5.12. Le patio des imprévus

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Cyril

Une fois la porte fermée, je retire mes chaussures, dépose ma veste sur une chaise, et déboutonne deux boutons de ma chemise. Je secoue un peu mes mains et souffle longuement afin de me recentrer. Je suis attirée par un splash. La porte-fenêtre de ma suite est restée ouverte. Sasha est DANS le bassin du patio. Un sourire m’échappe malgré moi. Elle fait jouer ses mains dans l’eau, et gémit de douleur de temps à autre. Je m’approche et m’accroupis à quelques centimètres d’elle :

— « Que fais-tu ici ? » Je l’interroge avec un large sourire.

— « Cyril, j’avais chaud. J’ai eu envie de me baigner pour me rafraîchir. Tu savais que ce bassin pouvait tourner comme un manège ? Je ne me souviens plus comment je l’ai mis en route. Peux-tu l’arrêter ? Vlad m’a donné une aspirine… » Elle me montre le cachet qui est dans son poing fermé. Une gourde est au fond du bassin à côté d’elle. « Mais, ça tourne de trop pour boire. Il est parti demander un plat de pâte ou de riz en cuisine. »

— « Je peux t’aider à descendre du manège et à prendre ton aspirine. Je t’agrippe sous les bras, OK ? »

— « OK. » Zeilor, ses yeux ! Je prends une grande inspiration pour rester calme. Elle papillonne deux yeux deux fois, puis tousse.

Je prends une grande inspiration, puis remonte les manches de ma chemise. Elle regarde mes biceps en léchant ses lèvres. Je souris. Au moins, elle aime ce qu’elle voit. Cyril, arrête de vouloir de plaire à ta future épouse ! Tout cela est encore inconscient pour elle.

— « J’ai préféré le vin blanc au champagne, » chuchote-t-elle. Je souris.

Je sors Sasha de son bassin en le prenant sous les aisselles, puis la pose en position assise contre le mur extérieur du bassin. Je m’accroupis en face d’elle. Son t-shirt bleu clair s’est collé sur sa poitrine. Je m’interdis de regarder autre chose que ses yeux. Je ferme les yeux, et me reconcentre. J’enlève ma veste et la dépose sur ses frêles épaules pour couvrir la tentation. J’attrape la gourde et la dépose dans ses mains. Elle avale son cachet et boit un peu d’eau.

— « Bois-en encore un peu. Il faut te réhydrater si tu ne veux pas te sentir trop mal demain matin. » Elle reprend une gorgée.

— « Je n’ai pas réussi à me dégager. Il me tenait trop fort. J’ai essayé de le frapper, mais c’est comme si cela ne lui faisait rien. » Elle se met à pleurer. Je la serre contre moi et frotte son dos quelques instants.

— « Ok. Tu n’as rien à te reprocher, Sasha. C’est lui qui a mal agi. Il va être puni. Bois encore un peu. Est-ce que tu as mal quelque part ? Montre-moi tes mains. Dis-moi si tu as mal. » Je me décolle afin de regarder si ces articulations fonctionnent et si elle ne s’est pas fait une entorse à chaque poignet.

— « Tes mains sont si douces », constate-t-elle. Elle déglutie. « Tu sens bon, » rosie-t-elle.

— « J’aime aussi ton odeur, Sasha. » Une partie de moi aime cette discussion. Une autre crie « Alerte rouge : Danger ».

Je lève la tête. Elle appose ses lèvres contre les miennes, puis les bouge légèrement. Son haleine sent l’alcool et les fruits. A-t-elle mangé un bonbon ? Elle pince délicatement ma lèvre inférieure. La sensation est agréable. Elle se recule. Je suis déjà en manque de son contact. J’écarquille les yeux. J’évite de bouger. Une partie de mon corps se réjouit trop de la situation. Cette partie n’a aucune raison. Ce que je ressens n’est pas…

— « Tes lèvres sont douces aussi. Je me suis demandé, ce que ça pouvait faire d’embrasser. J’ai bien aimé la sensation. Est-ce que j’ai utilisé la bonne technique ? Est-ce que c’était bien ? Est-ce que c’est vrai qu’on ne se souvient plus de ce qu’on a fait quand on a bu, parce que sinon, je vais être morte de honte. »

— « Oui, oui, et pas toujours. Bois encore. » J’aime bien Sasha désinhibée. Toutefois, je choisis mes réponses avec soin pour détourner son attention. Ce que je ressens n’a pas d’importance. Elle est toujours mineure. Mon rôle d’adulte est de me contrôler.

— « Pas toujours, quoi ? » Bingo. Elle est prise d’une quinte de toux et déglutie.

— « Continue de boire, Sasha. » Je reprends plusieurs grandes inspirations. Je me retiens de caresser sa joue.

Vlad entre dans la suite en allumant. Elle ferme les yeux, met son bras devant son visage et demande de fermer les volets.

— « Vlad, Sasha est dans le patio. Elle a confondu le bassin avec une baignoire. »

Vlad arrive avec une boîte pleine de nourriture. Il s’approche de nous. Je m’écarte.

— « C’n’est pas vrai, Sasha. Si tu veux sauter dans l’eau complètement bourrée, tu enlèves tes chaussures, au moins. Elles sont fichues. Tu sais que tu n’en auras pas d’autres ? Tu as pris l’aspirine ? »

— « Cyril m’a aidé à ouvrir la gourde. J’ai toujours l’impression d’être sur le manège. » Vlad lui enlève ses ballerines, révélant ainsi du vernis à ongles orange sur ses orteils. Même ses orteils sont beaux. J’ai envie de les caresser. Ce n’est pas bien.

— « Ferme tes yeux. Est-ce que ça tourne toujours ? » lui demande-t-il.

— « Oui. Ça s’arrête quand ? »

— « Parfois pas avant plusieurs heures. Il faut que tu boives beaucoup plus d’eau. »

— « Je vais uriner dans ma culotte si je bois encore. » La conversation n’est plus du tout sexy.

— « Tu es déjà toute mouillée de toute façon. Cependant, Ama ne va pas aimer laver du pipi. Retiens-toi. Je vais te chercher des serviettes. Il ne manquerait plus que tu attrapes un rhume avec tes cheveux mouillés. Est-ce que tu peux manger seule ou tu as besoin d’aide ? Il y a un peu de pizza. Mange ça en premier. » Il lui tend la boîte et une fourchette. Comme elle rencontre des difficultés à l’attraper, il la lui met dans la main. Je souris à Vlad.

— « Quoi ? Je ne suis pas ravi avec cette partie du plan. Papa et maman qui te couvrent pour ta première cuite. Pour me faire la morale, papa était venu dans ma chambre avec une bouteille de whisky. »

— « Tu es un super grand frère, Vlad. Tu fais ce que tu peux pour lui éviter les pires conséquences des petits jeux qui amusent mon père. »

Elle me regarde :

— « C’est mon grand frère préféré », commente Sasha, son visage orné d’un large sourire. Cela me fait sourire.

— « Je suis ton seul grand-frère, » s’agace Vlad. « Les deux autres sont plus petits. »

— « Je peux avoir un câlin ? »

— « Mari zei ! Elle a l’ivresse affective. C’est le pire pour les filles. Je te ferai un câlin quand tu seras sèche. Dépêche-toi de manger. Tu ne peux pas faire son câlin de bonne nuit à bébé Stan dans cet état et si je lui dis que tu es malade, il va vouloir te faire un câlin qui guérit. Et crois-moi, bébé Stan n’est pas du tout compatibles avec la gueule de bois. »

Il se lève et va vers la salle de bain de Sasha. Elle essaie en vain de prendre de la nourriture dans la boîte avec sa fourchette. Elle manque la boîte à plusieurs reprises. Je ris à ses dépens.

— « Veux-tu de l’aide pour manger, Sasha ? »

— « Tu peux juste ordonner à la fourchette de coopérer. »

— « Je n’ai aucun moyen de contrainte pour la faire obtempérer. Je te prends ta fourchette, OK ? »

— « C’est une question rhétorique. »

J’avais déjà la fourchette en main, donc oui.

— « Ouvre la bouche, Sasha. »

— « Et moi, tu peux me faire obtempérer ? » demande-t-elle d’une petite voix.

J’éclate de rire :

— « Je peux toujours essayer. Mais, j’aime ta liberté d’esprit. Pizza ? » Je lui montre la fourchette sur laquelle j’ai mis un morceau de pizza. Elle ouvre la bouche. Je la nourris.

— « Hum, » commente-t-elle.

— « C’est bon ? » Elle écarquille les yeux et opine.

— « Champignons et oignons, » précise-t-elle la bouche pleine.

Vlad revient avec deux serviettes, un sèche-cheveux et des vêtements. Il lui met une serviette autour de la tête.

— « Tu avais besoin d’avoir les cheveux aussi longs ? Je te frotte la tête. Ne proteste pas. » Moi, j’aime qu’elle ait les cheveux longs. Dès qu’il a fini, je redonne un morceau de pizza à Sasha. « Monseigneur, je vais finir. Je vous remercie de l’aide. Sasha, mets la serviette autour de toi et redonne sa veste à Monseigneur. » Elle enlève la veste d’abord. J’ai de nouveau une belle vue de sa poitrine.

Vlad l’admoneste :

— « J’avais dit la serviette d’abord, Sasha. »

— « Vlad, Cyril et moi avons dansé, été à la piscine ensembles, et il m’a sorti du bassin il y a quelques instants alors… »

— « Alors, rien, rassure-toi, Vlad. Je sais faire preuve de galanterie et de retenue. » Vlad me regarde comme si j’étais l’ennemi.

— « Sasha, » reprend-il, « nous allons devoir avoir cette conversation du grand frère qui explique à sa sœur que les hommes ne pensent qu’au sexe et que tu deviens un objet de convoitise. »

— « Tu as raison, Vlad, je ne veux pas entendre cela. » Parce que la véritable raison est que je veux tous leur crever les yeux. Une jalousie que je ne suis pas légitime de ressentir. « Bonne nuit. »

— « Bonne nuit, Cyril », me salue-t-elle les joues rosies et les yeux qui papillonnent.

Par Yarilo ! Je suis dans la panade avec cette fille, même si tous cela est inconscient pour elle.

*

Je les entends se débattre encore un moment. Elle, pour lui dire qu’elle ne veut plus manger. Lui, pour lui faire enlever ses vêtements et les changer pour des secs.

— « Mets-y du tien, Sasha. Je ne regarde pas. Enlève ton t-shirt mouillé et passes celui-ci. »

Je crois que j’aurai un souvenir de son t-shirt un petit moment. Je retravaille mon argumentaire pour demain avant d’aller me coucher. La position assise n’est pas la mieux choisie. Elle n’a que 15 ans, je tente de raisonner avec la partie peu coopérative de mon anatomie. Une douche glacée s’impose en premier.

*

Bébé Stan est déçu d’apprendre que Sasha dort lorsqu’il vient pour son câlin du soir. Daniela remercie Vlad de s’être occupé de sa sœur. Je crois percevoir un peu plus tard le prénom Emily. Cela me fend le cœur de savoir qu’il devra probablement choisir entre elle et nous. Ce n’est pas mieux pour Thomas et ses deux familles. Nos règles sont vraiment absurdes.

***

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