5.13. La nuit tombe, rien n’est résolu
Cyril
Il m’est impossible de m’endormir. Le silence de la chambre n’apaise rien. Il amplifie tout.
Pourtant, je me sens fatigué. Ce petit baiser sage m’a troublé plus qu’il n’aurait dû. Une émotion inattendue a frôlé mes limites. Il n’avait rien de transgressif en soi. Justement. C’est ce qui me trouble. Sa simplicité. Son innocence maladroite. L’absence totale de calcul. Elle voulait juste savoir. Elle me voit probablement comme la bonne personne avec qui expérimenter pare ce qu’un jour elle me dira oui dans la plus belle des robes. Je dois faire ouvrir les coffres et retrouver le diadème nuptial. Ce geste sans enjeu pour elle… a été une onde de choc pour moi.
Je sens que je dois me recentrer immédiatement. Je ne peux pas la perdre. Non, je ne peux pas perdre, que ce soit cette manche ou mon contrôle. Je ne céderai pas. Je vais tenir. Mon esprit sera plus fort… Mais, pour combien de temps ?
Je respire. Lentement. Profondément. Mes mains sur mon ventre. Je ne peux pas me permettre la moindre confusion. Ni intérieure, ni extérieure.
Je respire profondément, encore et encore. Je peux le faire. Je vais le faire. Simple : Pas de contact rapproché avant ses 18 ans. Après, elle décidera de rythme. Ces choix. Mais, pas de mariage avant qu’elle ait terminé ses études. Ce sont mes règles, claires et immuables. Pas une contrainte, une responsabilité. Presque un entrainement pour mes futures fonctions.
Cette promesse sera un défi. Elle testera ma valeur, ma patience, ma force intérieure. Je réussirai. Quoiqu’il m’en coûte. Cette promesse que je me fais à moi-même est lourde. Elle pèse sur la poitrine, sur les épaules, sur chaque pensée nocturne. Mais, son poids est juste. Celui de la conscience. Celui de l’adulte que je choisis d’être.
Cette victoire sur moi-même sera le meilleur moyen de montrer ma valeur morale et de m’en servir au besoin. Sasha est la plus belle des épreuves qui m’est envoyée, je souris. Une épreuve de nature totalement différente des autres. Le temps fera son œuvre en ma faveur. À la fin, j’aurai sa confiance et c’est là tout ce qui compte. Les enjeux et l’objectif sont clairs. J’en serai à la hauteur. Je n’ai pas d’autre choix si je veux rester fidèle à moi-même.
Et sur le plan politique ? Bilan de la situation pour trouver le sommeil : j’ai reçu l’information pour Milenka avant maman et Stan. Mes relais sont efficaces. En revanche, Stan pense que c’est en appliquant des solutions qui ne fonctionnent pas aux mêmes problèmes que la situation va se résoudre. C’est comme répéter « essais-erreur » sans essayer de chercher autre chose, un enfant qui mettrait toujours un cube dans un cercle. L’entêtement n’est pas productif. Comment le lui faire comprendre ? S’il change d’avis, Yurí, son frère le suivra. Si Anton et Dimitri sont réceptifs à nos argumentaires… Il suffit qu’un seul change d’avis pour que la majorité bascule, papa ayant un privilège de deux voix en cas d’égalité. Sasha a raison de remarquer que le résultat n’est pas garanti. Il ne l’est jamais. Ça doit être d’autant plus compliqué à affronter lorsque c’est votre vie future, votre avenir qui en dépend. 12 hommes, autant que de jurés dans un tribunal, vont sceller son sort alors qu’elle n’a rien fait de mal. Je peux peut-être utiliser la comparaison dans mon argumentaire. Ils se sentiront attaqués personnellement, mais c’est pour la bonne cause. Le fonctionnement de ce régime doit être modifié. Ces jeunes filles, celles à naître, s’il y en a un jour, doivent pouvoir décider du moment et de la personne avec laquelle elles s’apparient. Pas en fonction de règles ancestrales.
Je n’arrive toujours pas à dormir. Je devrais peut-être aller chasser.
*****
***
*

Annotations
Versions