Chapitre 41 - Suhua

8 minutes de lecture

20 mai – 7 heures 37

Fukuoka

Je suis la petite amie de Felix Nagashi, ce milliardaire bordélique, taquin, fier, respectueux… J’ouvre les yeux. Une de ses mèches de cheveux blondes me retombe sur le visage. Je la repousse et me tourne vers Felix, qui dort encore. Il est trop beau, comme ça, paisible, mais j’ai hâte qu’il se réveille pour voir ses grands yeux bruns.

Je repense à ses mots, à sa question. « Est-ce que tu veux bien être ma petite amie ? ». Je crois que je n’ai jamais aussi bien dormi. Sa respiration est lente, régulière. Je sens la chaleur de son torse sous la couverture, et son bras m’entoure.

Je redresse la tête parce que mon épaule gauche est sur mes cheveux et ça tire mon cuir chevelu, et mon mouvement réveille Felix. Le soleil perce à travers le rideau blanc de la chambre d’hôtel, et le bâtiment commence à se réveiller. On entend des pas, des voix, des claquements de porte…

- Suhua ?

Je regarde Felix. Il frotte ses yeux puis les pose sur moi. Je lui souris timidement, un peu gênée. Ça me fait trop bizarre d’être en couple. Je suis toujours moi, mais sans être moi.

- Ça va ? demande-t-il.

- Ouais. Et toi ?

- Oui.

Je l’observe. Il fait la même chose, et nos regards restent accrochés quelques secondes. C’est tellement intense que ça fait des trucs trop bizarres dans mon ventre.

- Quand j’y pense, Suhua… On se connaît sans se connaître. Je veux dire, on connaît la personnalité de l’autre, on a vécu ensemble plus de quatre mois et je ne remets pas en question notre amour, mais… Je ne sais pas ce que tu aimes, à part parler d’astrologie, te moquer de moi, lire des romans érotiques et moi, évidemment.

Felix sourit mais je sais qu’il ne plaisante qu’à moitié. Je lève les yeux vers le plafond, à la recherche d’activités que j’aime faire hormis tout ce qu’il a dit.

- J’aime voyager, mais ça tu as dû le remarquer… Je déteste les musées avec juste des tableaux ou des sculptures, genre j’ai fait le Louvre et ça m’a bien soûlée, mais par contre j’aime bien dessiner. Et même si je suis nulle, j’adore cuisiner. Et faire les magasins, aussi. Mais pas les magasins de vêtements, plus des commerces à thèmes, comme on a fait à Tokyo.

Il opine du chef, pensif. Je crois qu’il est en train d’enregistrer toutes les informations que je viens de sortir.

- Et toi ? Tu aimes quoi ?

Felix tourne à nouveau la tête vers moi et pousse un petit soupir.

- L’esthétique, mais ça tu le sais. J’aime trop… choisir des tenues et des coiffures qui vont bien ensemble. Ça peut paraître bizarre parce que la plupart du temps ce sont des filles qui font ça, non ?

- Non. Ce n’est pas bizarre. Quoi d’autres ?

- J’aime bien regarder les clips de musiques de K-pop et m’inspirer des concepts pour imaginer dans ma tête des décors, des vêtements… C’est d’ailleurs pour ça que j’ai un peu de connaissances sur ce sujet. J’aime aussi voyager. J’éprouve une certaine satisfaction à dépenser de l’argent, aussi, je l’avoue… Et j’aime bien apprendre une langue. Je trouve ça… passionnant.

Je souris et cale ma tête dans son cou, jouant avec ses mèches de cheveux.

- Et un truc que tu détestes ? Sans compter les soirées VIP et les attractions à sensation, parce que ça, je le sais déjà.

- Jouer du piano.

Je me redresse, étonnée.

- Tu joues du piano ?

- Je jouais. Je n’ai pas trop eu le choix. C’était soit le piano, soit le violon. J’avais pas trop envie de me tordre le cou pour faire du violon, alors j’ai choisi le piano.

- Quand ? Pourquoi ? Pendant combien de temps ?

- Quand j’avais sept ans, jusqu’à mes dix ans. Et parce que ça faisait plaisir à mon père. Il voulait juste frimer devant ses « amis ».

Je le regarde. Felix ne sourit plus. Je n’arrive pas à savoir s’il est énervé ou triste. Il est allongé sur le dos, les mains derrière la tête, les yeux rivés sur le plafond. Je repose ma tête sur son torse et passe un bras autour de son buste pour le serrer.

- Felix… ça n’a littéralement aucun rapport, mais je vais aller me doucher.

Mon petit ami – petit ami ! – baisse les yeux vers moi et me sourit.

- Ok.

Je commence à sortir de la couette avant de me rappeler que je suis nue.

Oh. My. God. Je suis littéralement à poil dans le lit du garçon que j’aime, et je viens de lui dire que j’allais me lever comme si de rien n’était. Bravo, Suhua. Élégance : zéro.

- Tu veux que je te passe ma chemise ou tu comptes t’enfuir en mode ninja ?

Felix me regarde, amusé.

- La première option.

Il se penche par-dessus le bord du lit pour récupérer la chemise qu’il a balancée hier et me la tend.

- Tiens.

Je la mets et referme les boutons rapidement. Elle est légère, blanche donc légèrement transparente, mais ça fera l’affaire. En plus, elle m’arrive à mi-cuisse, donc elle cache tout ce que je ne veux pas montrer.

Je commence à m’éloigner mais Felix attrape mon poignet. Je me tourne vers lui et hausse un sourcil.

- Hop hop hop, tu vas où, là ?

- Je l’ai vraiment dit il y a deux secondes.

Mon petit ami sourit malicieusement et tire sur mon bras, m’allongeant sur lui. Il enserre ma taille et dépose ses lèvres sur ma joue.

- Fais-moi un petit câlin, d’abord.

- Lâche-moi, grogné-je.

Il rit et s’exécute. Je le regarde d’un air faussement réprobateur, avant de me redresser pour quitter le lit.

Je récupère dans la valise posée à côté de mon lit une jupe en jean noir et un t-shirt rose pastel large, ainsi que des sous-vêtements, puis je file m’enfermer dans la salle de bain.

Je regarde mon reflet dans le miroir en me répétant que :

1) Je suis en couple.

2) Je ne suis plus vierge.

3) J’ai fait tout l’inverse de ce que je voulais mais ce n’est pas grave parce que je suis heureuse.

Je retire la chemise de Felix et la pose sur le meuble du lavabo, puis je monte dans la douche. J’allume l’eau et pousse un cri parce qu’elle est gelée, mais elle se réchauffe vite. J’en profite pour laver mes cheveux avec le shampooing à la framboise et menthe poivrée que Felix rachète à chaque fois en sachant que je l’aime bien.

L’eau brûlante me détend et glisse sur ma peau. Je rince mes cheveux et lave mon corps avec le savon de l’hôtel à la grenade et magnolia, puis j’éteins l’eau. J’attrape ma serviette et sors de la douche, puis je m’enroule dans le coton blanc.

Je m’assois sur le rebord de la douche et me laisse sécher, puis je m’habille. Je démêle mes cheveux et les laisser mouillés, pour bien définir mes boucles. Je ressors de la salle de bain et vois que Felix est resté terré dans le lit, toujours dévêtu et sous la couette.

J’ouvre le rideau pour baigner la pièce de luminosité.

- Felix, réveille-toiiiiii !!! Il est huit heures passées, Karina va nous attendre pour le petit-déjeuner.

Il grogne en se redressant et me regarde, les yeux plissés.

- Il fait trop clair.

- C’est moi, ça.

- Parce que tu brilles ?

- Non, parce que j’ai ouvert les volets.

Felix marmonne quelque chose et passe sa main dans ses cheveux décolorés. Je me détourne pour qu’il puisse partir dans la salle de bain se doucher à son tour et dès qu’il est parti, j’en profite pour mettre de l’ordre dans la chambre. Je soulève la couette et trouve ses chaussettes ainsi que ses sous-vêtements.

J’extrais son caleçon en marmonnant « au moins cette fois je sais ce qu’il fait là » et je balance tout ses vêtements sales dans le sac poubelle qui nous sert de panier à linges sales. Je ramasse ses bagues par terre et les pose sur sa table de chevet, puis je refais le lit.

Son téléphone vibre et s’allume, affichant un appel entrant. Je m’avance et vois le nom de Karina. Je décroche. Elle hurle dans le micro :

- FELIX !!! Tu comptes descendre quand pour le petit-déjeuner ? Magne-toi, merde.

- Euh, salut, Karina…

- Ah, Suhua. Excuse-moi, je croyais que c’était mon frère. Il est où ?

- Sous la douche.

- Ok. Dis-lui de se dépêcher.

- D’accord.

Karina raccroche et je pose le téléphone de Felix. Je m’avance jusqu’à la porte de la salle de bain et donne trois petits coups.

- Felix ?

- Oui ?

- Ta sœur a appelé. Elle te dit de se dépêcher.

- Ok. J’arrive, mets tes chaussures, je me dépêche.

- D’accord.

Je vais dans l’entrée et mets mes sandales à mes pieds, puis j’attends que Felix sorte. Il revient et s’assoit pour enfiler ses chaussures puis se relève, me faisant face. Nos regards se croisent et Felix avance de quelques pas, puis se penche pour m’embrasser. Il passe ses mains autour de ma taille pour me presser contre son torse, et j’enroule mes bras autour de sa nuque. Ses lèvres s’entrouvrent, et il vient caresser ma langue avec la sienne. Je me rapproche de lui et nous sommes coupés par trois énormes coups frappés à la porte. La voix de Karina retentit :

- VOUS ALLEZ SORTIR ?!

Je sens Felix rire contre mes lèvres. Il me serre contre lui avant de me lâcher et d’ouvrir la porte. Le contact de mon petit ami me manque déjà, mais je n’en dis rien.

- C’est bon, vous avez conclu ? soupire Karina.

- De quoi ? demandé-je, tentant de feindre l’innocence.

- Pour tout te dire, Suhua Liu, les murs de cet hôtel sont assez fins. Rappelez-moi de ne jamais choisir de partager avec une chambre avec vous. Déjà que j’ai entendu, j’ai non plus envie de voir ça.

Mes joues sont rouges. Felix jette un regard réprobateur à sa sœur.

- Oneechan… Pff, allons prendre le petit-déjeuner.

Karina sourit malicieusement.

Nous descendons dans le restaurant de l’hôtel. Il y a différents plats, comme tous les matins, et je choisis une salade avec du riz, des tomates, du radis rouge coupé en rondelles, des concombres et du thon cru.

Felix jette un œil à mon assiette.

- C’est quoi ?

- Du radis.

- Tu es sûre ? On dirait pas.

- Ben, je crois.

Mon petit ami fronce les sourcils et intercepte un serveur, l’air un peu inquiet. Il demande ce qu’il y a dans cette salade, et le serveur fait la liste des ingrédients : riz à sushi, concombre, tomates, thon cru et betterave crue.

Felix tourne la tête vers moi.

- Tu ne l’as pas encore mangé ? Hein ? Suhua.

Je lui souris.

- Non. C’est bon, ne t’en fais pas.

Il soupire et s’assoit à notre table.

- Fais attention, Suhua.

- Oh, c’est mignon, tu prends soin de ta copine, minaude Karina en arrivant, déposant son bol de soupe froide sur la table.

Je rougis mais souris, heureuse d’être appelée « sa copine ». Je ne sais même pas si c’est normal d’être aussi contente d’être en couple, mais je ne peux pas contenir ma joie. Même si j’ai peur de me faire abandonner et que je ne sais pas du tout ce que Felix et moi deviendrons quand le mois de décembre arrivera, je me rassure en me disant que nous sommes en mai et qu’on a encore le temps de trouver une solution.

J’ai quand même peur. Peur qu’il me quitte, peur d’être blessée, peur de m’être trop attachée à lui et de l’aimer excessivement.

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