Peur

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Nous quittons le château de glace avec l'approche du dégel pour retourner à la demeure d'été du roi de l'eau. Il faut en effet s'en aller avant le retour du printemps car la hausse des températures fera fondre l'édifice.

C'est à notre retour au château de saphir que les premiers bourgeons pointent le bout de leur nez. La neige fond petit à petit et le lac retrouve son état liquide, au plus grand bonheur d'Otter qui reprend ses baignades quotidiennes. C'est avec joie que j'observe la floraison des premières fleurs. Ce n'est qu'alors que le printemps est officiellement installé.

Les jardins retrouvent leurs belles couleurs grâce à leur herbe verte et à leurs mille et une fleurs bleues et blanches. J'aime ce paysage, qui est d'ailleurs mon préféré dans ce royaume. Je profite du fait de promener ma loutre pour retrouver Kaï au bord du lac. Nous discutons longuement ensemble, tout en observant l'animal se mouvoir avec grâce et agilité dans l'eau.

Un jour, mon époux me dit :

- Laissons donc Otter se baigner tranquillement. J'ai quelque chose à vous montrer . . . déclare-t-il d'un air mystérieux.

- Qu'est-ce donc ? demandé-je, intriguée.

- Vous verrez bien, dit-il en me prenant la main pour m'entrainer derrière lui.

Nous contournons le château et traversons un petit bois, que je n'avais jamais dépassé jusque là. Une fois cet espace boisé franchi, nous nous trouvons devant une grande chute d'eau qui se déverse dans un lac, plus petit que celui où nage Otter, cependant. Je remarque la présence d'un rosier face à nous. Je lance un regard perplexe à Kaï, qui me demande :

- Les roses ne sont-elles pas vos fleurs préférées ? J'ai planté cet arbuste en automne, suite à votre arrivée. Je me suis dit que cela vous rendrait heureuse.

Un large sourire se dessine sur mon visage et je me jette à son cou en m'exclamant, touchée par ce geste si attentionné :

- Oh, merci ! C'est si gentil de votre part ! Vous ne cessez de me gâter depuis mon arrivée ici.

- C'est normal, j'aime faire plaisir à ceux qui m'entourent et plus particulièrement à vous, qui êtes si spéciale à mon coeur.

Je lui offre un baiser en guise de gratitude, puis me dirige vers le rosier pour sentir ses fleurs couleur écarlate. Leur parfum est fruité et me rappelle l'odeur des fraises. Je ferme les yeux pour la savourer, ennivrée par cette douce et bonne senteur.

Quelques secondes plus tard, je sens un chatouillement sur le bout de mon nez. J'ouvre les yeux et constate qu'un papillon aux ailes blanches est posé sur moi. J'ai à peine le temps d'esquisser un sourire qu'un oiseau passe devant moi aussi rapidement qu'un éclair, attrpant au vol le petit insecte. Il se pose ensuite sur une branche pour avaler sa proie. J'abaisse les sourcils, attristée par le sort tragique de ce pauvre papillon.

Quelques jours plus tard, Kaï et moi sommes tranquillement allongés sur un drap étendu dans les jardins, tandis que le petit Otter nage dans le lac, comme à son habitude.

Nous sommes alertés par les cris d'un homme qui annonce :

- Votre Majesté ! Nous venons de recevoir un message de la part de l'empire du feu !

Nous nous redressons tous les deux, inquiets. Une boule se forme dans mon estomac. J'appréhende ce que nous allons découvrir dans cette lettre. Le serviteur s'agenouille devant son souverain et lui tend un parchemin encore scellé. Mon époux le prend et arrache le sceau pour dérouler le papier. Il lit ce qui y est incrit et ses sourcils se froncent. Le désappointement et l'inquiétude se lisent sur son visage. Je lui demande :

- Qu'est-ce qu'il y a ? Que dit ce message ?

- L'empire du feu nous déclare la guerre. Vos parents affirment être déçus par votre trahison et . . .

- Et ?

- Ils vous bannissent, lâche-t-il dans un soupir.

Mes yeux s'écarquillent sous l'effet du choc. Je savais bien que mes parents ne réagiraient pas positivement à mon attitude, mais je ne m'attendais clairement pas à ce qu'ils me bannissent de mon pays natal ! Il est maintenant évident qu'ils m'en tiennent rancoeur et cette pensée m'attriste profondément. J'espérais qu'ils me comprendraient au moins un peu, mais il n'en est rien.

Je pousse un soupir. Kaï s'adresse au serviteur :

- Je veux que tous mes ministres se réunissent dans la salle du conseil sur le champ.

- Bien, Votre Majesté, répond l'homme en s'éloignant pour accomplir la volonté du roi.

Je demande à mon époux :

- Que comptez-vous faire ?

- C'est évident : je dois me préparer à défendre mon pays.

Sur ces mots, il s'éloigne, me laissant seule dans les jardins avec Otter.

Je ne le revois pas durant le reste de la journée, pas même à l'heure du souper. Je ne dors presque pas cette nuit-là, trop inquiète pour me reposer correctement.

Le lendemain matin, je quitte mes appartements dès ma toilette terminer pour me rendre dans ceux de mon époux. Je toque à sa porte et j'entends sa voix me répondre :

- Entrez !

Je pousse la porte de saphir et m'engouffre dans la pièce. Le roi de l'eau se tient là, enfilant sa cape. En me voyant, il m'adresse calmement :

- Bonjour, Oriane. Comment allez-vous ?

- Je n'ai pas beaucoup dormi . . .

- Je comprends.

- Où allez-vous ?

- Je dois conduire mes troupes jusqu'aux frontières pour repousser l'armée de l'empereur du feu.

- Vous partez combattre avec eux ?

- Évidemment. C'est à moi de protéger le royaume. C'est le rôle qui m'incombe et je suis fier de le remplir.

- Je veux vous accompagner, déclaré-je sans hésitation.

Il me regarde avec surprise. Je poursuis :

- Je veux me battre à vos côtés.

Il secoue la tête :

- Non, Oriane. Votre place est ici. Vous devez prendre soin du château et de ses habitants, ainsi que des affaires intérieures du pays. C'est votre rôle en tant que reine de l'eau.

- Oh, mais s'il vous arrivait quelque chose ? Que deviendrai-je ? demandé-je d'une voix tremblante de sanglots, au bord des larmes.

- Rassurez-vous, tout ira bien. Je vous promets de faire tout mon possible pour revenir sain et sauf, dit-il en posant ses mains sur mes épaules.

Je plonge mes yeux noirs dans son regard bleu. J'ai si peur . . . J'ai peur de le perdre ! J'ai peur que ce ne soit la dernière fois que je le vois ! Je ne veux pas . . . Je ne veux pas qu'il s'en aille !

Je me jette soudainement dans ses bras en éclatant en sanglots. Quelques secondes s'écoulent, avant qu'il ne déclare, en me repoussant doucement :

- Je dois partir, maintenant. Au revoir, Oriane.

Il me contourne, attrape son épée au passage et quitte la salle. Je le regarde faire en silence, perplexe. Sa voix était si calme . . . Il n'a même pas entouré une dernière fois ses bras autour de moi. Je ferme les yeux en croisant les bras. Un frisson me parcourt, mais ce n'est pas dû à la fraicheur des martinées de printemps. Non, c'est un frisson de pure peur. Je n'ai jamais eu aussi peur de toute ma vie . . .

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