6.11. Apprendre à se connaître
Cyril
Je la regarde dévorer sa pizza. Cela me fait plaisir de la voir manger. Elle m’en a proposé plusieurs fois. Je ne veux pas la priver. Elle rougit chaque fois qu’elle me regarde. Elle s’applique à manger avec des couverts alors qu’elle a envie d’utiliser ses doigts. Je souris. Elle reprend sa fourchette au dernier moment. Elle est la plus adorable des créatures de cet univers. Elle s’arrête de manger à la moitié.
- « Je partage souvent avec Antoine. Je n’ai plus faim. Je vais ranger, nettoyer, et la remettre au frais. »
— « As-tu encore la tête qui tourne ? Veux-tu manger autre chose ? »
- « Non. Je suis presque neuve. »
- « Besoin d’aide ? »
- « Ça va aller vite. »
Elle range tout et nettoie avec une attention qui m’étonne. Le soleil rentre par les vitres. Ses cheveux prennent cette jolie coloration rousse de mes fantasmes, ceux où elle regarde par la fenêtre avec une tasse à la main. Elle rougit lorsqu’elle s’aperçoit que je la regarde. Je vais mourir d’envie si elle rougit tout le temps.
Je prends l’assiette recouverte de papier alu et sa main. Elle m’offre l’un de ses beaux sourires. Nos doigts s’entrelacent le temps du trajet. Nous ne disons rien ni l’un ni l’autre. Tout son corps bouillonne. Le mien voudrait faire de même.
Je referme la porte de la suite après la lui avoir tenue et m’appuie contre elle quelques instants. C’était à la fois le trajet le plus court et le plus long de ma vie. Sasha se sert un grand verre d’eau qu’elle avale d’une traite, s’en sert la moitié d’un deuxième, m’en propose un que je décline. Il y aura plus d’eau que de pizza dans son estomac. Elle me demande cinq minutes en désignant sa chambre.
— « Bien sûr, Sasha. Prends tout ton temps. » J’ai 15 minutes devant moi pour trouver comment faire en sorte qu’elle agisse plus naturellement. Ce baiser n’a rien changé. Il ne devrait rien changer. Pourtant, la facilité avec laquelle son sang monte à ses joues m'annonce tout le contraire. Une adolescente de 15 ans, Cyril ! 15 ans. Tchernobog, je me tourne vers toi. Ton fils te demande de l’aide, une solution pour que ça se passe bien avec celle qui sera la prochaine mère de tes fils ? Combien de temps faut-il pour qu’un message soit délivré à un dieu ?
*
— « Sasha, je crois que j’ai oublié de te dire à quel point tu es ravissante. » J’embrasse sa joue. « Pas besoin de mascara ni de gloss, » je chuchote à son oreille. Elle rougit telle une enfant prise la main dans la bonbonnière. « Tu es adorable lorsque tu rougis. Toutefois, tu n’as pas à le faire chaque fois que je prononce une phrase. »
- « Je vais… faire ce que je peux, » déclare-t-elle avec embarras.
— « Veux-tu t’asseoir ? »
— « Oui. » Je passe d’un côté pour aller sur le canapé et elle de l’autre. Elle se retient de rire.
- « Sasha, si tu veux rire, rit. Tu as aussi un rire magnifique. »
- « Ok. »
- « Veux-tu que nous fassions quelque chose tous les deux ce soir ou as-tu besoin d’un peu de temps pour toi ? »
- « Dois-tu travailler ? »
- « Non, pas ce soir. Si tu as envie, je suis tout à toi. » Elle pique un beau far. Je pose ma main sur sa joue et la caresse. « Je voulais dire que mon temps est à toi si tu le souhaites. » Elle acquiesce.
- « Un match ? » me propose-t-elle.
- « As-tu envie de regarder un match ? »
- « Pas trop. Mais… » Je lève une main.
- « Vous faites des tours chez vous, non ? »
- « Oui. »
- « Tu commences ce soir. Qu’aimerais-tu faire ? »
- « Marcher. J’ai été enfermée toute la journée. »
- « D’accord. Allons marcher. Serais-tu d’accord pour que je te montre quelque chose ? »
- « Quelque chose ? Il y a des secrets du camp que je ne connais pas ? »
- « Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas dans le camp. Mais, accolé. Près de cottage de mes parents. »
- « OK… »
- « Tu sembles hésitante. »
- « Je ne pensais pas faire tout le tour du lac ! »
- « Je te porterai sur mon dos une partie du chemin si tu veux ? »
- « D’accord, » sourit-elle.
— « Juste avant de partir. Je voulais te remercier pour… techniquement les deux baisers. Sasha, si… » J’hésite. « Sasha, je veux que tu saches que tu peux me faire confiance. Je t’offrirai tout ce que tu demandes. Mais, ces baisers sont une exception que je m’accorde, parce que tu l’as demandé. » Je glisse mes doigts dans les siens, puis embrasse sa main. « À toi de décider lorsque tu veux en recevoir un autre. En raison de notre différence d’âge, je te confère le pouvoir de décider, ça te va ? »
— « D’accord, » répond-elle d’une voix à la fois basse et assurée. Elle se blottit de nouveau contre moi. « Maintenant ? »
— « Tu veux un autre baiser maintenant ? »
— « S’il te plait ? » demande-t-elle alors que son cœur accélère.
— « Absolument tout ce que tu demandes, même un simple baiser, » je réponds en m'approchant.
- « Peux-tu me donner un vrai baiser cette fois ? »
- « Un vrai baiser ? Je ne savais pas qu’il en existait de faux. Je t’autorise à faire ce que tu veux de moi pendant les 5 prochaines minutes. Tu décides du rythme, de l’intensité. Je te suis., » je chuchote au creux de son cou. Son pouls chaud bat vite. J’embrasse son cou délicat. Son souffle s’accélère. Ses pupilles sont dilatées. Je vais devenir fou d’elle.
Nos souffles se mêlent avant que nos lèvres se scellent. Le premier contact est doux, accompagné d’un petit goût de vanille. Je la laisse prendre le contrôle. Ses lèvres effleurèrent les miennes avant de s’y attarder, une invitation à laquelle je réponds sans hésiter. Ses lèvres jouent avec les miennes quelques fort agréables dizaines de secondes. Puis, la chaleur de nos bouches, le battement de nos cœurs, nous entraînent plus loin.
— « Ça va ? » Je m’assure. Elle hoche la tête.
Je prends son bras droit pour l’enrouler autour de mon cou, puis pose mes mains sur ses joues. Elle bouge son autre main pour la poser sur mon bras gauche. Elle se rapproche pour venir un peu plus contre moi. Je sens le bout de sa langue toucher ma lèvre. J’ouvre la bouche pour l’accueillir. Nos langues se cherchent. Elle hésite. Je déplace une main dans son dos pour la guider vers moi. Nos langues s’apprivoisent et commencent à danser l’une avec l’autre. Étrangement son cœur se calme. Une bulle d’endorphine éclate. Elle émet un mignon petit son en faisant vibrer ses lèvres. Elle est tellement adorable ! Mon adorable… Je recule en caressant son nez avec le mien. J’appose un petit piou et la serre contre moi.
— « Zeilor, Sasha ! » Elle touche sa lèvre inférieure du bout des doigts, la mordille. « Hey ! » je poursuis en caressant ses cheveux, « peux-tu m’expliquer ce que tu ressens maintenant ? »
— « Cyril… » hésite-t-elle le regard rempli d’émotions, « je ne veux personne d’autre que toi. Je… Je… Je ne sais pas comment dire… Même si tu ne veux plus… Je ne voudrais personne d’autre. » Elle se pince les lèvres. Je souris, flatté, tout en dégageant ses lèvres avec mon pouce.
- « Je ne m’attendais pas à une déclaration si forte. » J’embrasse sa main. « Je voulais savoir si tu as aimé le baiser ? »
- « Oh ! Oui, beaucoup. Et toi ? »
— « Maintenant, je pense que tu es la meilleure créature de l’univers. Je l’ai beaucoup aimé. Merci pour ce fabuleux baiser. »
— « Tu vas me remercier à chaque baiser ? »
— « Possiblement, » je souris. « Je sais que tu penses ce que tu as dit. Ce que tu ressens est réel et sincère. Je veux juste que tu saches que tu n’as pas à décider ça pour toute ta vie aujourd’hui. Je te laisserai expérimenter ce que tu veux, du moment que tu le fais en sécurité. OK ? »
— « Je ne suis pas certaine de comprendre. Ça a l’air grave. »
— « Oui, d’une certaine manière. Ce que je veux dire, c’est qu’à ton âge, j’aurais promis la même chose… sans savoir si j’aurais pu tenir. Aujourd’hui, je suis capable de tenir mes promesses. Je sais que tu es une meilleure personne que moi, mais je n’attends que ce qui se passe aujourd’hui entre nous devienne une obligation. Tout est frais, nouveau. Tu as appris de grandes nouvelles aujourd’hui. » Je croise mes doigts dans les siens. « Tu n’as que 15 ans. Ton choix est… irrévocable. Que ressens-tu à ce propos ? » J’embrasse sa main.
— « Il me rend heureuse. Je croyais que tu ne voulais pas de moi et ça me rendait triste. » Je soupire.
— « Certaines choses sont plus compliquées qu’ils n’y paraissent, » je réponds en caressant ses cheveux. « Je croyais avoir compris leur jeu. Je l’ai sous-estimée. Me le pardonneras-tu ? » Je pose sa main avec la mienne contre ma joue.
- « As-tu accepté parce que tu as des sentiments pour moi ou par devoir ? » Son cœur fait de gros bonds.
- « Penses-tu que je laisserai n’importe qui utiliser mon corps ne serait-ce que 5 minutes ? » J’embrasse de nouveau sa main.
- « Je ne sais pas, » répond-elle avec une vulnérabilité désarmante.
- « Tes yeux sont comme la lune. Je ne peux pas résister à leur appel, qu’il fasse jour ou qu’il fasse nuit. Quelque chose s’est passé en moi la première fois où nos yeux se sont croisés. Je ne saurais pas l’expliquer. À chaque fois que je les vois, c’est la même chose. C’est irrationnel. » Je marque une petite pause. « Tu as le droit de changer d’avis. Ça, c’est important. J’aimerais savoir… à propos de nos gènes, comment as-tu pris la nouvelle ? »
— « J’ai mis du temps… J’ai cru que c’était une blague au début. Je te remercie pour les fleurs. Elles sont magnifiques. »
- « C’était le moins que je puisse faire, » j’embrasse de nouveau sa main. « Qu’est-ce qui t’a convaincue que c’était la vérité ? »
— « J’ai demandé à maman de me faire un schéma. Maman est douée pour les schémas, mais elle n’en ferait pas un exprès pour une blague. »
— « Tu sais tout cette fois ? Plus de secrets ? »
— « C’est ce qu’elle a dit. Plus de secret. Nous avons parlé d’un peu de tout, en fait. »
— « Je comprends pourquoi c’était si long. Je suis ravi que tu le saches enfin. »
— « Oui, les grandes lignes. »
— « Les grandes lignes, » je répète, un peu déçu. « Si tu as des questions, je répondrai évidemment à chacune. Comment te sens-tu à ce propos ? »
— « Les yeux qui brillent dans le noir, mon cauchemar. C’était ça ! »
— « Ce n’était pas un cauchemar, » je confirme. « Vous étiez chez nous. Tu devais avoir 4 ans. Il était tard. Tu t’es endormie sur le canapé. Papa a proposé de te mettre dans une chambre d'amis afin que tu sois au calme. Notre cuisinière a fait brûler un plat. L’arme d’incendie s’est déclenchée. Le bruit a dû te faire peur. Tu as eu une poussée d’adrénaline qui m’a provoqué une poussée d’hormones. Tu pleurais. Vlad et moi étions dans ma chambre, au bout du couloir. Je suis allé te chercher pour te rassurer, mais tu as eu encore plus peur. Je t’ai dit : ‘Viens, allons voir ta maman et ton papa. Vlad est là’. Je t’ai pris dans mes bras et j’ai collé ta tête contre mon torse. Ensuite, j'ai répété : ‘Tout va bien. Sasha, ta maman est en bas. Entends-tu ta maman ? Allons voir ta maman. L’alarme va bientôt s'éteindre’. Lorsqu’ils m’ont vu arriver, ils m’ont regardé étrangement. Ta mère t’a prise dans ses bras. Tu as arrêté de pleurer, et mon père m’a prévenu que mes yeux brillaient. Cela m’est arrivé lorsque je sens de grosses poussées d’adrénaline et une fois, il y a deux ans… » Je descends ma main vers son bras que je caresse avec un doigt. « Près du château de nos ancêtres, en Europe, il y a une rivière souterraine. J’y ai bu de l’eau. Dans cette eau poussent des algues, et vivent des micro-organismes fluorescents. C’est comme les flamants roses qui mangent des crevettes roses, qui elles-mêmes ont mangé une algue rose. C’est très commode pour explorer des cavernes souterraines. Tes plus grandes peurs sont liées à moi, je le crains. » Je l’embrasse sur le haut du crâne. Elle lève ses magnifiques grands yeux gris vers moi.
— « Ma plus grande peur est de vivre dans une maison où il n’y a pas d’amour. » Ma main sur son bras revient sur ses cheveux que je caresse doucement. Je sais ce qu’elle est en train de me demander. Mais, cela serait prématuré de le lui promettre.
— « Sasha, c’est un peu tôt pour parler d’amour. Nous apprenons tout juste à nous connaître, mais il y a irrévocablement des sentiments et sensations extrêmement agréables. » Elle sourit légèrement. « Je te respecte plus que n’importe qui. J’admire la personne que tu es en train de devenir, la manière avec laquelle tu regardes le monde. Mon affection est ancienne. Bunici et Baboonya ont insisté pour nous donner des souvenirs en communs, ça joue sans doute. J’adorai lire pour toi et te voler une tasse de thé. Je voudrais toujours que tu bénéficies du meilleur de tout. J’ai appris beaucoup à Cambridge. Le seul inconvénient était d’être loin. Les petites choses que l’on faisait me manquaient. Tu étais dans mes pensées chaque jour. Mon attirance, elle, est nouvelle. J’ai toujours aimé tes yeux comme je l’ai dit. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement tes yeux. À quel moment tes jambes sont-elles devenues aussi longues au juste ? Elles pourraient faire le tour de ma taille ! » Elle sourit. J’embrasse une joue. « Est-ce que c’est un bon début pour toi ? Est-ce que cela est suffisant pour le moment ? Donnons-nous un peu de temps. Dans les relations, rien n’est jamais évident. Je caresse sa joue. Ses yeux vont de droite à gauche. « Tu grandis encore. Je vais évidemment adorer chaque millimètre que tu prendras. Notre différence d’âge… n’est pas l’idéal, tu comprends. »
— « Je pense que oui, » sourit-elle.
— « Sasha, cet après-midi pour refermer la blessure, j’ai bu de ton sang et injecté mon venin pour accélérer la coagulation et refermer les vaisseaux sanguins plus rapidement. Je ne sais pas si ta mère te l’a expliquée. Les échanges entre vampires et descendants de vampires sont plus forts. Tu vas avoir une sorte d’addiction à mon venin et je vais avoir besoin de ton sang. Je ne sais pas trop comment cela fonctionne. C’est un peu un tabou. Tout le monde le fait, mais personne n’en parle. Du coup, je ne sais pas si je vais avoir besoin souvent ou pas de… »
— « Me mordre ? » propose-t-elle.
— « Oui. Je sais me contrôler, rassure-toi. C’est juste comme un baiser vampire. »
— « Tu as besoin de le faire maintenant ? »
— « Non, par Rod, non. J’ai essayé de ne pas en boire trop, mais ton sang coulait beaucoup. C’est juste pour te prévenir que tu t’habitues à l’idée. »
— « Maman m’en a parlé tout à l’heure. Elle et papa… Mais, c’était trop bizarre. » Sa grimace et le geste des mains qu’elle fait m’indiquent son dégoût. « Je demanderai à Beth. » Ce n’est peut-être pas la bonne personne pour ça… Mais, je ne lui dis pas encore.
— « Cyril, pourquoi tu as demandé à maman de me mettre un implant contraceptif ? »
— « J’ai pensé que si tu n’ovulais pas, ça calmerait leur plan. J’en ai parlé à ta mère. Je me trompais de toute évidence. Tu es trop jeune pour avoir des enfants. Zeilor ! Tu es trop jeune, point. Il ne sera sans doute pas facile de prendre le temps de nous construire comme couple alors que tu n’as pas encore pu terminer de te construire en tant que personne. Je ne peux pas être une part de ton identité. Comment expliquer cela ? S’épanouir, ce n’est pas seulement son cœur. Devenir soi… Je ne suis pas certain de tout ce que cela implique en fait… Te rappelles-tu Camille ? »
— « Oui. » Elle répond en fronçant les sourcils. Que j’évoque une autre femme ne lui plait pas. Je la caresse doucement avec mes pouces, mes mains immobiles.
— « Camille est toujours une amie, pas autant que les gars, mais une amie. Elle est devenue psychologue. Elle nous a fait notre analyse. Elle a essayé en tout cas. Nous avons fait partie de ses cobayes. Elle nous a posé tout un tas de questions. Là où je veux en venir, c’est que… Tu n’as que 15 ans. Ton toi est… en formation. Je veux juste que tu aies le temps de comprendre ce que tu veux, de grandir avec tes expériences, avec ta famille, tes amis… et moi, si tu le souhaites. » Je la regarde, son visage contre ma poitrine, ses yeux qui clignent pour me fixer. « Les relations ne doivent pas étouffer. Elles sont un miroir, un guide, pas une cage. »
Elle relève la tête et nos regards se croisent. Je passe un bras derrière son dos, la rapprochant un peu. Elle sourit, hésitante, puis ferme les yeux. Je glisse ma main sur sa joue, caresse ses cheveux. Le silence parle autant que mes mots.
— « Sasha, là où je veux en venir c’est que je souhaite que tu aies le temps d’essayer, de te tromper, de changer d’avis… et je serai là, pas devant toi, mais à côté. Comme un filet de sécurité. Comprends-tu où je veux en venir avec ma métaphore ? » Je sens ses doigts serrer les miens. Elle hoche légèrement la tête.
Nous restons ainsi un moment. Ses joues effleurent ma poitrine, sa respiration contre moi. La chaleur de son corps chétif est… apaisante. Il lui faut plus de temps pour que son cœur se calme. Nos yeux se croisent, nos mains se touchent. Je sens que nous construisons quelque chose de fragile, mais réel.
— « Je crois que oui, » murmure-t-elle enfin.
Je lui souris et dépose un baiser léger sur son front. Elle lève les yeux, un sourire timide aux lèvres, et se blottit un peu plus contre moi. Je respire lentement, conscient que ce moment n’a pas besoin de plus de mots.
*
— « Cyril, je commence à avoir des fourmis dans les jambes. »
— « Ok. Lève-toi doucement. On fait un tour du patio avant le reste ? » Je me lève et place ma main au milieu de son dos, l’accompagnant lentement. « Mets des baskets. Je prends un sac avec de l’eau et des fruits secs, au cas où. »
— « OK. » Elle m’embrasse rapidement, fixe mon regard pour se rassurer. Nous nous sourions. Puis, je l’aide à se relever.
*
Le soleil descend doucement derrière le lac. Le ciel prend des couleurs allant de l'orange au violet. La fraîcheur de ce début de soirée estival est douce. Nous marchons côte à côte, main dans la main, et calons nos pas. Je sens le souffle léger de Sasha contre mon bras. Je me tourne légèrement vers elle pour apercevoir, sur un des pontons, sa famille. La chienne et son jeune frère courent vers nous. Sasha se penche pour le prendre dans ses bras et, à cause de son élan, tombe à la renverse. La chienne lui fait la fête, lui lèche le visage. Elle éclate de rire. Je souris, la rattrape et l’aide à se relever. La chienne me renifle les pieds et s’en retourne aussitôt.
— « Tu m’as tellement manqué, Sasha, » déclare le petit bonhomme.
— « À moi aussi, Shou. Mais, fais attention quand tu cours vers les gens. »
— « Promis, » répond-il d’un air ennuyé.
Elle se moque de sa grimace. Nous rions doucement. Ils se font un câlin. Il trouve qu’elle sent étrange et cela le déroute.
— « Sasha a dû aider des personnes à l’infirmerie, » je mens. Il accepte l’excuse.
Grigori s’approche, gêné. Vlad est derrière. Le cœur de Sasha s’accélère et elle se tend. Sasha saisit ma main, ce que note immédiatement Gri. La chienne revient se mettre entre Sasha et Gri.
— « Sasha… Je suis vraiment désolé pour hier soir. Vlad a menacé de me frapper si je recommençais. » Il regarde entre Sasha et ses pieds.
— « Désolé pour quoi ? » j’insiste.
— « Je m’excuse pour mon comportement d’hier soir, » soupire-t-il. « Je n’aurais pas dû faire cela. Ce n’était pas un endroit approprié pour t’aborder. » Vlad se racle la gorge. « Ni la manière appropriée, » ajoute-t-il.
Elle croise les bras, un air sérieux se dessine sur ses traits.
— « Excuses acceptées. Mais, il me faudra du temps pour te faire confiance à nouveau. »
— « Je comprends, » déclare notre cousin. Je passe ma main dans son dos afin de la rassurer. Je dépose un bisou sur sa tempe qui surprend beaucoup Gri. Vlad m’envoie un regard noir. Stanishou saisit l’autre main de Sasha. C'est à Gri qu'il envoie un regard noir.
— « Tu ne feras plus jamais mal à Sassss-A, » insiste le plus petit. « Sinon, je te mords. » Gri acquiesce en sa direction d’un air sérieux. « SassH-a, tu viens à côté de moi ? » demande le petit dernier.
— « Si tu veux, Shou, » répond-elle le plus naturellement du monde, son visage orné de l’un de ses merveilleux sourires. Elle lui caresse doucement les cheveux. Sasha me lâche la main.
Nous nous installons sur le ponton. Elle avec son frère et la chienne, moi avec Ivan. Ivan semble aussi content de la serrer. Antoine s’éloigne après une grimace. Vlad profite de notre présence pour téléphoner à Emily. Il embrasse sa sœur dans les cheveux, puis m’adresse un regard dépité. Gri est à distance sur le même ponton, semblant à la fois puni et sous surveillance.
*
Au bout d’une trentaine de minutes, Constantin apparaît afin de récupérer le petit Stan. Sasha le câline aussi. C’est lui qui la garde longuement.
— « Je t’aime, papa. »
— « Je t’aime aussi, mon p’tit cœur. »
— « Jusqu’à Alpha du Centaure ? » s’assure-t-elle.
— « Même jusqu’à Andromaque ! » Il l’embrasse affectueusement. Elle diffuse ses endorphines partout. Même Gri se retourne. Je lui envoie un regard noir. Le regard de Constantin croise le mien. Il semble un peu dépité.
Après ses au revoir, Sasha vient s’installer avec nous. Aster l’accompagne. J’aide Ivan à remonter un poisson assez gros. Il est si gros qu’il ne rentre pas dans le seau. Sasha prend une photo avant que nous le relâchions. Ivan est aux anges. Antoine sort toutes les épithètes possibles pour féliciter son cousin, notre cousin, puis ptâtonne ses biceps. En revanche, Gri observe de loin au lieu de participer aux félicitations. Je sens sa frustration. J’espère qu’il est en train de comprendre la leçon.
Une fois que Vlad est revenu, Sasha glisse sa main dans la mienne, un geste doux et réconfortant. Je l’embrasse sur le front, et nous restons un instant silencieux, à observer le coucher de soleil. Je n’ai plus envie de me passer de ce bonheur simple.
***

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