5.8. Le poids de la conscience
Sasha
Après le repas, Vlad et Antoine me proposent de faire des paniers. Je prétexte une éventuelle blessure avant la Danse du soleil pour décliner. Mon humeur n’est pas non plus au beau fixe.
Je vais lézarder sur le bord la piscine comme prévu, musique sur les oreilles afin de montrer que je ne souhaite pas être dérangée. Je ne pense pas connaître les personnes qui sont là. Tant mieux, il n’y aura personne pour me rappeler l’heure de la générale. Je fais un signe de la main aux surveillantes, même s’il semble que ce soient également des nouvelles. Tout le monde doit plus ou moins savoir qui je suis avec les rumeurs qui circulent. Je m’allonge et ferme les yeux.
C’est dans ces instants que je comprends à quel point chaque geste, chaque mot, chaque regard a un poids. Chaque pas que je ne fais pas, chaque silence que je laisse passer, m’enseigne quelque chose sur ce monde dans lequel je dois apprendre à évoluer. Mon indignation ne suffira pas. La tâche et le poids sont énormes et mon énergie limitée.
Mercredi, en arrivant au camp, j’avais cru que tout cela serait simple, léger, un espace pour moi. Je me voyais courir, rire, respirer. Et maintenant… je sens le poids que je n’avais pas mesuré. Chaque regard, chaque sourire, chaque mot échangé a un enjeu. Entre deux silences, je réalise que la liberté que j’imaginais n’existe pas telle que je la voulais. Entre deux pas, je découvre combien je suis liée, encadrée, contrainte par des attentes qui ne sont pas les miennes.
Je replonge dans mon souffle, dans la chaleur du soleil, dans la musique. Ce n’est plus seulement un instant de repos, c’est un espace pour mesurer l’ampleur de ce que je dois porter. Entre deux silences, entre deux pas, je sens le poids de la place que je n’ai pas choisi. Combien d’Anica y a-t-il dans notre communauté ? Il leur est si facile de faire ce qu’ils veulent. Ils n’ont pas de contre-pouvoir. J’ai agi selon ma conscience et mes valeurs, mais leur poids me paraît trop lourd. Même mes choix, même mes décisions guidées par ce qui me semblait juste, se transforment en chaînes que je peine à porter.
Nous ne sommes qu’à la moitié de la journée et pourtant, je me sens déjà épuisée.
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