Chapitre 3

3 minutes de lecture

"Lucifer..."

Debout au milieu d'un champ à l'herbe grise, je suis perdu dans un brouillard blanc qui semble fait de mille et uns esprits entremêlés les uns aux autres. Ils s'enroulent autour de moi en écharpes de brume bruissant de murmures sombres.

Je lève les yeux vers le ciel voilé qui tombent soudain sur moi comme le plafond d'une caverne qui s'effondre. Son poids m'écrase et je suis asphyxié. Je sens la végétation durcir sur mon dos et une épine tranchante s'enfonce dans mon dos et me traverse de part. Je hurle.

Je me réveille nauséeux, allongé sur un lit de camp, la gorge sèche. Une lumière crue perce par une grande fenêtre ouverte et m’aveugle.

Je cligne des yeux, tente de me redresser et le regrette aussitôt. Une douleur fulgurante me vrille le ventre, irradiant jusqu’à mes orteils.

  • Ne bouge pas, idiot.

Cette voix s'est gravée dans ma mémoire au tranchant d'un couteau. Un frisson me parcourt, mêlé d’angoisse et d’adrénaline.

Cynthia quitte le mur contre lequel elle était adossée et s’approche pour m'observer avec ce regard méprisant dont elle seule a le secret.

  • Tu n’es pas mort, constate-t-elle.
  • Euh… Ce n'est pas faute d’avoir essayé.

Elle me foudroie du regard puis se penche. Instinctivement, j’essaie de reculer, mais mes épaules butent contre le mur.

Elle est magnifique, féroce, dangereuse, souple et fascinante comme une tigresse. Ne jamais lui tourner le dos sans prononcer ses dernières volontés.

  • Tu es pathétique, sang-mêlé.
  • Pardon ?

Je balbutie un truc inintelligible, ce qui n'est pas vraiment étonnant au jugé de la situation.

Déjà qu’à presque seize ans, je suis aussi mal à l’aise devant une personne de mon âge que chez le médecin alors tenir tête à une guerrière qui m’a éventré, n'y pensons même pas.

Pourquoi sang-mêlé sonne comme une insulte ? Elle croise les bras, sans daigner m'accorder un regard de plus et s’éloigne d’un pas vif comme si j'avais la peste.

  • Qu’est-ce que tu fous à Belciennes ?

Je la regarde comme si elle venait de se transformer en baleine rose fluo.

  • Bah… J’habite ici ? Chez mes parents ?
  • Je sais.

Elle souffle du nez, moqueuse. Ça sonnait mieux dans ma tête. Elle pivote et se fige à quelques centimètres de mon visage.

  • Tu veux me faire croire que ton parent humain s’est installé ici de son plein gré ?

Je déglutis avec difficulté. Je vois la lame à sa ceinture et mon corps réagit de lui-même.

J’attrape la dague, tire Cynthia par le bras et la plaque contre le lit, lame sur la gorge ce qui aurait été incroyablement stylé si oubliait le fait que je n'avais jamais appris comment manier une arme.

Elle écarquille les yeux, surprise. Je crois qu’elle va réagir, mais je n’en ai pas le courage d'aller au bout de mon geste et de lui enfoncer la dague dans la gorge.

La panique me frappe comme un uppercut. Je laisse tomber le poignard et je m’enfuis en courant à travers la porte-fenêtre.

L’air du matin me fouette le visage, mais mes jambes lâchent vite. Je trébuche. Je m’effondre. Et je pleure.

Je suis à genoux, recroquevillé, sanglotant comme un gosse. Des filles s’approchent, bruyantes, toutes vêtues comme Cynthia, un genre d'armée d'adolescentes en treillis.

Elle les écarte d’un ton autoritaire :

  • Léa, un brancard. Marthe, va chercher Sam. Les autres, dégagez.

Elle s’agenouille à côté de moi et sa voix s’adoucit.

  • Hé. Gamin. Personne ne va te faire de mal.
  • Je ne te crois pas !

Elle soupire, puis s’assoit en tailleur, calme et patiente.

  • Tu veux bien me regarder ?
  • Je lève lentement les yeux.

Elle attend.

  • Bien.

Elle marque une pause.

  • Je t’ai blessé. Je suis désolée. Je t’ai pris pour un autre. Tu étais au mauvais endroit, au mauvais moment. Tu vas guérir. Notre guérisseuse s’en occupe. Ensuite, on te trouvera un endroit sûr.

J’hésite, puis murmure d’une voix tremblante :

  • Mes parents doivent s’inquiéter…

Elle hausse un sourcil, m’observant attentivement.

  • Tu as des parents ?

Je cligne des yeux. C’est quoi, cette question ?

  • Ben… Oui. Comme tout le monde.

Elle lâche un rire sec, sans joie.

  • Tu n’es pas comme tout le monde, gamin.

Annotations

Vous aimez lire Elio ;) ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0