6.12. Nous deux, enfin
Sasha
Notre promenade continue en longeant les cottages, accompagnés d’Aster. Cyril s’arrête parfois pour observer le paysage ou me serrer doucement contre lui. Aster nous rapporte un bâton que nous lui lançons l’un ou l’autre. J’ai tellement rêvé de ce jour. Je me sens bien. J’ai l’impression de flotter.
— « Veux-tu que je te porte un peu ? »
— « Non, merci. »
Ses doigts se referment sur les miens et je sens l’assurance de son geste. Nous entamons le dernier tiers de notre parcours autour du lac.
— « As-tu déjà vu le cottage de papa et maman ? »
— « Oui, je me souviens d’un barbecue il y a quelques années. Nous avions fait des smores. »
— « Tu t’étais endormie sur mon épaule. »
— « Vlad était à côté de moi, » j’assure.
— « Devine qui était de l’autre côté. Est-ce que ça compte comme un câlin si tu n’es pas consciente ? »
— « Je ne crois pas. » Je ris doucement.
— « Te souviens-tu que tu t’es cassé le nez sur mes abdos ? »
— « Hum. »
— « Alors, un câlin pour te faire pardonner. »
Elle se blottit contre moi, ses bras autour de mes hanches, et je l’enlace par réflexe. Je l’embrasse sur le front et elle me répond par un petit bec sur les lèvres.
— « Tu peux refuser, mais je prends ce doux baiser pour un oui. » Je souris et l’embrasse encore, plus longtemps cette fois. « Un peu plus loin, derrière la péninsule, se trouve notre cottage. J’aimerais te le montrer. » J’indique la direction avec mon doigt.
— « Ok. » Sa douce main trouve la mienne.
— « Juste un détail : il n’est pas encore totalement aménagé. Je ne pensais pas que nous en aurions besoin si vite. » Il m’embrasse sur la joue. Je ris doucement.
— « Ce n’est pas grave, je me fiche des meubles. Je veux juste passer du temps avec toi, et éviter ton grand-père le plus possible. »
— « Sasha, » soupire-t-il, « nous ne sommes pas censés parler maison le soir du premier baiser, normalement. »
— « De quoi on parle, alors ? »
— « De mes muscles, et du fait que ton père a volé toutes les étoiles du ciel. » Il devine que je suis un peu perdue. « Il a volé toutes les étoiles pour les mettre dans tes yeux, » susurre-t-il à mon oreille. J’éclate de rire. « Ce n’est pas la réaction que j’espérais… » déplore-t-il.
— « Vlad m’a fait un cours sur les phrases idiotes auxquelles ne pas succomber. »
— « Je vais devoir trouver mieux… Je t’aide pour passer le gros caillou. Il commence à faire sombre. »
Aster aboie dans le vide de temps en temps. Cyril lui caresse la tête entre les deux oreilles à chaque fois et la félicite. Je trouve ça étrange.
— « Vlad s’assure de savoir où nous sommes, » m’indique-t-il.
— « Nous ne pouvons pas avoir d'intimité ! »
— « C’est un grand frère très protecteur. Je ne lui en veux pas. Il t’aime. »
— « Je sais, » je réponds en levant les yeux au ciel. « Il m’agace souvent. »
— « En tant qu’enfant unique, je ne me permettrai pas de commenter. »
*
Nous marchons encore près d’une demi-heure, main dans la main. Aster est le plus souvent devant nous. Nous coupons par le jardin du cottage de ses parents. Le lac se poursuit derrière une péninsule, ce qui m’avait échappé. Puis après avoir emprunté un sentier arboré, nous arrivons à un cottage en pierre, bois, murs végétalisés, et de larges baies vitrées. Des panneaux solaires reposent sur le toit, lui aussi végétalisé. J’ai mis du temps à l’apercevoir. Le cottage est caché par les rangées de grands arbres qui poussent sur la parcelle. Malgré sa hauteur, grâce aux arbres et au lac qui l’entourent, le cottage conserve un côté intimiste.
Il nous a fabriqué une immense maison de trois étages ! Même s’il est architecte, je n’en reviens pas. Ce que je ressens est tellement fort et nouveau que je ne sais pas comment le décrire. Mon cœur bat vite. J’aime qu’il y ait pensé. J’ai envie de me jeter dans ses bras. Il sourit et m’embrasse sur la joue.
Alors que les derniers rayons du soleil se reflètent dans le lac et sur les vitres comme si le cottage captait la lumière pour nous, je me sens heureuse et légère. La brise fraîche ne me calme pas. Aster aussi s’est arrêtée. Assise, elle regarde le cottage puis dans notre direction.
C’est… stupéfiant, irréaliste, et intimidant. Mes doigts serrent les siens sans que je m’en rende compte.
Notre chemin est éclairé par de petites lampes solaires et des lucioles. Celles-ci volent autour de nous et au-dessus du lac. J’aimerais les attraper, mais je me retiens. Aster se met à jouer avec elles. C’est trop beau ! Je voudrais que ce moment dure pour l’éternité. Je tourne sur moi-même. Cyril sourit en m’observant.
***

Annotations