Chapitre 4
Règle N°16
« Les Altérés chassent par l'odeur, l'ouïe et le mouvement.
Jamais par la raison. »
— ☣ —
Il la retrouva plus vite qu'il ne l'aurait cru. Sa trace se déplaçait avec une logique proche de la sienne, évitant les rues infestées, coupant par des passages larges. ''Elle connaît les règles ?'' Et pourtant quelque chose clochait : le rythme. Trop rapide. Trop direct. Elle ne ralentissait pas assez.
Le premier cri le frappa avant même qu'il ne la voie. Pas un cri humain. Un son déchiré, guttural, borborygme, qui ricocha entre les murs de la ville et attira tout le reste avec lui. Il s'arrêta une fraction de seconde, balaya l'espace, et les repéra aussitôt. Plusieurs, proches, rapides. Ils convergeaient déjà et elle était au centre d'eux.
Elle recula d'un pas puis d'un autre, son regard passant d'une silhouette à l'autre sans jamais s'arrêter, les Altérés sortaient de partout, attirés par ce qu'elle n'avait pas pu éviter. ''Règle N°16 : Les Altérés chassent par l'odeur, l'ouïe et le mouvement. Jamais par la raison.''
L'un d'eux se jeta en avant et elle répondit immédiatement, une décharge électrique sèche, brutale, mais faible. Le corps tomba, raide, puis se releva. ''Sa Faculté s'essouffle !'' Et les autres accélérèrent, trop nombreux, et chaque nouvelle décharge ralentissait son rythme, alourdissait ses gestes.
Elle ne tiendrait pas.
Il bougea avant même d'y réfléchir, plongeant dans la trajectoire la plus courte, tranchant les tendons des chevilles au passage. Il arriva sur le flanc du groupe en quelques secondes. Il découpa d'un geste la tête du plus grand, trancha le ventre d'un autre trop près. Il avançait méthodiquement, observait tout, calculait lesquels abattre en premiers.
Le combat n'avait rien de propre, rien de glorieux. Rapide. Sale. Instinctif. Chaque coup visait à neutraliser, pas à tenir. Il faisait en sorte d'attirer les Altérés, de couper leurs trajectoires pour qu'elle ne soit pas attaquée. ''L'Alpha ! Là.'' Il repéra l'Altérée qui commandait, fit quelques pas, découpant ceux qui s'interposaient — une jambe, un bras, la gorge, le ventre — les artères qui les tueraient rapidement ou lentement. Puis dans une rotation maîtrisée, il égorgea l'Alpha. ''C'est bon !'' Les Altérés grognèrent ensemble, tous convergèrent vers lui, laissant la femme presque tranquille.
Elle le vit et s'adapta aussitôt ; leurs mouvements se synchronisant sans un mot.
Elle frappait à distance, lui coupait les trajectoires avec sa machette.
Elle ouvrait, il fermait.
Pendant un instant, ils tinrent.
Mais un Altéré surgit sur le côté, bas, rapide. Sa jambe blessé céda légèrement et l'angle fut mauvais. Les mâchoires se refermèrent sur son bras dans un choc brutal. Il trancha jusqu'à ce que la prise cède, le sang coulant déjà, chaud, rapide, mais il n'y pensa pas.
Elle le vit continuer sans recul, sans hésitation, sans panique. Quelque chose passa dans son regard, une compréhension rapide, évidente : il l'a sauvait. Alors elle frappa plus fort, malgré sa propre douleur. Une décharge large et violente arracha un espace autour d'eux dans un éclat brutal. Plusieurs corps tombèrent. Mais elle chancela, les mains serrées contre son torse.
C'était suffisant.
Il l'attrapa par le bras et ils fuirent.
Il connaissait leurs règles. L'odorat avant tout, le sang, la transpiration, la présence humaine non-altérée. L'ouïe ensuite, les pas, la respiration, le moindre frottement. Le mouvement enfin. Trois déclencheurs. Rien d'autre. Une fois lancés, les Altérés ne réfléchissaient pas. Ils suivaient. Ils traquaient. Et ils ne lâchaient pas.
Alors il bifurqua brusquement et s'engouffra dans un ancien hangar de vaisseaux et d'avions. D'un geste rapide, il frappa avec sa machette dans un réservoir fissuré. Un liquide sombre à l'odeur pourrie d'HydroZ croupi se répandit au sol. Il plaqua la femme en dessous sans un mot, s'y enfonça lui aussi, masquant leurs odeurs.
Pas parfait.
Mais suffisant pour casser la chasse.
Puis ils se glissèrent enfin dans une petite pièce étroite, fermée. ''Je n'ai pas respecté les règles de papa.'' Ils soufflèrent, les respirations haletantes. Il fit un pas en arrière, puis une grimace contracta son visage, la douleur remontant subitement. Il regarda sa jambe et son bras en sang. Sa vision se flouta. Il fit un pas, chancelant, puis un autre, hésitant. Son corps trembla puis céda brutalement, ses genoux touchant le sol sans qu'il puisse les retenir.
Trop de pertes.
Trop de tension.
Il s'écroula.
Le monde resta brumeux une seconde sous ses yeux, puis disparut.
Et elle était toujours là. Debout. À le regarder s'effondrer.

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