Il est dix heure, je viens de tirer le frein à main, mais je reste un instant dans ma voiture. Le silence emplit le garage de la résidence, la lumière automatique s'éteint.
Si j'ouvre cette porte, j'y retourne, dans cette course effrénée. Mais tant qu'elle reste fermée, c'est un monde à part, le mien.
C'est con, c'est qu'une voiture, un truc que j'prends pour aller au boulot, même si ça me fait chier. Le matin j'ai pas envie de l'ouvrir cette porte, mais le soir venu, j'ai pas envie non plus.
J'éteint le moteur, les phares s'éteignent, c'est le noir complet. Reste la radio et le tableau de bord qui éclairent mon teint blafard.
Ca débite des âneries, des trucs sur Trump, des trucs sur la politique. Ils ont l'air d'avoir des problèmes de porte eux aussi. Ils enfoncent celles qui sont ouvertes, et s'appliquent à bien cacher celles qui sont fermées.
Ca fait déjà dix minutes, faut que j'bouge. Parce que si j'le fais pas, je sais que c'est tout que je lâche, c'est pas juste cette porte. Elle, c'est juste un truc qui te ramène à tout le reste. Alors il faut l'ouvrir, encore une fois, au moins.
J'actionne la poignée, un courant d'air frais traverse le parking, je frissonne. Je me fais une raison, j'ai ouvert, c'est trop tard, il faut y retourner.