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Quand le réveil sonna le lendemain matin, Axel soupira. Il avait dormi d’un sommeil de plomb, proche du coma éthylique, et sa bouche était particulièrement pâteuse. Il se tira péniblement de son lit en repoussant deux bouteilles de whisky vides du pied avant de se rendre dans la salle de bain. Une demi-heure et un café alcoolisé plus tard, il se traînait dans les escaliers de sa résidence pour se rendre à l’emplacement du rapport, sur lequel l’attendaient les jeunes recrues.
Elles le dévisagèrent toutes, certaines avec du jugement dans le regard, d’autres se demandant ce que cette épave pouvait leur apporter tandis qu’il saluait mollement la lieutenante. Physiquement, il semblait encore en forme, ses muscles paraissaient fermes et il n’avait pas de ventre, mais son visage… Les rides, les yeux rouges et injectés de sang… Il paraissait avoir soixante ans et ne tenir que par la force de sa volonté. Et cette odeur… Comme s’il transpirait l’alcool…
Le général le présenta à tous lors du rapport tandis qu’il baillait à s’en décrocher la mâchoire, puis ce fut le départ pour la salle de sport. Axel observa alors les jeunes recrues avec intérêt avant de les appeler à lui.
— Non, mais, ça ne va pas du tout, là ! Vous me faites quoi ?
Wolfy répondit comme une évidence.
— On s’entraîne, pardi.
Axel leva les yeux au ciel.
— Oui, ça, je m’en étais rendu compte, merci. Mais vous faites ça sans avoir réfléchi. Toi, le caniche, par exemple. Tu pousses de la fonte. Sans doute parce que tu es la force brute de l’équipe, je me trompe ?
Wolfgang, qui avait grogné au surnom de caniche, répondit de manière plus agressive.
— Bah oui, c’est mon rôle.
— D’accord, mais tu as pensé à ton cardio ? Tu feras comment si tu es à bout de souffle au bout de deux minutes de combat ?
Lycan entrouvrit la bouche, mais ne trouva rien à répondre, aussi Axel reprit-il.
— Vélo, rameur, tapis de course, comme tu veux, je m’en tamponne l’oreille avec une biscotte, mais tu vas me bosser ce putain de cardio ! Allez !
Wolfgang soupira, mais s’exécuta alors qu’Axel se tournait vers Clarisse.
— Toi, la mésange, tu vas aller faire du rameur. Tu dois muscler tes bras, tes jambes, ton dos et travailler ton cardio, pour espérer pouvoir soulever des charges plus lourdes. Allez !
Birdy alla rejoindre Wolfgang alors qu’Axel se tournait vers Fatima.
— Toi, tu es bien sympa, mais on s’en bat les reins de tes exercices de yoga. Vas muscler tes bras.
— Mais, je…
Axel la coupa sans hausser le ton.
— Ta gueule. Juste, ta gueule. Je t’ai donné un ordre, et tu t’exécute. Tu es là pour te muscler, si tu veux faire du yoga, tu le fais chez toi en dehors des heures de service, compris ?
Firework soupira.
— Reçu, mon adjudant…
— Bien ! Bouboule…
Il se tourna vers Taser et se passa la main dans les cheveux en soupirant.
— Écoute, mon gros, je ne veux pas être méchant, mais…
Alexandre le coupa.
— Je sais, je dois encore beaucoup maigrir.
— Et ce n’est rien de le dire. Va au rameur, toi aussi. À compter de maintenant et jusqu’à nouvel ordre, tu ne feras plus que ça, même si une autre activité est prévue, c’est bien compris ? C’est le plus efficace à court terme pour te faire maigrir, renforcer tes muscles et bosser ton cardio. Ça peut te sembler salaud, mais d’abord je m’en contrefous, et ensuite je fais ça pour ton bien.
Alexandre acquiesça en s’éloignant.
— Merci, mon adjudant.
Axel cria.
— Arrête de me sucer la bite ! Ça fait longtemps que je ne me suis pas branlé, tu vas en avoir plein la bouche !
La lieutenante s’approcha de lui en souriant tandis qu’Axel regardait ses mains trembler.
— Eh bien, mon adjudant, vous prenez votre rôle à cœur, et c’est plaisant à voir.
Il lui lança un regard en coin avant de lui faire face, un sourire sadique au visage.
— Je suis là pour former toutes les nouvelles recrues, donc… Vous allez soulever de la fonte.
La lieutenante ouvrit de grands yeux surpris alors qu’il reprenait.
— Oui, vous aussi vous êtes une recrue, alors bougez votre joli petit cul jusqu’au banc et faites des séries de dix chargée à quinze kilos, c’est parti !
Victorine cligna des yeux plusieurs fois en bégayant avant de s’en aller sous les rires discrets de ses subalternes tandis qu’Axel se retournait vers eux en criant.
— Vous avez cru qu’on était au Comedy Club ou quoi ? Vous venez de gagner une séance d’abdos à la fin, assortie de trois fois trente secondes de gainage ! Et si j’en entends un seul se plaindre, on passera à une minute, bande de moules !
Il les observa quelques instants pour s’assurer qu’ils restent silencieux, avant d’aller se saisir d’haltères. Pendant une heure et demie, il fit sa séance de musculation tout en donnant de nouveaux exercices à Link et Firework à intervalles réguliers, puis appela tout le monde à lui.
— On va faire des abdos, du gainage et des étirements, puis vous irez vous laver. Taser, mémorises bien ce qu’on fait, parce que demain tu devras le faire tout seul. Et même si c’est douloureux, il est important que tu fasses le gainage. C’est clair ?
Alexandre acquiesça, et la séance put reprendre. Quand ils eurent fini, les jeunes soldats quittèrent la salle en traînant des pieds et en geignant alors qu’Axel les observait en buvant à sa flasque. Le général apparut alors dans son champ de vision.
— Bah, dis donc, tu ne les ménages pas…
Axel reboucha sa flasque en grognant.
— Vous voulez qu’ils soient prêts en un temps record, je me trompe ?
— Oui, en effet.
— Alors ce ne seront pas des caresses de chaton qui les feront progresser. Si vous me trouvez trop dur, virez-moi, ça me fera des vacances. Mais, dites-vous que ce que je leur demande, je l’ai fait avec la gueule de bois et vingt ans au compteur de plus qu’eux.
Il jeta sa serviette sur son épaule et ajouta en partant.
— Maintenant, si vous le permettez, je dois aller me laver le cul…
Alors qu’il sortait de la salle, il vit la lieutenante le regarder en souriant. Haussant un sourcil dubitatif, il maugréa.
— Elle me veut quoi, celle-là ? J’ai déjà un divorce, ça me suffit…

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