6.7. Le patio des imprévus (II)

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Cyril

Je suis hors de moi, furieux. J’ai fait un détour par l’arboretum, mais je n’arrive pas à me calmer. Je vais jusqu’à ma suite. Je me sens comme un lion en cage. Je sors dans le patio. Je fais les cents pas. J’ai besoin de faire sortir cette colère. J’agrippe le banc comme s’il ne pesait rien et le fracasse contre le mur. Il éclate. Des morceaux s’envolent dans toutes les directions. J’entends un bruit sourd, comme un cri étouffé. Je me retourne. Des bouts de bois ont atterri tout autour d’elle. Elle a été touchée par les fragments.

Comment ai-je pu me laisser tant aveugler par la colère que je n’ai pas entendu son souffle, son cœur battre ni senti son odeur envoûtante ?

Elle lève sa main gauche vers son cou. Elle me regarde sans sembler comprendre. Elle défaillit, tombe. Je cours pour l’attraper avant qu’elle ne touche le sol.

Sa tête est sur mes genoux. Du sang coule de sa carotide. Son sang coule. Trop vite. Non. Non. Non. Je me penche. Mes crocs sortent avant même que je réfléchisse. Le goût me frappe. Violent. Vivant. Pas maintenant. Je plante mes crocs. Mon venin. Plus. Encore. Guéris. Sasha, guéris. Mon venin se mêle à son sang. Est-ce que cela sera suffisant ? Je sens qu’une partie de mon venin coule sur ma langue. Je lèche l’ouverture de sa blessure, espérant que cela aidera la cicatrisation. Ma langue fait pression. Le sang coule moins. Mes crocs m’en demandent encore. Je dois contrôler le monstre en moi. Elle a besoin de la moindre goutte de sang pour sa survie. J’ai du sang dans mon réfrigérateur. Je pourrai lui faire une transfusion. Il faut d’abord que sa carotide se referme. Il lui faut plus de venin. Puis-je lui en donner sans boire de son sang ? Je ne l’ai jamais fait. Mes crocs s’enfoncent un peu plus loin. Ma langue est contre sa blessure. Mon venin agit lentement, trop lentement. Elle convulse, signe que si je veux, c’est le moment de la transformer. Je pleure. Sasha, s’il te plaît, guéris​. Je lèche de nouveau la plaie. La carotide s’est presque refermée. Une multitude de veines, de vaisseaux et de capillaires sanguins sont toujours ouverts. Le venin va les fermer petit à petit en accélérant sa coagulation. Je ne sais pas dans quel état est le muscle de son cou. Sa peau. Il y aura une cicatrice. Je continue d’assurer une pression avec ma langue et ma bouche. J’ai l’impression que le temps s’est arrêté. La seule chose qui bouge, c’est son sang qui coule en dehors de son corps. Reste à l’intérieur. Coagule plus vite. C’est comme s’il avait entendu mon ordre.

Quelqu’un approche.

  • « Qu’est-ce qui s’est passé ? »
  • « Il y a des poches d’O. nég. dans mon frigo. Il faut lui en transfuser une. Vite, Daniela ! Je ne l’avais pas vu. Je ne l’avais pas vu. »

***

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