, » requiert Sofia.

— « Sasha ? »

— « Je me sens submergée, là. » Ma voix sort un peu rappeuse.

— « Que manges-tu lorsque tu es submergée ? »

— « Des pancakes au chocolat. »

— « Nourriture de confort. Quelle est celle de ta mère ? »

— « Euh… »

— « Du sherry, » répond Sofia.

— « Je vais avoir besoin que vous soyez sobres. L’alcoolisme mondain ne résout rien. Autre Maxime royale, » m’indique Cyril.

— « Maxime royale ? » l’interroge Sofia.

— « Une liste de phrases à avoir en tête pour bien gouverner, » répond Cyril. Elle plisse des yeux, puis balaye son regard entre nous deux, ce qui me met mal à l’aise. « Jardin, » ordonne-t-il à sa mère avant de me pousser dans l’autre direction. « Famille pour toi, et pour moi nourriture de confort. » Il opère un demi-tour.

***

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