Chapitre XLI (1/2)

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Muraena fit son apparition alors que le soleil était au zénith et la chaleur accablante. Je venais de finir un cours de littérature où les enfants s’étaient passionnés pour l’une des plus célèbres légendes Lointaines : celle de la posidonie qui voulait voyager jusqu’en haut des montagnes pour voir le monde autrement. Ils avaient donc quitté la classe en arborant des sourires aussi joyeux que la fin idyllique de ce conte merveilleux, et comme leur bonne humeur était contagieuse, je me sentais moi-même en harmonie avec l’univers.

Contrairement à l'héroïne de ce conte pour enfants, la pauvre Muraena n'avait pas de baguette magique. Elle peina donc à gravir la passerelle de coupée… Elle était soutenue par Milos, oeil de pluie et cheveux de vent, et par Rutila, tresse atone et gestes tristes. Derrière eux marchait Orcinus : il boitait très légèrement et portait un petit sac de toile sur son épaule. Ils passèrent à un rythme de limaces des mers et se dirigèrent droit vers l’infirmerie, où notre fugueuse plus ou moins repentie fut installée avec toutes les précautions d’usage.

Voyant cela, je restai à errer sur le pont de batterie, ne faisant guère mystère du fait que je les attendais. Ce qu’Orcinus ne fit pas semblant de ne pas avoir compris ! Puisqu’il se dirigea droit sur moi dès qu’ils eurent terminé, laissant sa grand-mère aux bons soins de Milos.

« - Comment va-t-elle ? demandai-je.

- Mal. Mais elle ne souffre pas.

- Et toi, comment vas-tu ?

- Aussi bien que possible, vu les circonstances.

- Tu es toujours fâché ?

- Mais non, Lumi. Je ne partage pas ta fascination pour les têtes couronnées, mais ce n’est pas pour autant que je suis fâché…

- Bon ! Tant mieux. »

Je posai la main sur son bras, juste pour le plaisir de ressentir sa peau, et il posa ses doigts par-dessus les miens, à peine une demi-seconde, en me souriant doucement. Cela me rassura… Et comme j’avais faim, je suggérai de nous rendre au réfectoire. Je pariai qu’il n’avait rien avalé depuis la veille, ce qu’il me confirma d’un haussement d’épaules, alors j’attrapai un morceau de pain à l’encre de seiche, deux tranches de saumon citronné et une salade de concombre de mer et nous nous assîmes face à face, dans un recoin, à l’écart de la présence nombreuse et joyeuse du reste de la troupe.

Plus loin, je surpris le regard inquisiteur, scrutateur, amusé, de mon ami Perkinsus à qui décidément rien n’échappait, en bon veilleur qu’il était ! Je lui répondis d’un petit sourire en coin avant de me concentrer sur mon voisin de table. Il mangeait doucement, en silence, un peu comme un enfant qui se résignerait à écouter sa mère ou son médecin. Nous n’échangâmes pas vingt mots, mais curieusement, ce silence n’était pas vide. Bien au contraire, il avait quelque chose d’enveloppant, de suspendu, d’intime.

Lorsque nous eûmes terminé, je pris un air de conspiratrice (du dimanche, mais on fait ce qu’on peut…) et l’invitai à me suivre dans les entrailles du bateau. La voilerie était presque notre petit royaume à nous… Mais je m’abstins de faire la moindre allusion de ce genre pour ne pas raviver nos divergences de points de vue sur les têtes couronnées !

Sous son oeil interrogateur, je fermai la porte et me tournai vers lui. Son regard se fit plus appuyé, plus sombre, quand je m’approchai de lui. Il ne bougea pas d’un pouce, me laissant venir. Alors je le pris dans mes bras, tout contre moi, en le serrant très fort et en murmurant : « J’avais juste envie de faire ça… »

Il me rendit mon étreinte avec une douceur merveilleusement moelleuse, pressant sa poitrine dans la chaleur de la mienne. Il m’entourait comme on cajole un doudou ou une poupée, son souffle faisait palpiter mon cou et son poids s’alanguissait sur mon épaule. Quand il releva la tête pour accrocher au mien son regard bleu comme un lac artificiel, nous échangeâmes d’abord un sourire, ensuite un baiser.

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